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« Si je mourais seul, qui s’en rendrait compte ? » : l’application qui rassure les Chinois isolés

« Si je mourais seul, qui s’en rendrait compte ? » : l’application qui rassure les Chinois isolés

En Chine, des millions de jeunes adultes vivent seuls, loin de leur famille. Face à cette réalité, une application minimaliste – « Are you dead ? » – permet simplement de signaler qu’on va bien.

L’application pourrait sembler risible. Elle ne l’est pas tant que ça. Elle se nomme « Are you dead ? » (« Êtes-vous mort ? », « Sileme » en chinois). Pas de surprise, le contenu correspond bien au titre, puisqu’elle permet à chacun de ses utilisateurs d’assurer qu’il est bel et bien vivant. En se connectant tous les deux jours, l’utilisateur peut cliquer sur un gros bouton qui indique qu’il est toujours en vie. Dans le cas contraire, l’application contacte la personne d’urgence, précédemment déterminée, pour l’informer qu’il pourrait être en danger, avec un message disant : « Je suis [prénom de l’utilisateur]. J’ai été inactif(ve) pendant plusieurs jours. Venez vérifier mon état physique. »

Au prix de 99 centimes, elle se présente comme « un outil d’alerte en cas de disparition, idéal pour les jeunes vivant seuls, les voyageurs solitaires et ceux qui se disent : “Je vais bien, mais personne ne sait si je vais bien” ». Lancée en mai, elle était jusqu’ici restée relativement dans l’ombre. Mais les jeunes chinois l’ont massivement adoptée ces dernières semaines, au point d’en faire, selon la BBC, l’application payante la plus téléchargée du pays.

Et pour cause : la Chine est en proie à une grande épidémie de solitude. Selon le Global Times, un média d’État chinois, la Chine pourrait compter jusqu’à 200 millions de ménages d’une seule personne d’ici 2030, soit un taux de vie solitaire dépassant les 30 %. Selon une étude publiée en 2024 par le Centre chinois de recherche sur le vieillissement, en 2021, « près d’un quart des personnes âgées en Chine – soit environ 70 millions de personnes – déclaraient souffrir de solitude », et ce alors que les plus de 60 ans représentent aujourd’hui un adulte sur cinq dans le pays, et peut-être près d’un tiers d’ici dix ans.

Des polémiques autour… du nom

La population des personnes vivant seules en Chine continue de croître, incluant aussi bien les personnes âgées que les jeunes adultes. Cela s’explique en partie par la politique de l’enfant unique, mise en place en Chine entre 1979 et 2015. Résultat, au-delà d’un taux de natalité au plus bas, les enfants nés pendant cette période ont quitté le foyer familial pour rejoindre les grandes villes, laissant derrière leurs parents et leurs grands-parents.

« On craint que les personnes vivant seules ne meurent sans que personne ne s’en aperçoive, sans qu’on puisse appeler à l’aide. Je me demande parfois, si je mourais seul, qui viendrait récupérer mon corps ? », a déclaré un utilisateur sur les réseaux chinois. « J’ai peur que s’il m’arrivait quelque chose, je meure seul dans mon logement et que personne ne le sache », a déclaré un homme de 38 ans, qui travaille à Pékin, loin de sa femme et de son enfant. « C’est pourquoi j’ai téléchargé l’application et j’ai enregistré ma mère comme contact d’urgence. »

Étrangement, les débats en ligne tournent moins autour du principe de l’application que dans son nom (qui fait référence à une application de livraison de repas à succès appelée « Are you Hungry ? ») Certains internautes estiment que « Are you dead » est peu engageant et que s’y inscrire porterait malheur, et suggèrent de le remplacer par une formule plus positive, comme « Ça va ? » ou « Comment allez-vous ? ». La société qui la développe, Moonscape Technologies, a déclaré qu’elle considérait les critiques concernant le titre actuel et qu’elle envisageait un éventuel changement de nom.

L’organisation a publié ce week-end le message suivant : « Nous souhaitons inciter davantage de personnes à être attentives aux personnes âgées vivant à domicile, à leur apporter plus de soins et de compréhension. Elles ont des rêves, aspirent à vivre pleinement et méritent d’être vues, respectées et protégées », signe qu’ils ne visent pas que les jeunes adultes. Le site web de l’application affichait 12 408 utilisateurs le 10 janvier, d’après son site officiel.