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Natalité : en Chine aussi, il faut « réarmer »

Natalité : en Chine aussi, il faut « réarmer »

En 2025, le géant asiatique a enregistré un taux de natalité de 5,63 pour 1 000 habitants, soit le niveau le plus bas depuis en 1949. Pour contrer ce phénomène, le gouvernement a lancé de nombreuses mesures pour inciter (ou contraindre) les familles et relancer les naissances.

Si rien ne change, la Chine pourrait perdre plus de la moitié de sa population d’ici 2 100. En prévoyant un passage de 1,4 milliard d’habitants actuellement à 633 millions, les modèles démographiques des Nations unies anticipent un phénomène prégnant depuis plusieurs années. En témoigne par ailleurs la dégringolade du taux de natalité chinois, tombé en 2025 à son niveau le plus bas depuis la création de cette statistique en 1949.

Selon des chiffres publiés ce lundi 19 janvier par le Bureau national des statistiques (BNS), le pays a enregistré 7,92 millions de naissances l’an dernier, soit un taux de 5,63 pour 1 000 habitants. C’est 1,62 million de naissances en moins qu’en 2024, soit une baisse de 17 %. Plus globalement, la population s’est amoindrie de quelque 3,39 millions de personnes en un an.

Le précédent plus bas historique datait de 2023, année où la Chine avait accusé un taux de 6,39 naissances pour 1 000 habitants. À cette date, d’après la Banque mondiale, la Chine figurait parmi les pays au plus faible taux de natalité au monde, derrière la Corée du Sud, et à un niveau comparable à l’Italie, au Japon ou encore l’Ukraine. En 2023, elle a d’ailleurs été dépassée par l’Inde en tant que nation la plus peuplée du monde en 2023.

« Le taux de naissances en 2025 était à peu près équivalent à celui de 1738, lorsque la population chinoise n’était que d’environ 150 millions d’habitants », a constaté Yi Fuxian, démographe à l’Université du Wisconsin-Madison, auprès de l’agence Reuters.

En parallèle, Pékin a enregistré 11,31 millions de décès, soit un taux de mortalité de 8,04 pour 1 000. De fait, l’écart entre naissances et décès ne permet pas de renouveler la population. Et avec 23 % de citoyens âgés de plus de 60 ans, le géant asiatique est confronté à un vieillissement accéléré de sa population.

Conséquences de la politique de l’enfant unique

Le résultat d’une politique de l’enfant unique appliquée de manière drastique entre 1979 et 2015 ? Cette dernière, censée contenir le risque de surpopulation, avait été mise en œuvre alors que le taux de natalité était de 33 pour 1000 au début des années 1970.

Quatre décennies plus tard, en 2013, ce taux a chuté à 12 pour 1000, selon les données de la Banque mondiale. Cette politique de contrôle des naissances s’accompagnait de mesures coercitives, les parents ayant plus d’un enfant devant payer des amendes et se voyant refuser toute aide sociale.

À l’inverse, les familles avec un seul enfant bénéficiaient de primes et de divers avantages sociaux (crèches, logements ou transports). L’avortement et la contraception étaient par ailleurs facilités, si bien que 281 millions d’avortements et 516 millions d’opérations de pose de contraceptifs et de stérilisations auraient été effectuées de 1980 à 2010, selon le ministère chinois de la Santé.

Mais plus de dix ans après la fin de cette politique, et alors que les Chinois sont désormais autorisés à avoir trois enfants, le pays n’a toujours pas renoué avec un désir de famille nombreuse. Pour cause, les incertitudes quant à l’avenir, la hausse des coûts du logement, la priorité donnée à la carrière et les changements de mode de vie ainsi que le prix élevé de l’éducation des enfants dissuadent de nombreux jeunes couples d’avoir des enfants. La Chine figure en effet parmi les pays où élever un enfant revient le plus cher pour les familles, comme le souligne le quotidien britannique The Times sur Instagram – soit l’équivalent de 65 000 à 86 000 euros, jusqu’à ses 18 ans.

Si bien que l’expression « DINK » – pour « Double income, no kids » ou « Double salaire, sans enfants » – est devenue virale sur les réseaux sociaux chinois. Sur Xiaohongshu (Rednote) par exemple, le hashtag a été visionné plus de 730 millions de fois.

Face à ce constat, lors d’une réunion sur la politique économique en décembre dernier, des responsables chinois ont promis de « promouvoir une vision positive du mariage et de la maternité, et de s’efforcer de stabiliser le nombre de naissances » en 2026, selon la chaîne de télévision d’État CCTV.

Des mesures pour promouvoir la natalité

« Quand chaque famille vit le bonheur au quotidien, la grande famille de la nation chinoise peut prospérer en toute vitalité », a renchéri le président chinois, Xi Jinping, dans son message du Nouvel An. En 2025, la propagande du gouvernement était déjà en marche, une ribambelle de mesures gouvernementales ayant été lancées pour relancer la natalité. À commencer par la mise en place d’une allocation annuelle de 3 600 yuans (environ 420 euros) par enfant de moins de trois ans, afin de soutenir les familles. Le gouvernement s’est également engagé à ce que les femmes enceintes n’aient « aucuns frais médicaux à leur charge » en 2026, y compris pour les fécondations in vitro.

En outre, les autorités ont annoncé, en décembre dernier, une nouvelle taxe sur les produits contraceptifs et les préservatifs. Ces derniers sont soumis, depuis le 1er janvier 2026, à un taux de TVA de 13 %. Rappelons qu’avant l’introduction de cette mesure, une boîte de préservatifs coûtait en moyenne entre 40 et 60 yuans (environ 4,80 à 7,25 euros). Le prix de la pilule contraceptive, disponible sans ordonnance, était compris entre 50 et 130 yuans (entre 6 et 15 euros) la plaquette mensuelle.

L’idée de Pékin est ainsi de rendre ces contraceptions plus difficiles d’accès, ce qui entraînerait, par conséquent, davantage de naissances. Mais cette mesure laisse craindre une hausse des grossesses non désirées comme des infections sexuellement transmissibles. Dans le pays, les IST ne cessent d’augmenter, notamment chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans. Comme le rappelle le Time Magazine, 670 000 cas de syphilis ont été recensés en 2024, 100 000 cas de gonorrhée et près d’1,5 million de Chinois vivent désormais avec le VIH.

Autre mesure pour freiner la baisse du taux de natalité : l’obligation, pour les hôpitaux nationaux d’ici 2027, de proposer à toutes les femmes enceintes la péridurale – cette technique d’anesthésie locorégionale qui soulage la sensation douloureuse lors de l’accouchement. Dans un communiqué publié en juin et relayé par CNN, la Commission nationale de la santé de Chine (NHC) a évoqué une mesure permettant un « environnement propice à la maternité » pour les femmes. Ce dispositif, assure le NHC, « améliorera le niveau de confort et de sécurité des services médicaux », « renforcera davantage le sentiment de bonheur des gens et favorisera un environnement propice à la procréation ».