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RDC : Après la mort du porte-parole du M23, Kinshasa à l’offensive

RDC : Après la mort du porte-parole du M23, Kinshasa à l’offensive

La mort de Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’AFC/M23, tué dans une frappe de drone près de Rubaya, a ravivé les combats dans l’est de la RDC, désormais concentrés autour des sites miniers stratégiques.

Les lignes de front se sont rallumées à l’aube. Depuis mercredi matin, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les milices locales Wazalendo et soutenues par des drones, ont lancé des attaques simultanées sur plusieurs positions de l’AFC/M23 dans l’est de la RDC.

Les combats les plus intenses se concentrent dans le territoire de Masisi, à proximité immédiate de Rubaya, site minier stratégique. Cette zone produit entre 15 % et 30 % du coltan mondial, minerai indispensable à l’industrie électronique. Pour le M23, l’enjeu est autant militaire qu’économique.

Sur le terrain, la situation se dégrade aussi sur le plan civil. Depuis mardi 24 février, la cité minière est coupée des réseaux de télécommunications. Appels, Internet, services de mobile money : tout est suspendu. Dans cette économie largement informelle, où les transferts d’argent constituent le principal moyen d’échange, la paralysie numérique aggrave la vulnérabilité des habitants.

Les déplacements de population ont repris, compliquant l’acheminement de l’aide humanitaire.

Kasenyi, verrou stratégique

Plus tôt dans la journée, les rebelles, soutenus par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports onusiens, avaient été chassés du groupement de Nyamaboko 1 par les Wazalendo. Mais la riposte n’a pas tardé.

Dans l’après-midi, le M23 a lancé une contre-offensive à Kasenyi, localité reprise dimanche par l’armée congolaise après de violents affrontements. Des sources locales évoquent l’arrivée de renforts en hommes et en munitions côté rebelle. L’objectif semble clair : reprendre Kasenyi pour freiner la progression des forces progouvernementales vers Rubaya.

Car Kasenyi constitue un point de passage clé sur la route du site minier. Sa perte fragilisait le dispositif du M23 dans le sud du territoire de Masisi.

Extension des combats

Les affrontements ne se limitent pas au Nord-Kivu. Sur les hauts plateaux du Sud-Kivu, des combats ont également été signalés mercredi. L’armée congolaise y affronte des milices alliées au M23. Des sources locales et militaires évoquent l’appui d’environ 5 000 soldats burundais aux forces gouvernementales, confirmant la dimension régionale du conflit.

Guerre des versions

Sur le réseau X, Bertrand Bisimwa, président du M23, accuse Kinshasa d’avoir rompu le cessez-le-feu proposé par l’Angola. Il dénonce une « offensive généralisée » et un « choix assumé de l’option militaire » par les autorités congolaises. Le mouvement affirme que des drones armés et de l’artillerie lourde ont été utilisés sur plusieurs axes, citant notamment Rutigita (Minembwe), Kitazungura (territoire de Kalehe) et Rugezi.

Aucune communication officielle n’avait été publiée par le gouvernement congolais mercredi en fin de journée.

La frappe qui a tout précipité

Cette nouvelle flambée intervient au lendemain d’un événement majeur : la mort de Willy Ngoma, porte-parole militaire du M23, tué mardi près de Rubaya lors d’une frappe de drone attribuée aux FARDC.

Figure médiatique du mouvement, régulièrement mise en avant lors des prises de villes — notamment à Goma en janvier 2025 — il était sous sanctions de l’Union européenne, des États-Unis et des Nations unies pour son rôle au sein du groupe rebelle.

Selon l’ONU, il partageait la responsabilité des exactions attribuées au M23, allant des recrutements forcés au commerce illégal de minerais.

Sa disparition ne semble pas avoir désorganisé la chaîne de commandement. « Cela ne constitue pas un handicap au sein de notre armée mais profite à Kinshasa », confie une source interne au mouvement.

Cessez-le-feu théorique

L’Angola avait proposé un cessez-le-feu à compter du 18 février. Il semble aujourd’hui largement caduc, rattrapé par la reprise des combats.

Reçu mercredi à l’Élysée, le président congolais Félix Tshisekedi a trouvé en Emmanuel Macron un soutien appuyé. Le chef de l’État français a insisté sur « la nécessité d’un cessez-le-feu » et d’« une solution politique durable » dans l’est de la RDC. Dans un message publié sur le réseau X, il affirme que « la France soutient pleinement les efforts de médiation pour une solution politique durable dans la région des Grands Lacs, la cessation des hostilités, un cessez-le-feu et le respect de l’autorité de l’État et de l’intégrité territoriale de la RDC ».

Des déclarations qui contrastent avec la réalité du terrain. Dans le territoire de Masisi, les combats se poursuivaient encore en fin d’après-midi. L’est de la République démocratique du Congo, ravagé par plus de trois décennies de conflits armés, replonge dans une nouvelle séquence d’escalade où s’entremêlent rivalités locales, appétits miniers et tensions régionales.