2 views 11 mins 0 comments

Taxes sur le champagne, messages privés dévoilés… Pourquoi Trump s’en prend à Macron

Taxes sur le champagne, messages privés dévoilés... Pourquoi Trump s’en prend à Macron

Le président américain menace d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins français, tout en faisant fuiter une conversation privée avec son homologue à l’Élysée.

Un an jour pour jour après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le chantage a un goût de déjà-vu. Ce mardi 20 janvier, le président des États-Unis a menacé d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagne français après s’être vu refuser, par son homologue Emmanuel Macron, une invitation à rejoindre son « conseil de la paix », censé œuvrer à la résolution des conflits dans le monde.

« Il a dit ça ? Et bien, personne ne veut ‌de lui, parce qu’il sera bientôt sans mandat », s’est ainsi insurgé le milliardaire républicain devant des journalistes en Floride. Avant de poursuivre : « Je vais mettre 200 % de droits de douane sur ses vins et champagnes. Et il y adhérera. Mais il n’est pas obligé d’y adhérer. » En réaction, l’entourage du président français a assuré au Point que « les menaces tarifaires pour influencer notre politique étrangère sont inacceptables et inefficaces ».

Pour autant, les tensions sont telles sur les plans géopolitique et économique que Donald Trump a choisi de publier, ce mardi matin sur son réseau Truth Social, des captures d’écran d’un « message privé » envoyé par Emmanuel Macron un peu plus tôt. « Essayons de construire de grandes choses », peut-on ainsi lire dans le SMS du président français. Et ce dernier de poursuivre : « Je peux organiser une réunion du G7 après Davos à Paris, jeudi après-midi. Je peux inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et éventuellement les Russes. Dînons ensemble à Paris jeudi avant que vous repartiez aux États-Unis. »

Contacté par Le Point, l’entourage du chef de l’État assure que ce message « est bien réel » et « démontre que le président français, en public comme en privé, défend la même ligne ».

Refus de la France de rejoindre le « conseil de la paix »

Pour comprendre les raisons de la colère de Washington comme de Paris, revenons en arrière. À l’instar du roi de Jordanie, Abdallah II, la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, ou encore, le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, le chef de l’État français a été invité en tant que président de la République à rejoindre le « conseil de la paix », cette structure lancée à l’initiative de Donald Trump dans le cadre du plan américain pour aboutir à un arrêt de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza. Un projet qui apparaît en réalité bien plus important que la seule question de l’enclave palestinienne…

« En lien avec nos proches partenaires, nous examinons actuellement les dispositions du texte proposé comme fondement de cette nouvelle instance, dont le projet dépasse la seule situation à Gaza », avait d’abord fait savoir le Quai d’Orsay, ce lundi en début d’après-midi. Avant de couper court au suspense : l’Élysée a annoncé que la France « n’entend[ait] pas donner de suite favorable », à ce stade.

À noter que, selon un document consulté par l’Agence France-Presse, l’invitation pour ce conseil de la paix, censé entrer en concurrence avec l’ONU, serait valable pour trois ans. Une place permanente en son sein serait par ailleurs soumise à une participation de 1 milliard de dollars.

La surtaxe, pilier de la diplomatie de Trump

Signe que les droits de douane sont devenus un véritable pilier de la politique économique et diplomatique de Donald Trump, ce n’est pas la première fois, en un an, que le Républicain tente d’imposer de nouvelles taxes aux pays de l’Union européenne (UE). En mars dernier, la même menace avait été brandie – à savoir, des droits de douane de 200 % sur le champagne et les vins français et européens – en réponse à la décision de la Commission européenne de taxer une série de produits américains, dont le whisky, à hauteur de 50 %.

Un accord entre l’UE et les États-Unis avait finalement été conclu à l’été dernier, permettant de limiter ces taxes sur la plupart des produits européens à 15 %. Ces frais supplémentaires ont toutefois contribué à une chute de 44 % des achats de vins par les investisseurs américains en 2025, selon le New York Post.

L’année 2026 s’avérera-t-elle encore pire, pour les viticulteurs, alors que les États-Unis sont – et de loin – le premier marché étranger pour les vins et les spiritueux français ? En tout cas, le contexte géopolitique actuel laisse craindre une escalade des tensions entre les deux parties.

En cause : la volonté de Donald Trump de s’emparer du Groenland, cette immense île arctique peu peuplée et rattachée au Danemark. Le milliardaire américain lorgne notamment sur les sous-sols de ce territoire stratégique, riches en métaux rares, et nécessaire selon lui pour contrer les avancées russes et chinoises en Arctique.

Tensions sur l’annexion du Groenland

Des velléités répétées ces derniers mois et balayées par les pays de l’UE, à commencer par la France, qui insistent sur la souveraineté et l’intégrité territoriale du Danemark comme du Groenland. Face à ce blocage, ce samedi 17 janvier, Donald Trump a promis de mettre en place une série de hausses de tarifs douaniers contre les alliés européens. Dans une publication sur Truth Social, il a déclaré que des droits de douane supplémentaire de 10 % entreraient en vigueur le 1er février sur la France, le Danemark, la Norvège, la Suède, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Finlande.

Ces tarifs passeraient à 25 % le 1er juin et resteraient en place jusqu’à la conclusion d’un accord permettant aux États-Unis d’acheter le Groenland.

Des nouvelles menaces jugées « inacceptables » par Emmanuel Macron qui a promis sur X, ce samedi, une réponse « unie et coordonnées » des Européens. « Aucune intimidation ni menace ne saurait nous influencer, ni en Ukraine, ni au Groenland, ni ailleurs dans le monde », a-t-il en outre assuré.

Fort de cet engagement, le chef de l’État a validé, en parallèle d’autres pays comme l’Allemagne et la Suède, l’envoi de militaires sur l’île arctique la semaine dernière en vue d’exercices à la demande du Danemark.

Autre réaction du président français : ce dernier a demandé « l’activation de l’instrument anticoercition » de l’Union européenne si les menaces de Donald Trump sont mises à exécution. Cette arme commerciale, surnommée le « bazooka » de l’UE et visant à punir tout pays utilisant des sanctions économiques pour faire pression sur un de ses membres, a été créée en juin 2023 mais n’a jamais été utilisée depuis.

Un rencontre entre Macron et Trump ?

Pour l’heure, les deux hommes dialoguent par injonctions et menaces interposées. Mais outre le fameux « dîner » proposé ce matin par le chef de l’État, ils pourraient se croiser à l’occasion du Forum de Davos, alors que le discours d’Emmanuel Macron est prévu ce mardi.

Celui de Donald Trump est attendu pour demain. Ce dernier a annoncé une réunion « entre les différentes parties à Davos » à propos du Groenland après « une conversation téléphonique très constructive avec Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN », a-t-il souligné sur Truth Social.