Les Américains et les Russes se sont-ils mis d’accord sur un nouveau plan de paix sans consulter les Ukrainiens et les Européens ? Kiev a confirmé, jeudi 20 novembre, avoir reçu un document américain et s’est dit prête à travailler « de manière constructive » avec Washington. À Moscou, le Kremlin fait mine de découvrir l’affaire. Dans l’ombre et à la manœuvre : Kirill Dmitriev, homme d’affaires et envoyé spécial de Vladimir Poutine pour les investissements.
Le cinquantenaire a rencontré l’envoyé spécial des États-Unis, Steve Witkoff, pendant trois jours à Miami pour aboutir à un plan de paix qui reprend largement les exigences russes : cession de territoires contrôlés par Kiev, réduction drastique de l’armée ukrainienne…
Depuis le début du second mandat de Trump, son rôle a pris de l’ampleur en devenant l’un des interlocuteurs réguliers des discussions officieuses russo-américaines. « Il y a un gentleman russe, il s’appelle Kirill. Il a été un interlocuteur essentiel, faisant le lien entre les deux parties », expliquait récemment Witkoff.
D’un critique de Poutine à un proche du pouvoir
Dmitriev n’a pourtant pas toujours été un allié de Poutine. L’homme d’affaires a grandi à Kiev au sein d’une famille de scientifiques ukrainiens. Son père est un biologiste cellulaire renommé, sa mère une généticienne.
Lors de ses études à Stanford, il rédige un mémoire sur la privatisation en Ukraine, expliquant vouloir « contribuer au processus de réforme » du pays. Selon un ami cité par la BBC, il aurait même participé à 15 ans à des manifestations prodémocratie à Kiev avant la chute de l’Union soviétique au même moment où Poutine considérait l’effondrement de l’Union soviétique comme « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle ».
Dmitriev aurait rencontré Poutine pour la première fois au début de sa présidence en 2000. À l’époque, il est encore critique de la répression du dirigeant russe contre les oligarques russes. Dans une tribune publiée dans le journal économique Vedomosti en 2003, il écrivait : « Le monde est suffisamment averti pour distinguer le respect de la lettre de la loi de l’usage de la loi comme outil d’influence. »
À la tête d’un « fonds occulte pour le président Vladimir Poutine »
Mais en 2007, revenu en Ukraine pour diriger un fonds d’investissement, il déplore l’« instabilité » du pays et estime que la Russie serait mieux armée pour faire face à la crise financière. En 2011, il s’installe en Russie et prend la tête du RDIF (Fonds russe d’investissements directs), ce qui le rapproche durablement du Kremlin.
Un fonds qui avait d’ailleurs été sanctionné et largement décrié par la présidence de Joe Biden : « Bien qu’officiellement fonds souverain, le RDIF est largement considéré comme un fonds occulte pour le président Vladimir Poutine et comme emblématique de la kleptocratie plus large de la Russie. » Le Trésor américain avait alors qualifié Dmitriev d’« allié connu de Poutine ».
En coulisses, Dmitriev profite aussi de sa position pour avancer ses pions économiques en proposant des projets énergétiques conjoints dans l’Arctique avec les États-Unis. Il avait également suggéré d’associer le fonds souverain russe à des entreprises américaines pour développer des gisements de terres rares, de fournir à Elon Musk « une centrale nucléaire russe de petite taille pour une mission vers Mars » ou de construire un tunnel ferroviaire « Poutine-Trump » reliant les deux pays sous le détroit de Béring.
Si Dmitriev gagne en notoriété et en influence en Russie, il est la cible de sanctions en Ukraine, accusé d’avoir commis des crimes, notamment « la diffusion de propagande et la venue d’investissements russes dans des secteurs clés des économies étrangères ».

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