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« Sans justification ni cadre juridique » : comment la presse américaine juge l’opération de Trump au Venezuela

« Sans justification ni cadre juridique » : comment la presse américaine juge l’opération de Trump au Venezuela

L’attaque de Donald Trump au Venezuela apparaît comme illégale aux yeux de la loi internationale. Mais pour le président républicain, qu’importe : l’objectif annoncé est récupéré le pétrole vénézuélien et mettre un dernier coup à Nicolás Maduro.

Au lendemain du coup d’État mené par les États-Unis au Venezuela qui a abouti à l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de sa femme, Cilia Flores, de nombreuses questions restent en suspens.

L’une d’entre elles est la légalité de cette offensive. C’est ce qu’analyse CNN. Car selon les premières informations, Donald Trump n’a pas obtenu l’accord du Congrès pour mener ces bombardements dans un pays étranger. Pourtant, il y a deux mois, Susie Wiles, cheffe de cabinet de la Maison Blanche assurait, à Vanity Fair, que « toute intervention terrestre nécessiterait » un accord de ce type.

CNN explique alors que « l’administration Trump s’est donnée très peu de mal pour fournir un ensemble cohérent de justification ou un cadre juridique à cette attaque. Elle ne semble même pas avoir informé le Congrès à l’avance, ce qui est généralement le minimum requis dans de telles circonstances ».

Et pour cause : Donald Trump a d’abord indiqué que l’objectif était d’enlever Nicolás Maduro pour le traduire en justice aux États-Unis. Mais le républicain a rapidement « déclaré vouloir récupérer le pétrole, les terres et les autres actifs qu’ils nous ont volés », poursuit le média états-unien, qui assure que les justifications fournies sont « source de confusion ».

CNN compare alors cette opération à l’enlèvement, en 1990, du dirigeant panaméen Manuel Noriega. « Le Bureau du conseiller juridique du ministère de la Justice, en 1980, avait conclu que le FBI n’avait pas le droit d’appréhender et d’enlever un ressortissant étranger pour le traduire en justice », est-il alors rappelé.

Mais « un mémo rédigé par William P. Barr, qui deviendra plus tard procureur général de l’administration Bush puis de la première administration Trump, affirmait qu’un président possédait “une autorité constitutionnelle inhérente” pour ordonner au FBI de placer, à l’étranger, des personnes en détention, même si cela viole le droit international ».

« Mais cette note reste controversée à ce jour. Elle accorde également des pouvoirs extrêmement étendus, permettant potentiellement à l’armée américaine d’intervenir n’importe où », conclut CNN.

Le pétrole, objectif ultime de Trump

Dans sa conférence de presse qui a suivi l’enlèvement de Nicolás Maduro, Donald Trump a clairement dévoilé ses objectifs au Venezuela. « Nous allons faire intervenir nos très grandes compagnies pétrolières, les plus grosses du monde, pour dépenser des milliards de dollars afin de réparer l’infrastructure pétrolière gravement endommagée » et donc exploiter les ressources de ce pays d’Amérique latine. « Les compagnies pétrolières vont y aller. Elles vont dépenser de l’argent, et nous allons reprendre le pétrole qui, franchement, aurait dû nous revenir depuis longtemps », a-t-il également déclaré.

Mais le Washington Post analyse les nombreux obstacles qui s’élèvent devant le président républicain. Le média explique d’abord que pour ramener la production à son pic, il faudrait débourser jusqu’à 100 milliards de dollars sur plus d’une décennie. « Et cela suppose qu’il y ait suffisamment de stabilité politique pour que les entreprises puissent opérer librement pendant toute cette période », est-il analysé.

La raison ? Le pétrole vénézuélien « est un brut lourd, plus difficile à raffiner et présentant une empreinte carbone plus importante que le pétrole extrait ailleurs », explique le Washington Post, qui précise que « le réseau électrique du pays est au bord du gouffre », rendant ainsi le maintien de la production incertaine.

Et l’incertitude politique qui règne toujours au Venezuela renforce cette incertitude. Les entreprises hésiteront donc à réinvestir des dizaines de milliards de dollars supplémentaires « tant qu’elles ne sont pas assurées que leurs investissements seront protégés pendant au moins dix ans », poursuit le Washington Post, citant des analystes du secteur.

Autre obstacle mis en avant par le Washington Post : la présence d’entreprises russes et chinoises qui se sont installées après le départ des États-Unis, « compliquant ainsi la réintégration des firmes états-uniennes ».

Victoire finale de Trump sur Maduro

The Washington Times, média favorable à Donald Trump, salue cette offensive, perçue comme une nouvelle étape dans la campagne menée par Washington contre Caracas.

Le pure player liste alors les avancées que pourraient permettre ces bombardements : « mettre un frein au flux d’immigrés illégaux et de drogues », « réaffirmer la domination états-unienne sur son hémisphère et infliger un coup majeur à l’influence grandissante de la Chine et de la Russie », ainsi que « générer un afflux de revenus pétroliers ».

The Washington Post met également en avant la victoire de Donald Trump sur Nicolás Maduro, « qui avait infligé au président un embarras diplomatique important en 2019 en résistant à une campagne de pression visant à le renverser ».

Le quotidien replace cette opération dans son contexte, rappelant les frappes menées contre des navires accusés de narcotrafic dans les Caraïbes et le Pacifique Est, qui auraient fait près de 100 morts — sans que l’administration américaine n’ait apporté de preuves —, puis la saisie de pétroliers vénézuéliens.

« C’est la conclusion naturelle d’une campagne de pression maximale. Le président Trump a signalé sa volonté d’engager des opérations de combat pendant près de trois mois — et il l’a finalement fait », a déclaré l’amiral à la retraite Mark Montgomery, ancien directeur des menaces transnationales au Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche.