Elle était suivie par plus de 95 000 personnes de son vivant. Aujourd’hui, son compte TikTok affiche quelque 136 000 abonnés. Connue pour faire la promotion de Tonka, une commune située à une centaine de kilomètres de Tombouctou au nord du Mali, la jeune influenceuse Mariam Cissé a été tuée vendredi 7 novembre.
Le frère de la jeune fille a indiqué qu’elle avait été « arrêtée jeudi [6 novembre, NDLR] par les djihadistes » qui assuraient qu’elle avait « informé l’armée malienne de leurs mouvements » : « Le lendemain, ils l’ont amenée à Tonka à moto sur la place de l’Indépendance et ils l’ont fusillée. J’étais dans le public. » Sous le couvert de l’anonymat, une autre source a confirmé à l’Agence France-Presse (AFP) que « Mariam Cissé avait été assassinée sur une place publique de Tonka vendredi par les djihadistes qui l’accusaient de les avoir filmés pour le compte de l’armée malienne », et a dénoncé « une barbarie ». Même son de cloche chez un élu local, qui a qualifié cet assassinat « d’acte ignoble ».
D’après plusieurs témoins, le 6 novembre, Mariam Cissé filmait le marché, le fleuve et les habitants d’une localité voisine en direct sur son compte TikTok. Soudainement, des hommes armés, djihadistes présumés, l’ont arrêtée, identifiée comme « ennemie » après avoir reconnu son visage, et conduite à moto hors de la ville. Le lendemain, ils l’ont ramenée sur la place de l’Indépendance, la place centrale de Tonka, et l’ont abattue devant une foule impuissante.
Vedette et soutien de l’armée
Mariam Cissé, qui montrait souvent sa région et le quotidien des habitants, était une vedette locale. Elle manifestait de temps à autre son soutien à l’armée malienne. Dans l’une de ses publications, on la voit ainsi vêtue d’une tenue militaire portée par les troupes du pays.
@marimacisse57 ♬ son original – ♻️COÜLIBÃLY:.��MOUssO~Officl♻️
L’annonce de son meurtre a bouleversé le Mali. Sur les réseaux sociaux, et dans les espaces commentaires de ses vidéos, les hommages ne cessent plus de pleuvoir depuis sa mort. Nombreux se demandent comment les autorités ont pu laisser un tel acte se dérouler en plein centre-ville de Tonka.
Dégradation du contexte sécuritaire
Un épisode qui illustre bien la situation critique au Mali. De son côté, le ministère français des Affaires étrangères a appelé, le 7 novembre, ses ressortissants à quitter temporairement le pays « dès que possible ». Car sur place, la situation sécuritaire se dégrade rapidement, et ce « jusqu’à Bamako », avertit le quai d’Orsay. Les routes nationales sont désormais « la cible de groupes terroristes », et les vols commerciaux sont considérés comme l’unique voie de sortie sûre du pays.
En profonde crise sécuritaire depuis 2012, en proie aux violences commises par des groupes djihadistes, le Mali est également confronté à une grave crise économique. Depuis plusieurs mois, ces groupes utilisent le carburant comme arme de guerre, imposant un blocus sur les importations – en attaquant les convois et en incendiant les dépôts, notamment. Ce faisant, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, dit Jnim, souhaite resserrer l’étau sur le régime militaire déjà fragilisé et imposer ses représailles au gouvernement malien, qui avait interdit la vente d’essence en bidons pour priver les groupes djihadistes de leurs circuits d’approvisionnement.

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