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Menaces de Donald Trump sur le Groenland : « L’Otan n’a ni les moyens militaires de s’opposer, ni la volonté de le faire »

Menaces de Donald Trump sur le Groenland : « L’Otan n’a ni les moyens militaires de s’opposer, ni la volonté de le faire »

Le président des États-Unis a de nouveau affiché ses convoitises sur l’île danoise. En cas d’attaque, comment l’Otan pourrait-elle répondre ?

Après le Venezuela, le Groenland sera-t-il le prochain sur la liste de Donald Trump ? Juste après avoir ordonné et mené à bien la capture Nicolas Maduro et de son épouse, le locataire de la Maison-Blanche l’a assuré sans détour depuis l’avion présidentiel Air Force One : l’île danoise est d’après lui « encerclée par des navires russes et chinois ». « Nous avons besoin du Groenland, absolument, du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper », a-t-il martelé, ajoutant qu’il allait « s’occuper » de l’île « dans vingt jours ». Ce discours est l’acmé de ses déclarations des derniers mois, au cours desquelles le président des États-Unis n’a pas dissimulé ses velléités de conquête.

Des propos qui ont déclenché de vives réactions au Groenland. Lors d’une conférence de presse à Nuuk, la capitale du pays, le premier ministre groenlandais s’est voulu rassurant : « Notre pays n’est pas comparable au Venezuela. Nous sommes un pays démocratique. Il l’est depuis de très, très nombreuses années. La situation n’est pas telle que les États-Unis puissent conquérir le Groenland. Ce n’est pas le cas. Nous ne devons donc pas paniquer. (Le gouvernement va) maintenant durcir le ton, car nous ne sommes pas satisfaits de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Ça suffit que la communication se fasse par les médias et par divers détours. »

De son côté, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a été moins rassurante à la télévision, et a assuré que si les États-Unis attaquaient militairement un autre pays de l’Otan, « alors tout s’arrête, y compris notre Otan et donc la sécurité mise en place depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale ».

« L’Otan n’est clairement pas faite pour se faire la guerre entre membres »

Le Danemark est pourtant un allié historique des États-Unis, et le second fournit traditionnellement le premier en armements. Qui plus est, les deux pays sont membres de l’Otan. D’après Stéphane Audrand, historien et consultant en risques internationaux, qui a analysé la situation auprès de nos confrères du Figaro : « L’Otan n’est clairement pas faite pour se faire la guerre entre membres. C’est, depuis toujours, une de ses phobies », et l’Alliance n’a jamais eu à gérer une telle attaque d’un membre contre un autre. Par ailleurs, ce type d’assaut contreviendrait au préambule du traité, selon lequel les 32 États signataires sont « résolus à unir leurs efforts pour leur défense collective et pour la préservation de la paix et de la sécurité ».

Plusieurs membres de l’Alliance ont en effet adressé leurs marques de solidarité envers le Danemark. Le porte-parole de la diplomatie française Pascal Confavreux a assuré que le Danemark avait toute la « solidarité » de la France, et qu’ « il ne pouvait pas y avoir de modification des frontières par la force ». Même son de cloche chez les pays nordiques, à savoir la Norvège, la Suède et la Finlande. Et chez la diplomatie européenne, Anitta Hipper : « L’UE continuera à défendre les principes de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale et d’inviolabilité des frontières. Et ce d’autant plus si l’intégrité territoriale d’un Etat membre de l’Union européenne est remise en cause. »

En cas d’attaque frontale par les États-Unis, l’Otan serait d’autant plus dans l’embarras quand on sait que les États-Unis sont le plus gros contributeur de l’Alliance traité de l’Atlantique nord. Et n’auraient probablement pas l’arsenal nécessaire pour répondre. Auprès du Parisien, Stéphane Audrand l’assure : « Personne en Europe ne nous suivrait dans un choc frontal contre les États-Unis afin de défendre le Groenland, pas même le Danemark. On n’a ni les moyens militaires de s’opposer à eux … ni la volonté de le faire. » Et d’ajouter : « Il faut réaliser le blocage mental des petits pays qui ne sont pas maîtres de leur destin. Plusieurs d’entre eux sont prêts à se vendre au moins mauvais protecteur possible. À part les Français, les Turcs et un peu les Finlandais, tout le monde pense son armée pour combattre sous commandement américain. Leurs satellites filent le renseignement, leurs radars nous disent où aller, leurs officiers planifient les opérations. On ne peut donc pas combattre l’armée sur laquelle on est habituellement branché. »

« On pourrait donner à Donald Trump un titre de lieutenant général de protecteur du Danemark »

Pour lui, les membres de l’Otan pourraient par exemple « répondre : “On a bien compris la vulnérabilité de l’île merci, on va renforcer sa défense avec l’Otan et édicter des sanctions”. »

Autre possibilité : faire peser « des pressions diplomatiques discrètes sur les industriels et les entreprises américaines, comme les Gafam. L’Europe, c’est 450 millions d’utilisateurs de leurs applications », ou encore « donner à Donald Trump un titre de lieutenant général de protecteur du Danemark, il serait content. Tout ceci nous coûterait quelques milliards d’euros, mais on éviterait le clash. »