Le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis a recours depuis peu à une technologie qui mise sur la reconnaissance faciale pour arrêter des personnes en situation irrégulière.
L’administration Trump n’en finit plus de trouver de nouveaux moyens pour mener à bien les volontés de la Maison-Blanche en matière de contrôle de l’immigration. Sa dernière invention : un système de reconnaissance faciale pour permettre des arrestations plus rapides de migrants en situation irrégulière.
L’application utilisée par les agents de l’Immigration et des Douanes américaines (ICE), nommée Mobile Fortify et dont l’existence avait été signalée par le site spécialisé 404 Media, a été décortiquée par nos confrères du Wall Street Journal. La technologie est simple d’utilisation : elle exige seulement des agents de l’ICE qu’ils pointent leur téléphone vers le visage d’un suspect et prennent une photo (idéalement, en se plaçant à 1,20 mètre de celui-ci). Elle a, d’après des sources proches du dossier au Wall Street Journal, été programmée pour ne renvoyer que les correspondances d’identité confirmées à partir des scans faciaux, excluant les résultats proches mais non concluants. Avec la photo, l’identité et le statut migratoire du suspect sont déclinés à l’écran. D’après un responsable, elle aurait déjà été utilisée plus de 100 000 fois sur le terrain, et a rendu plus rapide le processus d’arrestation.
Pour ce faire, l’application a accès à plusieurs bases de données criminelles gouvernementales, lui permettant notamment de retrouver facilement les informations des services d’immigration concernant la personne suspectée. D’après le Wall Street Journal, l’application exploite aussi données publiques, comme les publications sur les réseaux sociaux. Ces informations permettent de trouver d’autres renseignements sur les personnes photographiées, comme d’autres noms qu’elles pourraient utiliser, leurs anciens lieux de résidence et leurs relations.
Cependant, un porte-parole du Département de la Sécurité intérieure a assuré que Mobile Fortify ne collectait pas de données et que « son utilisation est encadrée par des autorités légales établies et un contrôle formel de la protection de la vie privée, qui imposent des limites strictes à l’accès, à l’utilisation et à la conservation des données ».
Une technologie critiquée
Plusieurs avocats et associations de défense des droits des migrants, mais aussi de protection de la vie privée, ont pointé du doigt cette technologie et ses possibles dérives. Celle-ci s’inscrit pourtant dans une politique d’investissements massifs dans les moyens de l’ICE, devenue l’agence de police fédérale la mieux financée avec quelque 75 milliards de dollars alloués par le Congrès cet été, en plus de son budget habituel.
Plus particulièrement, Mobile Fortify est le résultat d’une politique d’expérimentation de nouvelles technologies, et notamment de technologies de reconnaissance faciale, censées accélérer la politique d’expulsion massive promise par Donald Trump. Ces derniers mois, l’ICE a ainsi signé un contrat pour un outil capable de scanner l’iris des individus, et a recruté dans le même temps plusieurs entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle pour localiser les immigrants. Les dépenses du gouvernement auprès de certaines entreprises connues pour fournir des technologies de surveillance ont par ailleurs considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, avec plus de 30 millions de dollars de contrats attribués cette année, d’après le Wall Street Journal.
Chad Wolf, président du comité sur la sécurité intérieure et l’immigration de l’America First Policy Institute et ancien secrétaire par intérim à la Sécurité intérieure pendant le premier mandat de Trump, a ainsi assuré : « La principale promesse du président Trump au peuple américain était d’éliminer un grand nombre de menaces criminelles et de risques pour la sécurité publique, et ces technologies fournissent aux forces de l’ordre fédérales des outils pour relever ce défi plus facilement. » L’ICE travaillerait à proposer une version simplifiée de cette technologie aux services de police locaux qui collaborent avec les agents fédéraux de l’immigration.

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