L’ancien commissaire européen ainsi que quatre personnalités engagées dans la lutte contre la désinformation en ligne sont désormais visés par des restrictions de visa mises en place par Washington.
Les États-Unis ont-ils entamé une chasse aux sorcières ? Ce mardi 23 décembre, l’administration Trump a annoncé des sanctions à l’encontre de cinq personnalités européennes engagées pour une plus grande régulation du milieu de la tech ou dans la lutte contre la désinformation en ligne : ceux-ci sont désormais interdits de visa sur le territoire américain. Thierry Breton, ancien commissaire européen en point sur ce sujet, fait partie des personnes visées.
Celui qui a géré pour Bruxelles le marché intérieur entre 2019 et 2024 a d’ailleurs réagi sur X, s’interrogeant faussement : « Un vent de maccarthysme souffle-t-il à nouveau ? » L’ancien ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie a également souligné : « Pour rappel : 90 % du Parlement européen – démocratiquement élu – et les 27 États membres à l’unanimité ont voté le DSA. À nos amis américains : “La censure n’est pas là où vous le pensez”. »
Un vent de maccarthysme souffle-t-il à nouveau ? 🧹
Pour rappel : 90 % du Parlement européen — démocratiquement élu — et les 27 États membres à l’unanimité ont voté le DSA 🇪🇺
À nos amis américains : « La censure n’est pas là où vous le pensez. »
— Thierry Breton (@ThierryBreton) December 23, 2025
Même son de cloche chez Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Sur le réseau social d’Elon Musk, le chef de la diplomatie française a déclaré : « La France dénonce avec la plus grande fermeté la restriction de visa prise par les États-Unis à l’encontre de Thierry Breton, ancien ministre et Commissaire européen, et quatre autres personnalités européennes. Le règlement sur les services numériques (DSA) a été démocratiquement adopté en Europe pour que ce qui est illégal hors ligne le soit aussi en ligne. Il n’a absolument aucune portée extraterritoriale et ne concerne en aucun cas les États-Unis. Les peuples de l’Europe sont libres et souverains et ne sauraient se faire imposer par d’autres les règles s’appliquant à leur espace numérique. »
« Nous sommes prêts à élargir cette liste »
Car c’est bel et bien du DSA, le règlement européen sur les services numériques, dont il est question ici. Toujours sur X, le secrétaire d’État Marco Rubio a justifié ces restrictions de visa, assurant que « depuis bien trop longtemps, des idéologues européens mènent des actions concertées pour contraindre les plateformes américaines à sanctionner les opinions américaines auxquelles elles s’opposent. L’administration Trump ne tolérera plus ces actes flagrants de censure extraterritoriale. Aujourd’hui, le Département d’État prendra des mesures pour interdire l’entrée aux États-Unis aux figures de proue du complexe industriel mondial de la censure. »
Et de conclure : « Nous sommes prêts à élargir cette liste si d’autres ne changent pas de cap. »
For far too long, ideologues in Europe have led organized efforts to coerce American platforms to punish American viewpoints they oppose. The Trump Administration will no longer tolerate these egregious acts of extraterritorial censorship.
Today, @StateDept will take steps to…
— Secretary Marco Rubio (@SecRubio) December 23, 2025
En plus de Thierry Breton, quatre personnes sont visées par les mêmes restrictions de visa, tous des représentants d’ONG luttant contre la désinformation et la haine en ligne.
Clare Melford, à la tête du Global Disinformation Index (GDI), une organisation à but non lucratif qui fournit des évaluations des risques liés à la désinformation, fait partie de cette liste. Son ONG a, d’après la sous-secrétaire d’État à la diplomatie publique Sarah Rogers, qui s’est elle aussi exprimée sur le réseau social d’Elon Musk, « utilisé l’argent des contribuables pour inciter à la censure et à la mise sur liste noire de la presse et de la liberté d’expression américaines ».
Imran Ahmed, qui dirige le Center for Countering Digital Hate (CCDH), est également visé. D’après Sarah Rogers, il a été un « collaborateur clé de l’administration Biden dans sa tentative d’instrumentaliser le gouvernement contre les citoyens américains » et le CCDH aurait « inscrit “faire fermer le compte Twitter d’Elon Musk” et “provoquer des mesures réglementaires de l’UE et du Royaume-Uni” parmi ses priorités ».
Anna-Lena von Hodenberg et Josephine Ballon, de l’ONG allemande HateAid, sont aussi concernées. Sur X, Sarah Rogers conclut : « Notre message est clair : si vous passez votre carrière à fomenter la censure de la liberté d’expression américaine, vous n’êtes pas le bienvenu sur le sol américain. »
Conflit entre Washington et l’UE
L’amende de 120 millions d’euros infligée début décembre par l’Union européenne contre X dans le cadre du Digital Services Act n’est pas étrangère à ces sanctions. Dans la Stratégie de sécurité américaine, document programmatique qui détaille les orientations politiques et stratégiques de Donald Trump publié en début de mois, sont ainsi fustigées les instances européennes « qui sapent la liberté politique et la souveraineté ».
Mais la crise entre Washington et l’Union européenne sur le sujet n’est pas nouvelle. En février, peu de temps après son entrée en fonction, le vice-président des États-Unis J. D. Vance a donné le ton, critiquant un « recul » supposé de la liberté d’expression sur le Vieux continent.

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