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Pourquoi Minneapolis est au cœur de la répression anti-immigration de Donald Trump

Pourquoi Minneapolis est au cœur de la répression anti-immigration de Donald Trump

Après l’assassinat de Renee Nicole Good et l’arrestation d’un enfant de 5 ans, la colère ne fait que grandir au Minnesota, devenu le cœur battant d’une contestation tentaculaire.

La colère est de plus en plus importante aux États-Unis contre l’ICE, la police anti-immigration de Donald Trump. Mais il y a un État où la gronde est encore plus importante. Au Minnesota, dans le nord du pays, la résistance continue de s’organiser.

Ce vendredi 23 janvier, des milliers de personnes ont défilé dans le centre de Minneapolis, la plus grande ville de cet État, appelant à « abolir l’ICE » et à « laisser nos voisins tranquilles ».

Un État peu concerné par l’immigration

Malgré les températures polaires pouvant atteindre les -30 °C, d’autres mobilisations ont été organisées autour d’un bâtiment utilisé par l’ICE et à l’aéroport international de Minneapolis-Saint-Paul, d’où partent les migrants envoyés vers les centres de rétention. « Je suis ici parce que, si nous ne nous battons pas, […] le fascisme l’emportera », a expliqué, à l’AFP, un manifestant souhaitant rester anonyme.

Face à cette mobilisation toujours plus importante, Donald Trump a mobilisé plus de 3 000 agents fédéraux de l’immigration, rappelle The Guardian. Puis, il a évoqué l’instauration de l’Insurrection Act, ce qui lui permettrait de dépêcher, dans les rues de Minneapolis, des soldats pour encadrer ou remplacer les forces de police locales, avant de rétropédaler.

Pourtant, cet État est loin d’être celui qui compte le plus d’immigrés sans papiers. The Economist indique que cette population est estimée à 100 000, soit bien moins que celle du Texas (2 millions) ou de Floride (1,2 million).

L’assassinat de Renee Nicole Good rappelle celui de George Floyd

Si la colère est particulièrement importante dans cet État, c’est, notamment, en raison de l’assassinat de Renee Nicole Good par un agent de l’ICE, le 7 janvier dernier. Cette citoyenne américaine a été tuée alors qu’elle était au volant de sa voiture et qu’elle tentait de s’opposer à une opération de la police anti-immigration.

L’administration Trump, J.D. Vance en tête, a assuré que le policier avait agi dans le cadre de la légitime défense. Une version remise en cause, après la diffusion de premières vidéos, qui n’a pas convaincu les autorités locales, déjà marquées par la mort de George Floyd en 2020, à deux kilomètres de l’endroit où Renee Nicole Good a été tuée.

Quelques jours après l’assassinat de Renee Nicole Good, un ressortissant vénézuélien a été blessé par un nouveau tir policier, relançant ainsi la colère.

Un quotidien complètement perturbé

La proximité des lieux où sont morts Renee Nicole Good et George Floyd « est vraiment stupéfiante, et cela provoque un traumatisme répété pour les habitants du sud de Minneapolis », a déclaré Michelle Phelps, professeure de sociologie à l’université du Minnesota, dont les recherches portent sur la sociologie de la punition et la politique policière.

Sur CNN, elle explique que les habitants doivent, de nouveau subir les conséquences de cet assassinat : « les hélicoptères qui tournent au-dessus de leurs têtes, la vigilance constante et la peur la nuit, la surveillance des places d’immatriculation des étrangers, sans oublier le deuil et la tristesse ».

Le quotidien des habitants de Minneapolis est ainsi complètement bouleversé, rapporte The Minnesota Star Tribune. « Des bataillons d’agents fédéraux armés parcourent les quartiers, les gares, les centres commerciaux et les parkings, et se déploient près des églises, des mosquées et des écoles », décrit le média local, qui assure que « des inconnus armés ont envahi des lieux où la vie quotidienne devrait être routinière et sûre ». « On se croirait en pleine occupation militaire », assurent les journalistes.

« Je suis indignée, vous devriez l’être aussi »

Et la colère qui ne devrait pas se calmer tout de suite. Car un nouveau scandale a éclaté, ce mardi 20 janvier, avec l’arrestation de Liam Ramos, 5 ans. Avec son père, il a été interpellé alors qu’il venait de rentrer de l’école maternelle. Une photo, devenue virale, montre le garçonnet apeuré, coiffé d’un bonnet bleu aux oreilles de lapin, portant un sac à dos tenu par une silhouette vêtue de noir.

Là encore, deux visions s’opposent. Zena Stenvik, responsable du réseau scolaire local, a accusé les autorités d’avoir utilisé le garçon comme « appât », en le faisant frapper à la porte de son domicile pour faire sortir les personnes qui s’y trouvaient. Le vice-président J.D. Vance a, lui, affirmé qu’il avait été récupéré devant son domicile après que son père, originaire d’Équateur et présenté comme clandestin, eut pris la fuite. « Nous ne visions pas l’enfant », a insisté l’un des dirigeants d’ICE, Marcos Charles, ce vendredi.

Plusieurs personnalités politiques, à l’instar de l’ancienne candidate démocrate à la Maison Blanche, Kamala Harris, se sont empressées de dénoncer cette arrestation. « Liam Ramos n’est qu’un bébé. Il devrait être chez lui avec sa famille, et non pas utilisé comme appât par l’ICE et détenu dans un centre de détention au Texas. Je suis indignée, et vous devriez l’être aussi », déplore la démocrate.

Plusieurs élus démocrates, comme le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, et le maire de Minneapolis, Jacob Frey, se sont également publiquement opposés aux opérations de l’ICE. L’État a demandé à la justice fédérale la suspension de l’opération de la police de l’immigration. Une audience à ce sujet est prévue ce lundi.