Ce document fait du président vénézuélien le chef présumé d’une organisation narcoterroriste, en l’accusant d’avoir dirigé le cartel de Los Soles.
À la base de l’opération militaro-judiciaire américaine visant à capturer Nicolas Maduro, se trouve un acte d’accusation de 28 pages déposé devant le tribunal fédéral du district sud de New York. Cette pièce, signée par le procureur Geoffrey S. Berman, révèle l’ampleur d’une stratégie washingtonienne qui qualifie le président en exercice Maduro en chef présumé d’une organisation narcoterroriste.
Au cœur du réquisitoire figure une accusation grave : Maduro aurait dirigé le cartel de Los Soles (cartel des Soleils), une organisation criminelle composée de hauts dignitaires vénézuéliens. Le nom même fait référence aux insignes solaires ornant les uniformes des officiers supérieurs de l’armée bolivarienne. Selon l’acte d’accusation, cette structure aurait méthodiquement corrompu les institutions vénézuéliennes – armée, services de renseignement, législature, justice – pour faciliter l’importation de « tonnes de cocaïne » vers les États-Unis.
Le document va plus loin : contrairement aux cartels latino-américains traditionnels qui cherchent à éviter les poursuites américaines, le cartel des Soleils aurait fait de la cocaïne « une arme contre l’Amérique », dans le but explicite d’« inonder » les États-Unis de drogue. Une accusation qui transforme le trafic en acte quasi insurrectionnel contre les États-Unis.
Farc et armes lourdes : l’alliance dangereuse
Le réquisitoire établit une connexion directe entre Maduro et les Farc, l’organisation de guérilla colombienne classée comme terroriste par Washington depuis 1997. Dès 1999, pendant les négociations de paix avec Bogota, les Farc auraient déplacé une partie de leurs opérations au Venezuela sous la protection du régime chaviste.
Les charges décrivent comment le président Maduro aurait personnellement négocié des livraisons d’armes militaires aux Farc – mitrailleuses, lance-roquettes, explosifs – en échange de cocaïne et d’un soutien logistique. En 2014, le président vénézuélien aurait même demandé à la guérilla de former une milice non officielle, lui offrant ainsi un démenti crédible face aux violences anticipées. Une privatisation paramilitaire qui rappelle les heures les plus sombres des conflits d’Amérique centrale.
Du blanchiment d’argent aux aéroports complices
L’acte d’accusation accumule les accusations concrètes. En 2006, Nicolas Maduro, alors ministre des Affaires étrangères, aurait accepté 5 millions de dollars des Farc dans le cadre d’un système de blanchiment via l’achat d’équipements d’extraction d’huile de palme en Malaisie. La même année, un DC-9 transportant 5,6 t de cocaïne aurait décollé de l’aéroport international Simon-Bolivar avec la complicité des hauts responsables du cartel.
Il est également fait mention d’un épisode survenu en septembre 2013. Après la saisie de 1,3 t de cocaïne sur un vol commercial vers Paris, Nicolas Maduro aurait orchestré l’arrestation d’officiers vénézuéliens subalternes pour « détourner l’attention » de sa propre implication et de celle de ses complices, dont Diosdado Cabello, aujourd’hui président de l’Assemblée constituante.
Honduras et diplomatie de la drogue
Le document entend établir comment Nicolas Maduro aurait instrumentalisé sa fonction diplomatique. En 2009, après un coup d’État au Honduras, Diosdado Cabello se serait inquiété que l’instabilité politique ne « foute en l’air le business ». Maduro se serait alors rendu à Tegucigalpa sous couvert de mission diplomatique pour « intervenir au nom du cartel » et préserver le « pont aérien » de cocaïne entre le Venezuela et le Honduras – environ 75 vols clandestins recensés en 2010 selon le département d’État américain.
Quatre chefs d’inculpation, jusqu’à perpétuité
Le réquisitoire retient quatre charges principales contre Maduro et ses six coaccusés : conspiration narcoterroriste, conspiration d’importation de cocaïne, possession d’armes automatiques et de dispositifs destructifs, et conspiration pour possession de ces armes. Les peines encourues vont de dix ans à la perpétuité, avec confiscation de tous les biens « dérivés directement ou indirectement » des infractions.
Cette offensive judiciaire témoigne d’une stratégie américaine au long cours, puisque l’enquête remonte à 1999. Elle transforme un conflit géopolitique en affaire criminelle de droit commun, donnant à Washington un prétexte légal pour justifier des opérations qui relèvent, dans les faits, d’une intervention dans les affaires intérieures d’un État souverain. Reste la question que se posent les chancelleries européennes : comment se réjouir de l’arrestation d’un triste dictateur sans pour autant légitimer la violation manifeste du droit international qui autoriserait d’autres régimes (Moscou, Pékin) à user de la violence sans retenue en fonction de leurs intérêts propres ? On pense bien sûr à l’Ukraine, aux pays Baltes et à Taïwan.

Partager :