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RDC – M23 : l’Angola mise sur un cessez-le-feu fragile

RDC – M23 : l’Angola mise sur un cessez-le-feu fragile

Sous l’égide du président angolais revenu au centre du dossier congolais, un cessez-le-feu a été fixé pour ce 18 février entre Kinshasa et le M23. Mais dans l’Est, les combats fragilisent déjà l’espoir d’un répit.

Dans moins de 24 heures, un cessez-le-feu devrait entrer en vigueur entre Kinshasa et le groupe armé antigouvernemental AFC/M23, proposé par le chef d’État angolais João Lourenço, ancien président de l’Union africaine. Considéré comme un espoir de sortie de crise, cet appel suscite des réactions contrastées.

Depuis le début du conflit dans l’Est de la RDC, plusieurs annonces de cessez-le-feu ont été faites, toutes impliquant l’arrêt immédiat des hostilités. Cependant, à chaque reprise des affrontements, les deux parties se rejettent mutuellement la responsabilité. Peut-on espérer cette fois-ci un cessez-le-feu définitif ? Et celui-ci pourra-t-il réellement être respecté ?

L’Angola fixe le calendrier

Dans un communiqué publié dans la nuit du 11 au 12 février 2026, l’Angola, médiateur du conflit en RDC, a proposé à Kinshasa et au M23 de respecter un cessez-le-feu à compter du 18 février. « La République d’Angola propose l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre le gouvernement de la République démocratique du Congo et le M23, à partir de 12 h 00 le 18 février prochain », a déclaré le gouvernement angolais.

À Kinshasa, cet appel a été accueilli favorablement. La présidence a confirmé accepter le cessez-le-feu « en vue d’une solution pacifique au conflit ».

De son côté, le groupe armé AFC/M23, par la voix de son coordinateur Corneille Nangaa, a affirmé sur X son engagement en faveur d’un cessez-le-feu immédiat dans le cadre du processus de Doha, « une voie légitime vers un règlement négocié, durable et inclusif du conflit ». Par la même occasion, le mouvement n’a pas hésité à accuser Kinshasa de fragiliser les efforts de médiation par une « fragmentation diplomatique » et la multiplication d’initiatives parallèles.

Des doutes persistants

L’opposant Denis Mukwege reste sceptique et craint que l’accord ne dure pas : « Je pense que cela risque de ressembler à une trêve, et on ne sait pas combien de temps va durer cette trêve. On a vu beaucoup de cessez-le-feu en République démocratique du Congo qui n’ont pas tenu longtemps ».

L’Est de la RDC, riche en ressources naturelles et frontalière du Rwanda, est en proie à des violences depuis plus de 30 ans. Depuis la résurgence du M23 en 2021, près d’une demi-douzaine de cessez-le-feu et de trêves ont déjà été signés, sans effet durable sur le terrain. « On a vu la limite de ces cessez-le-feu. Nous espérons que celui-ci sera le bon, puisqu’en tout cas la souffrance de la population congolaise est énorme », ajoute M. Mukwege.

Un soutien international prudent

Sur le plan international, la France a salué l’accord du président congolais Félix Tshisekedi pour mettre en œuvre le cessez-le-feu proposé par l’Angola. Elle insiste sur le respect des accords de Washington et de Doha et affirme être « pleinement mobilisée pour que ces engagements se traduisent par des améliorations concrètes pour les populations de l’Est du pays, tout en soutenant la reprise des vols humanitaires vers Goma ».

Pour Maxime Prévot, ministre des affaires étrangères belge, cet appel constitue « une perspective encourageante pour l’Est de la RDC ».

La MONUSCO, quelques jours avant l’appel angolais, avait affirmé être prête à tout mettre en œuvre pour soutenir la mise en œuvre des engagements pris à Washington et à Doha, notamment en ce qui concerne le cessez-le-feu.

Des accords fragiles

Deux accords ont été signés : une déclaration de principes vers un cessez-le-feu permanent à Doha, et un accord dit « pour la paix et la prospérité » entériné en décembre à Washington par la RDC et le Rwanda. Jusqu’ici, ces textes n’ont pas mis fin aux affrontements.

Dans la matinée du vendredi 13 février, des combats se poursuivaient dans les plateaux du Sud-Kivu, autour de Minembwe, où l’armée congolaise, appuyée par des milices locales et des troupes burundaises, mène depuis plusieurs jours une offensive contre un groupe allié au M23.

Kinshasa a posé un cadre strict pour la mise en œuvre du cessez-le-feu : « un gel strict et immédiat des positions, l’arrêt de tout renforcement militaire, la cessation de toute rotation ou approvisionnement offensif », ainsi que « la fin de tout appui extérieur aux groupes armés opérant sur le territoire national ».

Depuis 2022, João Lourenço s’est imposé comme l’un des principaux médiateurs entre Kinshasa et Kigali, sous mandat de l’Union africaine. Mais la médiation angolaise a connu plusieurs revers. Le 15 décembre, une rencontre prévue à Luanda avait échoué après le refus de Paul Kagame de faire le déplacement. En mars 2025, João Lourenço a finalement annoncé son retrait du processus, au moment de céder la présidence de l’UA à Évariste Ndayishimiye.

Pour Stéphanie Wolters, spécialiste des dynamiques régionales en Afrique centrale, l’implication de l’Angola répond d’abord à un impératif sécuritaire. « Luanda a un intérêt direct à la stabilisation de la RDC, compte tenu de la longue frontière commune entre les deux pays », souligne-t-elle. Cette proximité géographique exerce, selon elle, une pression supplémentaire sur Félix Tshisekedi et sur les FARDC pour démontrer leur volonté de respecter un cessez-le-feu.

Mais l’analyste nuance immédiatement la portée de cette pression. Kinshasa, rappelle-t-elle, peine déjà à contrôler certains groupes alliés, notamment les Wazalendos. Quant au M23, elle se montre sceptique : « Je ne pense pas que ce cessez-le-feu aura un impact réel sur ses positions. »

Reste une dynamique plus subtile. La séquence diplomatique pourrait inciter Kinshasa à afficher une discipline accrue afin de ne pas apparaître comme le fauteur de troubles. De son côté, le M23 pourrait chercher à éviter une violation trop visible de la trêve, au risque d’entacher son image sur la scène régionale. Autrement dit, si l’effet militaire demeure incertain, l’effet politique, lui, n’est pas totalement à exclure.

Les limites du dispositif

« La limite de cet appel est évidente : l’Angola ne dispose pas des moyens militaires pour faire respecter un cessez-le-feu sur les lignes de front », analyse Stéphanie Wolters. « Même si des mécanismes ont été évoqués à Washington, le désarmement et le désengagement entre Kigali et Kinshasa n’ont donné aucun résultat concret à ce stade. Les discussions menées à Doha stagnent. Dans ces conditions, on peut légitimement s’interroger sur l’efficacité d’un nouvel appel angolais. »

À la suite des accords de Doha et Washington, l’Union africaine, sous la houlette du président togolais Faure Gnassingbé, a repris les pourparlers, incluant João Lourenço dans les négociations pour tenter de stabiliser la région.