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Super Bowl : face à Bad Bunny, le contre-concert désolant de la galaxie MAGA

Super Bowl : face à Bad Bunny, le contre-concert désolant de la galaxie MAGA

Kid Rock, Brantley Gilbert… des noms peu connus hors des États-Unis, mais identifiés comme pro-Trump. Leur pari : transformer la mi-temps en démonstration d’identité, même si la guerre est perdue d’avance.

Un match, deux concerts… Mais certainement pas la même ampleur. Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 février aura lieu la finale du Super Bowl. Cet événement, point d’orgue de la National Football League (NFL), le championnat de football américain, opposera cette année les Seahawks de Seattle aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Mais, comme chaque année, les regards du monde entier seront plutôt tournés vers le traditionnel spectacle de la mi-temps, assuré cette année par le chanteur Bad Bunny.

Ô rage, ô désespoir !, a hurlé la galaxie MAGA, choquée de voir un Portoricain, adversaire affiché du président, en tête d’affiche de ce concert majeur, qui a été suivi en 2025 par 133,5 millions de téléspectateurs (avec une performance assurée par le rappeur Kendrick Lamar). Elle déplore tout autant la présence de Green Day, groupe farouchement anti-Trump, pour le concert d’avant-match. Elle a donc lancé sa contre-attaque et a dévoilé, mardi 3 février, la programmation de son propre concert : The All-American Halftime Show, voulu comme une célébration de « la foi, la famille et la liberté » et organisé par Turning Point USA, l’association conservatrice fondée par Charlie Kirk. Quatre artistes sont prévus au programme de ce contre-concert trumpiste. Et non, Nicki Minaj, la nouvelle grande amie de Donald Trump, n’en fait pas partie.

Kid Rock, Brantley Gilbert, Gabby Barret et Lee Price. Dans l’Hexagone, comme dans de nombreux autres pays, ces noms sont inconnus du grand public. Leurs points communs : ils exercent dans le genre country et sont désormais identifiés comme des soutiens assumés de Donald Trump. Le plus connu reste Kid Rock. Il doit notamment sa célébrité à All Summer Long, reprise en 2007 du tube Sweet Home Alabama, du groupe de rock Lynyrd Skynyrd, accusée d’être une chanson à la gloire de l’Amérique sudiste. Sur Spotify, ses titres dépassent pour certains la centaine de millions de streams (612 millions pour All Summer Long). Au total, il a vendu 26 millions d’albums, dont près de la moitié (onze millions) pour Devil Without a Cause.

Des succès restreints à la country

Mais, parmi ses dix titres les plus écoutés sur Spotify, trois sont issus de Devil Without a Cause (sorti en 1998), trois de Cocky (2001) ou encore un de Born Free (2010). Has been, Kid Rock ? L’ancien compagnon de Pamela Anderson totalise aujourd’hui 5,1 millions d’auditeurs mensuels sur la plateforme. En France, cela le place dans le sillage des rappeurs Tayc (5,5 millions) et PLK (4,9 millions), d’Adèle Castillon (5,1 millions) mais bien loin des Gims, Indila, Daft Punk et consorts. Et ce, alors que son succès s’exerce en grande partie aux États-Unis, qui comptent quasiment cinq fois plus d’habitants que la France.

S’il ne doit donc pas sa présence à son seul succès, il le doit sans doute à son soutien sans faille à Donald Trump aux élections présidentielles de 2016, 2020 et 2024. Il avait même affirmé l’avoir conseillé sur des sujets sensibles, comme la Corée du Nord, lors de son premier mandat, selon Rolling Stone, en 2022. Il reste le plus identifié du quatuor, mais Lee Brice n’est pas loin. Avec ses 4,8 millions d’auditeurs mensuels, cet ancien joueur de football américain peut se targuer de sa réussite dans le monde de la country. Sa chanson Love Like Crazy détient le record de la plus longue présence dans le classement country Billboard de l’histoire. Mais son impact ne s’est pas fait sentir au-delà de ce genre musical.

Brantley Gilbert est lui aussi une star du monde de la country, totalisant 2,8 millions d’écoutes mensuelles sur Spotify. En France, cela le place au niveau de Desireless. Ce relatif succès ne l’a pas empêché d’être invité au concert country 2023 de la NRA, lobby majeur pour la protection du droit de porter une arme aux États-Unis. Il a manifesté son soutien à la cause MAGA en écrasant une canette de Bud Light sur scène, pour protester contre la collaboration de la marque avec une influenceuse transgenre, Dylan Mulvaney, et s’est produit lors de l’America Fest 2021 de Turning Point USA. Gabby Barrett est la seule artiste féminine de la programmation. Celle qui se présente sur les réseaux sociaux comme une « mère de trois enfants » et « une femme en relation avec le Christ » a remporté le Billboard Music Awards de la meilleure chanson country en 2021 et apparaît même dans Hurry Up Tomorrow, film de 2025 avec The Weeknd et Jenna Ortega. Elle a également participé à l’émission American Idol en 2018.

« Comme David contre Goliath »,

Sur Spotify, elle est écoutée par 3,8 millions d’auditeurs mensuels, et a connu un immense succès, I Hope. C’est l’équivalent, en France, de Naps, Stardust ou Vitaa. Elle est connue pour avoir aimé des tweets pro-Trump, notamment concernant des positions antiavortement, et a été invitée à se produire lors de l’illumination de l’arbre de Noël national à la Maison Blanche en 2018 sous l’administration Trump. Ces quatre artistes ont donc tous en commun d’appartenir au genre musical le plus américain qui soit, la country, et de s’être montré plus ou moins favorable au président américain actuel. Mais face à la machine Bad Bunny, 86 millions d’auditeurs mensuels et trois Grammy Awards (dont celui de l’album de l’année, une première pour un disque chanté en espagnol), ils ne feront guère le poids.

Même Kid Rock, qui parle d’aborder ce spectacle « comme David contre Goliath », en est conscient. Mais l’objectif est ailleurs. Tandis que des millions d’Américains observeront sur la chaîne CBS Bad Bunny depuis le Levi’s Stadium de Santa Clara (qui accueille le match), ce spectacle alternatif aux relents MAGA sera diffusé uniquement sur des plateformes conservatrices (Real America’s Voice, TBN…) et sur les réseaux sociaux de Turning Point. De quoi souder la base MAGA autour d’un grand raout, de figures qui, aux yeux des trumpistes, représentent l’Amérique. Quant au succès public de cet événement… Gageons que Bad Bunny, « choix déplorable » selon Donald Trump, n’a guère de mouron à se faire.