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Qui est Ilhan Omar, l’élue démocrate agressée à Minneapolis et bête noire de Donald Trump ?

Qui est Ilhan Omar, l’élue démocrate agressée à Minneapolis et bête noire de Donald Trump ?

Agressée par un jet de liquide nauséabond et non identifié en plein meeting, l’élue démocrate est la cible du camp MAGA depuis plusieurs années.

La séquence tourne en boucle. Mardi soir, la démocrate Ilhan Omar s’exprime derrière un pupitre lors d’une réunion publique à Minneapolis. Au moment où l’élue au Congrès appelle à l’abolition de l’ICE et à la démission de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem – dans le sillage des meurtres de Renee Good et Alex Pretti par des agents de la police de l’immigration – un homme se lève du public, s’avance vers elle et projette dans sa direction un liquide, non identifié, et décrit comme nauséabond.

Interpellé par un agent de sécurité, le suspect, Anthony Kazmierczak, est arrêté par la police pour coups et blessures, et une enquête est ouverte. Quelques secondes après les faits, Ilhan Omar reprend : « Nous allons continuer, ces c****ds ne vont pas s’en tirer comme ça. Ne les laissez pas voler la vedette. Voici la réalité que les gens comme cet homme horrible ne comprennent pas : nous sommes forts dans le Minnesota et nous resterons résilients face à tout ce qu’ils pourraient nous faire subir. »

Sur ses réseaux sociaux, elle assure par la suite : « Je vais bien. Je suis une survivante, donc ce petit agitateur ne va pas m’intimider et m’empêcher de faire mon travail. » L’incident soulève une nouvelle fois la question des mesures de sécurité en place lors des rassemblements politiques aux États-Unis, notamment après le meurtre de Charlie Kirk en septembre.

Quelques heures avant l’épisode, Donald Trump a réclamé que les personnes autorisées à immigrer « prouvent qu’elles aiment notre pays, pas qu’elles le haïssent, prouvent qu’elles ne vont pas faire exploser nos fermes ou nos supermarchés, qu’elles ne vont tuer personnePas des gens comme Ilhan Omar, quoi. » Après les faits, le président des États-Unis a même suggéré que la représentante du Minnesota a organisé elle-même son agression : « Elle s’est probablement fait asperger elle-même, la connaissant », a-t-il déclaré à ABC News.

Cible de Donald Trump

Cette figure de la gauche est l’une des cibles privilégiées de Trump et du camp Maga. Cette semaine, et dans un contexte où il multiplie ses attaques contre la Somalie, Trump a encore assuré : « Elle vient d’un pays qui est une catastrophe, ce n’est même pas un pays. » Début décembre, il insultait déjà les quelque 80 000 membres de la communauté somalienne vivant dans le Minnesota : « Leur pays pue, nous ne voulons pas d’eux dans le nôtre. (Ilhan Omar) est une ordure, ses amis sont des ordures. »

Donald Trump s’en prend à l’élue d’origine somalienne depuis son premier mandat. En 2019, il la faisait apparaître dans une vidéo au côté d’images du 11 Septembre, laissant entendre qu’elle aurait encouragé les attentats, et l’accusait à tort de soutenir Al-Qaïda et d’en faire la promotion.

Cette même année, il lui demandait de « retourner dans son pays » alors qu’elle possède la nationalité américaine – depuis 2000, soit six ans avant Melania Trump. En 2020, il lâchait un : « Quid d’Omar dans le Minnesota ? Elle veut nous dire comment diriger notre pays… Et toi, comment ça va dans ton pays ? Comment il allait ton pays quand tu l’as quitté ? »

Par ailleurs, le camp présidentiel se fait régulièrement le relais des théories du complot sur sa personne, parmi lesquelles des supposés liens avec Al-Qaïda et un prétendu mariage avec son propre frère.

Accomplissements et polémiques

La femme politique de 43 ans, née dans la capitale somalienne Mogadiscio, a été forcée de vivre dans un camp de réfugié de ses huit à ses douze ans, après avoir été expulsée de sa maison en pleine guerre civile.

Elle a ensuite rejoint les États-Unis, où elle a suivi des études d’économie puis de sciences politiques à l’université d’État du Dakota du Nord. Elle est devenue la première femme d’origine somalienne à siéger dans un parlement américain en remportant un siège à la Chambre des représentants du Minnesota en 2016, ainsi que l’une des deux premières femmes musulmanes à franchir les portes du Congrès, et la première femme portant le voile au Congrès, deux ans plus tard.

Connue pour ses combats revendiquant l’annulation de la dette étudiante, l’augmentation du salaire minimum, et une couverture de santé universelle, et ceux dénonçant l’injustice climatique et les réformes d’un système d’immigration défaillant, elle a aussi suscité la polémique.

En 2019, républicains et démocrates fustigent ses propos en ligne assurant que certains groupes pro israéliens n’étaient « intéressés que par l’argent » – elle a depuis présenté ses excuses pour ses propos. En 2012, elle s’était déjà excusée pour un autre tweet où elle écrivait qu’ « Israël a hypnotisé le monde ».

Pour ses partisans, Ilhan Omar incarne en tout cas un symbole. Au point même qu’elle fait partie du « Squad » (l’équipe), qui est le nom informel donné au groupe composé par Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib, lors de leur élection en 2018 en congrès. L’arrivée de ces femmes, aux origines variées et âgées de moins de 50 ans à l’époque, avait été saluée par l’aile gauche du parti démocrate.