À la tribune de la Conférence de sécurité, Volodymyr Zelensky a appelé à rejeter l’esprit de 1938 pour faire souffler un nouvel « esprit de Munich » face à l’impérialisme russe.
Volodymyr Zelensky a reçu l’accueil le plus chaleureux de la Conférence de sécurité de Munich. Ovationné, le président ukrainien a remercié longuement Européens et Américains, tout en glissant un vœu, presque une supplique : que « la voix de l’Ukraine continue d’être entendue aux États-Unis ». Pour accompagner son propos, il a remis la guerre au centre, sans fard : photos, cartes, diapositives chiffrées à l’appui. Puis le chef de l’État ukrainien a défini ses priorités, au premier rang desquelles figurent davantage de missiles pour protéger sa population et ses infrastructures énergétiques.
Il a réaffirmé que les négociations pour un cessez-le-feu étaient prises au sérieux par Kiev, qui espère toujours parvenir à un accord rapide. Il a également pressé les Européens de s’attaquer à la « flotte fantôme » de Poutine, ces pétroliers qui continuent de longer les côtes du Vieux Continent pour alimenter la machine de guerre du Kremlin.
Zelensky a enfin appelé à faire souffler un nouvel « esprit de Munich » – pas celui de 1938, lorsque « les prédécesseurs de Poutine ont commencé à diviser l’Europe ». Aux côtés du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, il a vanté le PurlL (Prioritized Ukraine Requirement List), ce mécanisme permettant de financer l’achat d’équipements américains, destiné à remplacer la logique des dons venus de Washington. Avant de quitter la tribune, il a élargi le cadre à l’Iran, alors que, à quelques mètres de là, des milliers d’Iraniens manifestaient pour la fin du régime des mollahs. « Ils doivent être stoppés immédiatement », a-t-il martelé.
Le Point publie la traduction en français de son discours :
« Chers amis, merci de l’attention portée à l’Ukraine, au peuple ukrainien, et du soutien à notre indépendance et à nos Ukrainiens. Et je veux remercier tout particulièrement ceux qui se tiennent à nos côtés, pas seulement en temps de guerre, pas seulement dans des motions, pas seulement dans l’espoir d’une plus grande sécurité, mais par des actions réelles, un travail réel, une aide concrète – comme l’Allemagne, comme Mark, comme Ursula, Antonio, Roberta, et tous nos amis des États-Unis, et tous nos amis européens. Merci infiniment pour tout votre soutien. Merci.
Et si vous êtes un dirigeant européen et que vous rencontrez Mark Rutte, vous entendrez forcément le mot Purl, et pas qu’une seule fois – et des choses très sérieuses, vraiment. Il commence et termine chaque conversation par un appel à soutenir le Purl, et il a raison de le faire. Merci, Mark.
Le Purl est un programme qui nous permet d’acheter des missiles Patriot aux États-Unis et d’autres armes qui protègent les Ukrainiens des attaques russes, bien sûr. La plupart des missiles de défense aérienne capables d’arrêter les missiles balistiques russes nous parviennent grâce au Purl. Et le Purl existe grâce à l’Europe, c’est vrai. L’Europe paie pour notre capacité à arrêter les attaques balistiques. Merci à tous ceux qui nous aident.
Et honnêtement, l’une des pires choses qu’un dirigeant puisse entendre en temps de guerre, c’est un rapport du commandant de l’armée de l’Air disant que les unités de défense aérienne sont vides. Vides. Qu’elles utilisent les missiles pour arrêter les frappes russes, et qu’il n’y a pas eu de réapprovisionnement, et que le renseignement dit qu’une nouvelle attaque massive pourrait survenir dans un jour ou deux.
Parfois, nous parvenons à livrer de nouveaux missiles pour nos Patriot ou nos Nasams juste avant une attaque – et parfois au tout dernier moment. Et je veux remercier tout particulièrement l’Allemagne, la Norvège, les Pays-Bas pour leur fort leadership en Europe en nous donnant des systèmes de défense aérienne. Merci beaucoup. Ces systèmes sauvent nos vies. Et merci à chaque dirigeant européen qui investit dans le Purl et dans d’autres programmes communs.
Et je suis fier de nos soldats qui ont repoussé les attaques russes, et de nos équipes logistiques qui ont maintenu ce système en fonctionnement pendant quatre ans. Et je suis fier de notre nation : c’est le courage et la résilience des Ukrainiens qui rendent la défense possible, qui font la différence. Et notre peuple mérite de la gratitude, il mérite du respect.
Merci infiniment pour ces années de guerre totale. Aujourd’hui, je veux vous montrer ce que cela signifie réellement. Et je veux que vous vous demandiez : êtes-vous prêts, non seulement aux défis que l’agression russe entraîne – les défis de la guerre moderne – mais aussi à l’effort constant pour convaincre le monde de se battre pour obtenir du soutien, pour défendre les intérêts de votre pays, chaque jour, comme l’Ukraine doit le faire ?
Le monde est construit sur des intérêts, et il faut travailler sans relâche pour aligner les intérêts et aider les partenaires à voir ce que cela implique. Et quand on voit ce qui arrive, nous serons capables de convaincre ceux qui sont au pouvoir d’agir de manière préventive, de stopper le mal avant qu’il ne détruise tout.
L’Ukraine a enduré 1 451 jours de guerre totale, plus longtemps que quiconque ne l’avait prédit.
À présent, vous pouvez voir une visualisation de l’une des attaques de la Russie. Beaucoup d’entre vous étaient déjà ici, à Munich, quand ces frappes ont eu lieu. La Russie a lancé 24 missiles balistiques, un missile guidé lancé depuis les airs, et 219 drones d’attaque contre nos villes. Gardez à l’esprit : une seule attaque, une seule nuit.
Notre défense aérienne a utilisé des missiles arrivés de nos partenaires quelques jours plus tôt : ils sont arrivés dimanche, et jeudi soir, ces missiles protégeaient déjà notre ciel. Et ce n’est qu’une nuit. Mais les attaques russes ont lieu presque chaque nuit en Ukraine, et au moins une fois par semaine il y a des frappes massives.
Pourtant, l’Ukraine a enduré 1 451 jours de guerre totale, plus longtemps que quiconque ne l’avait prédit. Et je veux que vous compreniez l’ampleur réelle de ces attaques contre l’Ukraine. Comme vous pouvez le voir, rien que sur un mois – ce mois de janvier – nous avons eu… vous le voyez. Nous avons dû nous défendre contre 6 drones d’attaque. La plupart étaient des « Shaheds ». Et 150 missiles russes de différents types, et plus de 50 bombes planantes. Et c’est comme cela chaque mois.
Imaginez cela au-dessus de votre propre ville : des rues éventrées, des maisons détruites, des écoles construites sous terre. Et c’est la vie quotidienne en Ukraine, bien sûr, à cause de la Russie, depuis quatre longues années. La Russie utilise de nombreux missiles balistiques et mène des attaques combinées.
La plupart des frappes visent nos centrales électriques et d’autres infrastructures critiques. Et il ne reste pas une seule centrale électrique en Ukraine qui n’ait pas été endommagée par des attaques russes – pas une seule. Et pourtant, nous produisons encore de l’électricité. Grâce à notre peuple. Et nous avons maintenu notre système en fonctionnement grâce à la protection physique des installations, et grâce à tous ceux qui nous aident en matière de défense aérienne.
Et, tout aussi important : si l’Ukraine a encore de l’électricité, c’est grâce à notre peuple – des milliers de travailleurs qui en servent des millions. Et quand je vois nos travailleurs de l’énergie, nos équipes de réparation, nos équipes de secours, je vois quelque chose qui manque souvent en politique : la dévotion, la capacité de travailler à 100 %, d’agir immédiatement dans une urgence réelle – pas dans un mois, pas dans un an ou deux – mais de sauver des vies ici, maintenant.
Toutes ces années, beaucoup de responsables politiques pourraient apprendre – et doivent apprendre – des secouristes ordinaires, des équipes de réparation ordinaires, des électriciens ordinaires : comment agir, comment agir immédiatement.
Plus une guerre dure, plus l’agresseur obtient de ressources, plus les conséquences deviennent dangereuses.
Pendant cette guerre, les armes évoluent plus vite que les décisions politiques censées les arrêter. Quand le régime iranien a fourni à la Russie les drones Shahed, c’étaient des armes simples. On pouvait les abattre facilement. Maintenant, c’est différent : ils ont un réacteur, ils peuvent voler à différentes altitudes, ils peuvent être guidés par un opérateur en temps réel, et ils peuvent utiliser Starlink pour atteindre leur cible. Ils peuvent même transporter d’autres drones, en agissant comme un « drone-mère » pour des FPV.
La guerre révèle des formes de mal que nous n’attendions pas. Et plus une guerre dure, plus l’agresseur obtient de ressources, plus les conséquences deviennent dangereuses, plus l’évolution des armes et de la guerre elle-même devient dangereuse – et l’évolution de Poutine aussi.
Je me souviens de la manière dont la guerre totale était perçue la première année. On nous disait que le soutien continuerait, mais pas à l’échelle et à la vitesse nécessaires pour que l’Ukraine gagne – c’est vrai – ou pour que la Russie perde.
Et qu’est-ce que cela signifiait ? Cela signifiait : le temps. L’idée était que l’Amérique pouvait gérer le rythme de la guerre et le risque d’escalade, jusqu’à atteindre un point où la Russie ne serait plus capable d’attaquer, et où l’Ukraine accepterait de ne pas récupérer ses territoires occupés.
Bob Woodward a écrit au sujet de cette approche de la précédente administration américaine dans son livre War. Et il a décrit comment le secrétaire américain à la Défense, Lloyd « Ocean » [Austin], disait : “Nous possédons l’horloge.” Et comment « Austria » l’aurait dit à Jake Sullivan de nombreuses fois. Et Woodward écrit que « Soloban » [Sullivan] apprenait constamment de lui.
Bien sûr, nous sommes reconnaissants pour toutes les livraisons que nous avons reçues. Mais vous avez vu comment cela se passait : combien de temps il a fallu pousser, pousser, pousser, pour être autorisés à obtenir des armes plus puissantes. Des mois pour les Himars, des mois pour les chars, des années pour les avions. Tout prenait du temps.
Et cela n’a rendu la situation plus facile pour personne, parce que dans la guerre, c’est la guerre elle-même qui possède le temps – et elle utilise le temps contre les gens, bien sûr. Et c’est pourquoi pas un seul jour, pas une seule occasion de protéger la vie ne peut être gaspillée. Quiconque cherche la sécurité et la paix doit comprendre cela : chaque jour compte.
Et je suis reconnaissant à chaque cœur Américain qui nous a aidés, quoi qu’il arrive. Merci. Sans vous – Américains, Européens, et tous ceux qui se tiennent à nos côtés – il aurait été très, très difficile de tenir. Merci beaucoup.
Le peuple iranien attend du monde ce dont nous, en Ukraine, avions besoin le 24 février, lorsque l’invasion russe a commencé.
En ce moment, dans les rues de Munich et d’autres villes, des gens appellent à soutenir la liberté en Iran. Nous l’avons vu. Et l’Ukraine ne partage pas de frontière avec l’Iran, et nous n’avons jamais eu de conflit d’intérêts avec le régime iranien. Mais les drones Shahed iraniens, vendus à la Russie, tuent surtout nos gens – des Ukrainiens – et détruisent nos infrastructures. Le régime iranien a déjà fait – et peut encore faire – plus de mal que beaucoup d’autres régimes n’auraient pu en faire en un siècle. Et pourtant ce régime existe encore, et il espère survivre à tout, même à cette crise.
Aujourd’hui, le peuple iranien attend du monde ce dont nous, en Ukraine, avions besoin le 24 février, lorsque l’invasion russe a commencé : l’unité, la détermination, et la vitesse – bien sûr, la vitesse, la vitesse dans le soutien. Et des régimes comme celui de l’Iran ne doivent pas recevoir du temps : quand ils ont du temps, ils tuent davantage.
Ils doivent être stoppés immédiatement. Et c’est exactement ce qui aurait dû se passer avec l’ayatollah après toutes les guerres que son régime a déclenchées et toutes les vies qu’il a prises – et avec Poutine aussi, après la guerre en Géorgie, après la Syrie, après 2014 et l’occupation de la Crimée.
Aucun pays en Europe ne pourrait compter uniquement sur sa propre technologie et son propre argent pour se défendre dans une guerre totale.
Mais même dans ces conditions, où nous ne pouvons pas savoir combien de temps cette guerre durera, nous faisons tout pour que la vie continue. Et aujourd’hui, l’Ukraine a plus d’expérience que quiconque au monde pour se défendre contre tous les types de drones. Chaque nuit, nous faisons face à moins de 100 « Shahed », certaines nuits 400, voire 500 drones d’attaque. Et l’Ukraine en abat presque 90 % – pouvez-vous imaginer, 90 % – mais toujours pas 100 %.
Et nous faisons tout pour augmenter ce taux. Entre autres outils, nous utilisons différents types d’intercepteurs, et ce que vous voyez maintenant, ce sont de vraies vidéos de ces intercepteurs, d’ailleurs. Avec nos partenaires, nous en produisons de plus en plus chaque jour. Et nous atteindrons le point où nous produirons assez pour rendre les « Shahed » insignifiants pour la Russie.
Mais les mots-clés ici sont : ensemble. Ensemble avec des partenaires. Et il n’y a aucun pays en Europe qui pourrait compter uniquement sur sa propre technologie et son propre argent pour se défendre dans une guerre totale : personne ne tiendrait seul.
C’est pourquoi, pendant que nous investissons dans les intercepteurs et la protection, la Russie investit dans la rupture de l’unité entre nous tous : notre unité avec vous, l’unité en Europe, l’unité dans la communauté euro-atlantique. Ils veulent la briser. Pourquoi ? Parce que notre unité est le meilleur intercepteur contre les plans agressifs de la Russie. Et nous l’avons encore. Et je veux remercier chacun d’entre vous qui maintient l’unité vivante et la rend plus forte : notre unité est ce qui nous protège.
Des centaines de sites de production fonctionnent déjà en Ukraine et dans des pays partenaires. Et nous avons le modèle danois − merci, votre équipe, votre peuple −, qui investit dans la production d’armes en Ukraine. Nous avons une production conjointe ici en Allemagne, et elle a officiellement commencé hier − merci à tous, et à Friedrich.
Et nous avons l’initiative conjointe d’artillerie avec « Chea IC better high ». Merci beaucoup. Et nous faisons beaucoup ensemble avec les pays nordiques, avec le Royaume-Uni et la France, les Pays-Bas, l’Italie et la Pologne, et les États-Unis, le Canada et la Turquie.
Il y a des changements importants au Japon − merci au Premier ministre, au gouvernement − et nous apprécions tous que le Japon soit avec nous dans la coalition des volontaires. Et il y a des décisions fortes de l’Europe, dont 90 milliards d’euros sur deux ans pour nous. Merci beaucoup. Et c’est une garantie sérieuse de la stabilité financière de l’Ukraine. Et merci pour chaque décision forte, pour tout notre travail commun.
Mais ne fermons pas les yeux sur le problème : la Russie a encore des complices − des régimes comme la Corée du Nord − et des entreprises partout dans le monde, beaucoup d’entre elles venant de Chine, qui contournent les sanctions et fournissent des composants pour les armes russes, les missiles russes.
En plus de cela, Poutine a toujours des garanties de stabilité financière. Une grande partie de ces garanties se trouvent ici en Europe, dans les mers européennes. Je veux dire : les pétroliers russes continuent de circuler librement le long des côtes de l’Europe, en mer Baltique, en mer du Nord et en Méditerranée. Au total, la Russie utilise encore plus de 1 000 pétroliers. Et chacun d’eux est, en fait, une balle flottante pour le Kremlin.
Le prix que la Russie paie pour un kilomètre aujourd’hui est de 156 soldats.
J’en ai récemment discuté avec le président Macron, avec la présidente Von der Leyen et avec d’autres dirigeants, et je les remercie pour leur volonté de régler cela. Nous avons parlé de mettre à jour la législation européenne pour que les pétroliers russes puissent non seulement être retenus, mais bloqués. C’est important de bloquer tous ces pétroliers et de les confisquer tous ; que les États-Unis agissent contre les pétroliers de la liste fantôme près de leurs propres côtes − et cela marche, vraiment. Sans tout cet argent, Poutine n’aurait pas d’argent pour cette guerre. Rendons cela possible.
Et maintenant, je veux parler du coût de la guerre au sol. Que signifie un mois de guerre pour Poutine ? Rien qu’en décembre, nos forces ont neutralisé 35 000 soldats occupants − tués et gravement blessés. En janvier, il y a eu quelques “épées russes”, et, en conséquence, les pertes de la Russie étaient d’environ 30 000 tués et gravement blessés.
Il y a même un prix clair que la Russie paie pour chaque kilomètre de terre ukrainienne occupée sur le front de Donetsk − c’est l’une des zones les plus intenses, et tout le monde le sait. Le prix que la Russie paie pour un kilomètre aujourd’hui est de 156 soldats.
Poutine ne s’en soucie pas pour l’instant. Mais il y a un niveau à partir duquel il commencera à s’en soucier, j’en suis sûr. Chaque mois, la Russie mobilise environ 40 000 personnes, un peu plus − 42 000, 43 000 ; parfois elles n’atteignent pas toutes la ligne de front. Donc, globalement, la taille du contingent russe en Ukraine n’augmente pas cette année.
Pour notre armée, la mission est claire : détruire davantage d’occupants russes, parce qu’ils sont des occupants. Et l’objectif est précis : au moins 50 par mois. Même pour la Russie, ce serait sérieux, j’en suis sûr, et cela affecterait les décisions de Poutine, parce que nous parlons principalement de troupes de première ligne − celles qui mènent les assauts et les attaques.
M. Ischinger a dit dans une interview avant cette conférence que, tant que l’Ukraine défend l’Europe, le danger n’est pas si grand. Et si nous parlons franchement, et peut-être un peu cyniquement, c’est plus ou moins la situation aujourd’hui. Mais regardez le prix. Regardez le prix, regardez la douleur que l’Ukraine a traversée. Regardez la souffrance à laquelle l’Ukraine a fait face.
Poutine ne laissera pas partir d’autres nations européennes, parce qu’il ne peut pas abandonner l’idée même de la guerre.
Ce sont des Ukrainiens qui tiennent le front européen. Derrière notre peuple se tiennent une Pologne indépendante et des États baltes libres ; il peut y avoir une Moldavie qui se hisse, et la Roumanie sans dictature ; et même un Victor [Orbán] peut penser à comment faire grossir son ventre, pas à comment faire grossir son armée pour empêcher les chars russes de revenir dans les rues de Budapest. Mais aucun de nos gens n’a choisi d’être de tels héros. L’Ukraine n’a pas choisi cette guerre. Et il est faux de supposer que c’est un arrangement permanent, et que d’autres peuvent rester en sécurité derrière le dos de l’Ukraine pour toujours.
Les Ukrainiens sont des gens pas des Terminators. Notre peuple meurt aussi. C’est pourquoi nous faisons tout pour arrêter cette guerre et pour garantir la sécurité.
Mais le problème est le suivant : Poutine ne s’intéresse plus à autre chose. Poutine ne vit pas comme des gens ordinaires. Il ne marche pas dans les rues. Vous ne le verrez pas dans un café. Ses petits-enfants ne vont pas dans des jardins d’enfants ordinaires dans leur ville natale. Il ne peut pas imaginer la vie sans le pouvoir – ou après le pouvoir. Les choses normales ne l’intéressent pas.
Poutine consulte davantage le tsar Pierre et l’impératrice Catherine au sujet des gains territoriaux que n’importe quelle personne vivante au sujet de la vraie vie. Pouvez-vous imaginer Poutine sans guerre ? Soyez honnêtes. En ce moment, son attention est sur l’Ukraine, et personne en Ukraine ne croit qu’il nous laissera un jour tranquilles.
Mais il ne laissera pas non plus partir d’autres nations européennes, parce qu’il ne peut pas abandonner l’idée même de la guerre. Il peut se voir comme un tsar, mais en réalité, il est un esclave de la guerre. Et s’il vit encore dix ans, nous pouvons comprendre que cela peut être la guerre – et qu’elle reviendra ou s’étendra.
C’est pourquoi nous disons qu’il doit y avoir de véritables garanties de sécurité pour l’Ukraine − et pour l’Europe, de fortes garanties de sécurité. Et nous savons clairement ce que ces garanties doivent inclure. Et nous avons des accords solides à signer avec les États-Unis et avec l’Europe. Nous pensons que l’accord sur les garanties de sécurité doit venir avant tout accord pour mettre fin à la guerre.
Ces garanties répondent à la question principale : combien de temps il n’y aura pas de guerre à nouveau. Et nous espérons que le président Trump nous entend. Nous espérons que le Congrès nous entend. Nous espérons que le peuple américain nous entend. Et nous sommes reconnaissants pour toute l’aide réelle. Merci.
Nous faisons tout, vraiment tout, pour mettre fin à cette guerre. Et cette guerre peut prendre fin, et la sécurité peut être garantie. Avant que l’invasion ne commence, nous avons dit au monde : agissez maintenant, agissez de manière préventive pour que l’invasion n’ait pas lieu. Et j’ai envoyé notre commandant en chef à l’époque – c’était le général Zalushing [Zaloujny] − parler avec la partie américaine et expliquer ce dont l’Ukraine avait besoin pour se défendre. Et j’ai dit : dites-leur que nous avons besoin de Javelin, de Stinger, et de vraies armes − quelque chose de réel − pour arrêter l’armée russe, pour qu’ils voient que nous ne sommes pas là les mains nues. C’était très important.
Mais le conseil le plus pratique que le général Milley pouvait donner à l’Ukraine à ce moment-là, c’était simplement : creusez des tranchées. Et c’est la réponse que mon commandant en chef a rapportée. Imaginez : des centaines de milliers de soldats russes à vos frontières, un équipement militaire massif − et tout ce qu’on vous dit, c’est : creusez des tranchées.
L’armée ukrainienne est l’armée la plus forte d’Europe. Et ce n’est pas intelligent de garder cette armée en dehors de l’Otan.
Donc, si des troupes russes entrent en Lituanie − que Dieu nous en préserve, non, juste comme exemple − ou dans un autre pays de l’Otan, sur le flanc oriental, qu’entendront alors les alliés ici ? Entendront-ils que l’aide est en route ? Je l’espère. Ou entendront-ils : creusez des tranchées ? Ou autre chose ?
Nous devons avoir la capacité de donner une réponse forte à cette menace. Et c’est pourquoi nous parlons d’une politique européenne de défense commune. C’est pourquoi nous avons besoin d’un appui américain. C’est pourquoi l’Europe a besoin de l’Ukraine.
L’armée ukrainienne est l’armée la plus forte d’Europe. Grâce à nos héros. Et je pense que ce n’est tout simplement pas intelligent de garder cette armée en dehors de l’Otan. Mais, au minimum, que cela soit votre décision pas la décision de Poutine, s’il vous plaît.
Et aujourd’hui, parmi les choses qui unissent le plus fortement l’Europe, il y a aussi la peur. Pas la peur que l’Ukraine rejoigne un jour l’Otan, mais la peur de savoir si l’Otan existera même. Mais nous soutenons l’Otan et nous espérons que l’Otan sera chaque jour plus fort et plus fort. Que Dieu vous bénisse.
Et en ce moment, une grande partie de notre coopération avec l’Europe et avec d’autres partenaires de l’Otan, et la coopération au sein de l’alliance, y compris la décision historique d’aller vers 5 % du PIB pour la défense, est une réponse à cette peur. Je pense que c’est une correction d’erreurs passées, et c’est un investissement dans la sécurité future. Et c’est une garantie que l’Otan ne fera pas qu’exister : elle agira si, Dieu nous en garde, cela devait être nécessaire.
Mesdames et messieurs, de plus en plus souvent maintenant, de nombreux anciens responsables de différents pays disent qu’ils avaient averti de cette guerre et qu’ils avaient dit que l’invasion aurait lieu. Ils se souviennent de ce qu’ils ont dit et, dans la plupart des cas, ils améliorent grandement leur propre récit. Mais aucun d’eux ne peut dire ce qu’ils ont réellement fait – ce qu’ils ont fait pour empêcher l’invasion. Toutes ces histoires portent sur une seule chose : déplacer la responsabilité loin d’eux-mêmes.
Et qu’a vu la Russie en 2021 ? Poutine était traité en égal par le président des États-Unis, et il a senti qu’il pouvait remodeler l’Europe et le monde. Et il n’y avait pas de sanctions préventives contre la Russie. Et il n’y avait pas de paquets de défense sérieux pour montrer que nous pouvions tenir tête à la Russie.
Regardez maintenant notre grand gars, notre athlète, Vladislav Verraskevich. Il a été disqualifié aux Jeux olympiques simplement pour l’intention de porter un casque montrant les visages d’Ukrainiens tués par la Russie dans cette guerre. Il a été disqualifié pour cela.
Quand, en 2021, nous avons clairement vu l’intention de Poutine et demandé des sanctions préventives pour stopper l’invasion, on nous a dit : d’abord il doit y avoir un crime, et seulement ensuite il peut y avoir une punition. Et Kamala Harris, je m’en souviens, a dit cela.
La Russie entend la force. Plus nous sommes forts, plus une paix réaliste devient possible.
Mais avec la Russie, on ne peut laisser aucune brèche que les Russes puissent utiliser pour commencer une guerre. Et ils disent en Russie : d’abord, entre dans le combat − et ensuite on verra ce qui se passe. C’est comme cela qu’ils font tout. C’est comme cela qu’ils commencent les guerres. Et c’est comme cela qu’ils mènent les négociations : pas pour finir la guerre, mais pour éviter d’y mettre fin et juste gagner du temps.
Quand les gens regardent aujourd’hui en arrière, à l’époque d’avant l’invasion russe, que dira-t-on de ce moment, quatre ans à partir de maintenant ? Et certains des dirigeants puissants d’aujourd’hui chercheront-ils des moyens d’éviter la responsabilité et de se justifier ? Il y avait différentes options avant l’invasion, il y a des options maintenant. Je le pense.
Et quand nous disons que la Russie ne doit pas être récompensée pour cette guerre, nous répétons la même chose que nous disions avant l’invasion : la Russie ne doit pas recevoir l’espoir qu’elle peut s’en tirer avec ce crime. Tout le monde doit répondre déjà au stade de l’intention − l’intention de tuer, la tentation de continuer l’agression.
Rappelez-vous le moment quand la Russie a commencé à prendre la diplomatie le plus au sérieux pendant ces quatre années : c’était quand nos frappes en profondeur contre les raffineries de pétrole russes ont commencé à fonctionner, et quand tout le monde a commencé à parler des Tomahawk. Cela montre exactement comment traiter la Russie et ce que la Russie entend réellement : elle entend la force. Plus nous sommes forts, plus une paix réaliste devient possible.
Beaucoup de temps, maintenant, est consacré aux négociations. Nous espérons vraiment que les réunions trilatérales de la semaine prochaine seront sérieuses, substantielles, utiles pour nous tous. Mais, honnêtement, parfois, on a l’impression que les parties parlent de choses complètement différentes.
Les Russes parlent souvent d’un « esprit de courage », et nous ne pouvons que deviner ce qu’ils veulent vraiment dire. Les Américains reviennent souvent au sujet des concessions, et trop souvent ces concessions sont discutées dans le seul contexte de l’Ukraine – pas de la Russie. L’Europe est pratiquement absente de la table, et c’est, à mon avis, une grosse erreur. Et nous, Ukrainiens, nous essayons de faire entrer pleinement l’Europe dans le processus, afin que les intérêts et la voix de l’Europe soient pris en compte. C’est très important.
Et l’Ukraine revient sans cesse à un point simple : la paix ne peut être construite que sur des garanties de sécurité claires. Là où il n’y a pas de système de sécurité clair, la guerre revient toujours.
L’Ukraine fera tout − vraiment tout − pour que ces négociations réussissent. Nous avons investi dans ce processus, et nous sommes en contact constant avec Steve Vitko [Witkoff], avec Jared Kushner, et avec toutes les personnes que le président Trump nomme aujourd’hui. Nous rencontrons le secrétaire d’État Marco Rubio, et l’Ukraine veut que le résultat de tous ces efforts soit une sécurité réelle et une paix réelle – une paix réelle. Pas ce qui est sorti de Genève en 2021.
Pas ce que les Russes espèrent de ce soi-disant “esprit” et “courage”. Et il semble que Poutine espère répéter Munich – et pas Munich 2007, quand ils parlaient seulement de diviser l’Europe, mais Munich 1938, quand “précédent Poutine” a commencé à diviser l’Europe en réalité.
L’Ukraine est prête pour un accord qui nous apporte une paix réelle – à nous, à l’Ukraine, à l’Europe.
Ce serait une illusion de croire que cette guerre peut maintenant être finie de manière fiable en divisant l’Ukraine, tout comme c’était une illusion de croire que sacrifier la Tchécoslovaquie sauverait l’Europe d’une grande guerre. Et quand les gens demandent aujourd’hui quel pourrait être le prix d’un accord, notre réponse est simple : l’essentiel est que, dans quatre ans, le monde civilisé ne soit pas obligé, encore une fois, de se justifier, de déplacer la responsabilité, et de chercher encore quelqu’un d’autre à blâmer.
Chers amis, l’Ukraine est prête pour un accord qui nous apporte une paix réelle – à nous, à l’Ukraine, à l’Europe. Et je suis confiant que cette guerre peut être terminée, et terminée avec dignité. C’est le plus important pour nous : avec dignité. Et nous avons donné à nos partenaires tout ce que nous pensons qu’un tel accord doit inclure. Et nous sommes prêts à investir dans la sécurité commune tout ce que nous avons appris en nous défendant pendant ces années de guerre.
Et nous pouvons répondre clairement à la plupart des questions de sécurité qui ont été soulevées à la conférence hier, et qui seront soulevées aujourd’hui. Et en ce moment même, alors que nous travaillons ensemble pour protéger des vies en Ukraine, nous construisons un nouveau système, une nouvelle sécurité, et une nouvelle architecture de réponse – de nouvelles approches pour protéger des vies dans n’importe quel pays européen, quand cela sera nécessaire.
Notre mur de drones est votre mur de drones. Notre expertise en drones fait partie de votre sécurité. Notre capacité à arrêter les assauts et le sabotage russes peut aussi faire partie de votre défense. L’Europe a besoin d’une véritable politique de défense commune, tout comme elle a déjà tant de choses en commun dans l’économie, le droit et la politique sociale.
S’il vous plaît, prêtez attention à l’Ukraine. Et si cela s’était produit plus tôt, cette guerre n’aurait pas commencé. Merci. »

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