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Scandale Epstein : la nouvelle vie de paria du prince Andrew après sa chute

Scandale Epstein : la nouvelle vie de paria du prince Andrew après sa chute

LETTRE DE BUCKINGHAM. Dépressif et isolé, l’ancien duc d’York traverse une période sombre depuis que Charles III lui a retiré son titre princier en octobre 2025.

Dépressif, en proie aux angoisses, abandonné de tous, écœuré, bouffis… : tel est le triste portrait d’Andrew Mountbatten- Windsor dressé par son entourage depuis l’annonce, le 31 octobre 2025, par le roi Charles III du retrait de son titre princier en raison de ses liens avec le pédophile américain Jeffrey Epstein. « C’est un homme amer, lâché par tout le monde qui a perdu tout ce qui importait à ses yeux, ses titres, sa position au sein de la famille royale et ses fonctions de représentation militaires. Mais il commence à accepter son sort », souligne, sous couvert d’anonymat, l’un de ses proches cité dans une enquête fouillée du quotidien conservateur Daily Telegraph.

L’ancien duc d’York a atteint sans doute le nadir lors des fêtes de fin d’année, qu’il a passées seul à Royal Lodge, son grandiose manoir de Windsor. Il s’est adonné à l’équitation, qu’il pratique accompagné d’un valet d’écurie-garde du corps, au golf et à la chasse au fusil à l’aube afin d’éviter les promeneurs ou les paparazzis. Le reste du temps, le paria est collé à la télévision, allongé sur le canapé.

L’ancien officier de la Royal Navy, héros de la guerre des Malouines en 1982, passe et repasse ses films de guerre favoris, à commencer par Top Gun qu’il a vu une bonne centaine de fois. Le « coach potato » est accro aux vidéos d’appontage d’appareils de l’US Navy sur un porte-avions, manœuvre périlleuse que l’ancienne Altesse Royale a apprise dans la marine. En se nourrissant de plats préparés, à commencer par des pizzas, l’intéressé a pris de l’embonpoint. Fort heureusement pour un déprimant, l’ex-duc d’York n’a jamais bu d’alcool, ni fumé.

Motus et bouche cousue

Le banni respecte à la lettre les consignes de son frère aîné le roi de rester à l’écart des médias. Sa présence le 12 décembre au baptême, à la chapelle royale du palais de St James, de sa petite-fille Athena, fille de la princesse Beatrice, a été son unique apparition publique à ce jour. Mais le grand-père a sauté le déjeuner offert par les parents au pub. Il n’a plus donné d’interview depuis son catastrophique entretien à la BBC en 2019. C’est motus et bouche cousue. Ses seuls visiteurs sont ses avocats. À écouter l’un d’entre eux, son client se présente comme la victime d’une machination hautement médiatisée, en raison de son statut de prince de sang, et orchestrée par ses ennemis. À l’instar des héritiers des millions laissés par son accusatrice Virginia Giuffre, qui s’est suicidée l’an dernier.

Réputé naguère pour ses absences d’états d’âme et sa morgue, le sexagénaire (65 ans) a pu longtemps ignorer avec un mépris souverain les révélations sur ses rapports avec Giuffre en démentant connaître, contre toute évidence, la prostituée, mineure au moment des faits. Aujourd’hui, en dépit des 12 millions de livres (13,8 millions d’euros) payés à la jeune fille par Elizabeth II pour éviter un procès aux États-Unis, son gantelet se referme désormais sur le vide. Tombé du piédestal, l’aristocrate anglais de la plus haute lignée est empêtré dans une bulle d’incertitudes.

A Washington, la Chambre des représentants lui a demandé de témoigner sur ses liens avec Epstein en vue de dénoncer « des hommes puissants qui ont échappé à la justice depuis trop longtemps ». Si rien n’oblige un étranger à accepter de comparaître, le souverain pourrait le contraindre à faire son mea culpa en vue de ne pas ternir la visite d’État qu’il doit effectuer dans le cadre de la célébration, le 4 juillet, du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis.

Une réhabilitation peu probable

Par ailleurs, la BBC a révélé la semaine dernière qu’Andrew avait vendu en 2007 sa maison de Sunninghill Park, cadeau de mariage d’Elizabeth II, à un oligarque kazakh, Timur Kulibayev, à un prix largement supérieur au marché. Or l’acheteur en question, le beau-fils de l’ancien dictateur Noursoultan Nazarbaïev, aurait réglé l’acquisition avec des fonds provenant d’une grosse affaire de corruption en Italie. Enfin, au mépris de la loi sur la liberté d’information, les documents compromettants relatifs à sa mission de représentant au commerce extérieur entre 2001 et 2011 ont été expurgés des archives rendues publiques le 30 décembre. Le déballage de linge sale n’aurait pas manqué d’éclabousser la monarchie.

L’avenir du huitième dans l’ordre de succession est plus sombre que jamais. Dans le courant de l’année, le locataire de Royal Lodge doit quitter la propriété de la couronne occupée pour un loyer ridicule, en vue d’emménager dans une fermette isolée du domaine royal privé de Sandringham, où il sera virtuellement prisonnier. En effet, l’hostilité des riverains à sa présence et l’omniprésence de journalistes rend toute sortie problématique. Évoquée un moment par le Palais, une expatriation dans une pétromonarchie du Golfe a été écartée devant le peu d’enthousiasme des dirigeants locaux et le casse-tête de la sécurité.

Une autre solution mentionnée à la cour est le recours à la philanthropie dans l’espoir de rebâtir sa réputation. Ce fut le cas de John Profumo au centre du plus grand scandale politique du XXe siècle impliquant le ministre de la Défense, le mannequin Christine Keeler et un espion russe en pleine guerre froide. Après douze ans de purgatoire, il s’était vu accorder le titre de Commandeur de l’empire britannique pour services rendus dans les quartiers pauvres de l’Est londonien. Malgré ses errements passés, Profumo avait été d’une dignité louable. Dans le cas d’« AMW », pareille réhabilitation via le circuit caritatif apparaît malaisée au vu des incessants rebondissements de l’affaire Epstein des deux côtés de l’Atlantique.