La nouvelle stratégie de défense nationale américaine, publiée vendredi, révèle un changement de paradigme : rapprochement avec la Chine et désengagement progressif en Europe.
« Nous donnerons la priorité à la défense des États-Unis » assure le Pentagone, qui a dévoilé, ce vendredi 23 janvier, sa « Stratégie de défense nationale 2026 ». Le document révèle un virage important pris par Donald Trump.
Contrairement aux précédents textes, publiés tous les quatre ans, le ton est plus conciliant à l’égard de la Chine et la Russie, tranchant ainsi avec la stratégie publiée en 2018, pendant le premier mandat de Donald Trump.
La stratégie de défense nationale est publiée tous les quatre ans et vise à orienter les décisions relatives au déploiement des forces et à l’acquisition de nouveaux armements. Ses axes principaux ont été énoncés en décembre, lors de la publication par la Maison-Blanche de la stratégie de sécurité nationale, qui critiquait vivement les dirigeants européens et soulignait l’importance accordée par Trump au Pacifique.
Il y a huit ans, le Pentagone décrivait la Chine comme puissance « révisionniste » qui, avec la Russie, cherchait à obtenir « une autorité de veto sur les décisions économiques diplomatiques et sécuritaires d’autres nations », explique le Wall Street Journal.
Aucune mention de Taïwan, pourtant allié des États-Unis
Le nouveau document de 34 pages publié par le département de la Guerre préconise, lui, des « relations respectueuses » avec Pékin, sans faire aucune mention de Taïwan, pourtant allié des États-Unis, que la Chine revendique comme son territoire.
L’objectif annoncé est d’établir « une stabilité stratégique » dans la région indo‑pacifique et de désamorcer les tensions avec l’armée chinoise, avant un sommet prévu entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, en avril.
Et pour cause, Washington prévoit, avec cette nouvelle stratégie, l’ouverture de communications militaires directes avec l’armée chinoise afin de mettre « l’accent sur le soutien à la stabilité stratégique avec Pékin et sur la désescalade et la prévention des incidents de façon plus générale ». Le but serait d’instaurer « une paix décente, sur des termes favorables aux Américains mais que la Chine peut également accepter », indique le document.
Un objectif que les experts estiment compliqué à atteindre. « Pékin n’acceptera aucun mécanisme de gestion de crise significatif, car la Chine veut augmenter le risque pour les forces américaines opérant au large des côtes chinoises », a déclaré Zach Cooper, senior fellow à l’American Enterprise Institute, au quotidien conservateur.
« En Europe, les alliés prendront les devants »
Le président républicain a également décidé de réduire son rôle militaire en Europe, en confiant aux pays du Vieux Continent davantage de responsabilités concernant leur défense, quelques jours seulement après les tensions entre les États-Unis et les membres de l’Otan concernant le Groenland.
« Tandis que les forces américaines se concentrent sur la défense de leur territoire et de la région indo-pacifique, nos alliés et partenaires assumeront la responsabilité de leur propre défense, avec un soutien essentiel mais plus limité de la part des forces américaines », est-il écrit.
« En Europe, les alliés prendront les devants face à des menaces moins graves pour nous, mais plus graves pour eux », assure le Pentagone.
Selon le Pentagone, l’aide que les alliés doivent apporter à l’Ukraine « relève principalement de la responsabilité des nations européennes ». La Russie y est d’ailleurs décrite comme une « menace persistante, mais gérable pour les membres de l’Otan ».
« La stratégie de défense nationale traite l’Europe moins comme un axe stratégique et davantage comme une contrainte à gérer », explique Jacqueline Ramos, ancienne sous‑secrétaire d’État adjoint aux affaires européennes et eurasiennes sous l’administration Biden. Au Wall Street Journal, elle dit supposer « que l’Europe peut porter la responsabilité principale de sa défense, même si le défi Russie‑Chine s’intensifie ».

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