Ce lundi 29 décembre, Taïwan a affirmé avoir détecté 89 avions militaires chinois et 28 navires de guerre à proximité de son territoire. « Le Point » revient sur ces nouvelles manœuvres militaires d’ampleur autour de l’île.
La Chine accroît encore davantage la pression sur Taïwan. Quelques mois après des exercices à tirs réels menés par l’armée chinoise aux abords de l’île, Pékin a entamé ce lundi 29 décembre des manœuvres militaires « majeures » autour de Taïpei. « À partir du 29 décembre, le commandement des zones orientales de l’APL [armée populaire de libération] déploie ses troupes de l’armée de terre, de la marine, de l’armée de l’air et de la force des missiles pour mener des exercices militaires conjoints baptisés “Mission justice 2025” », est-il souligné dans un communiqué publié dans la matinée du colonel major Shi Yi, le porte-parole du commandement chinois.
En quoi consistent ces nouveaux exercices militaires ? Dans quel contexte interviennent-ils ? Le Point revient sur les principales questions qui se posent concernant les tensions croissantes entre la Chine et Taïwan.
En quoi consistent ces exercices militaires ?
Ce lundi, l’armée chinoise a utilisé des « destroyers, des frégates, des chasseurs, des bombardiers et des drones » dans le cadre de ces exercices, qui comprennent « des tirs à munitions réelles sur des cibles maritimes au nord et au sud-ouest de Taïwan », a-t-elle détaillé dans un communiqué. Les forces de Pékin se focaliseront sur « les patrouilles de préparation au combat air-mer, la saisie conjointe de la supériorité globale, le blocus de ports et zones clés, ainsi que la dissuasion multidimensionnelle », est-il en outre précisé dans le document.
Dans le détail, Taïwan a affirmé avoir détecté 89 avions militaires – soit le contingent le plus élevé signalé en une journée depuis le 15 octobre 2024 – ainsi que 28 navires de guerre et des garde-côtes chinois à proximité de son territoire. Le ministère taïwanais de la Défense a également annoncé avoir détecté une formation de navires d’assaut amphibie chinois opérant dans le Pacifique occidental.
« Un centre de réponse a été établi, et les forces appropriées ont été déployées », a aussitôt réagi l’armée taïwanaise, ajoutant que ses troupes avaient « mené un exercice de riposte rapide ». De son côté, la porte-parole de la présidence de l’île, Karen Kuo, a dénoncé le « mépris des autorités chinoises pour le droit international » ainsi que « leur utilisation de l’intimidation militaire pour menacer les pays voisins ».
Quelles conséquences peuvent avoir ces manœuvres militaires ?
Selon l’Administration de l’aviation civile taïwanaise, Pékin a décrété une « zone de danger temporaire » pour une durée de dix heures ce mardi 30 décembre, « ce qui devrait perturber le trafic aérien dans la région ». Plus de 100 000 passagers répartis sur 857 vols intérieurs, internationaux et de transit, seraient ainsi affectés ce jour-là. « Pour des raisons de sécurité, il est conseillé à tout navire ou avion non concerné de ne pas pénétrer dans les eaux et l’espace aérien susmentionnés », a également prévenu l’armée chinoise.
Autre avertissement de Pékin, s’adressant aux « forces extérieures qui tentent d’utiliser Taïwan pour contenir la Chine et [tentent] d’armer Taïwan » : « Toute manœuvre malveillante visant à entraver la réunification de la Chine est vouée à l’échec. » Avec ce que l’analyste géopolitique Louis Duclos décrit comme un « exercice extrêmement agressif » mené autour de l’île, « la Chine démontre sa colère et souhaite dissuader, à travers une démonstration de force, les alliés de venir en aide à Taïwan ».
🇹🇼🇨🇳La Chine est en train de mener un exercice extrêmement agressif aujourd’hui tout autour de Taïwan.
En plus d’encercler l’île et de s’entraîner à un éventuel blocus naval, les navires de guerre chinois vont procéder à des tirs à balles réelles.
Cet exercice de grande ampleur… pic.twitter.com/Ys5saDj2bw
— Louis Duclos (@ObsDelphi) December 29, 2025
« Ce qui est important c’est que c’est exactement dans ce type d’exercices que la Chine pourrait, à tout moment, en profiter pour sortir du cadre de l’entraînement et lancer une réelle attaque directe contre Taïwan », ajoute le spécialiste sur son compte X. Pour rappel, Pékin considère Taïwan comme faisant partie de son territoire et menace de recourir à la force militaire pour s’en emparer.
Dans la région, quel était le contexte précédant ces exercices ?
Ces dernières semaines, Taïwan était au cœur des tensions entre la Chine et le Japon. Dans des déclarations au Parlement le 7 novembre, la Première ministre japonaise fraîchement élue, Sanae Takaichi, a évoqué une « crise existentielle pour l’État » et une « situation dont on pourrait considérer qu’elle menace la survie du Japon ». Des déclarations jugées « ouvertement provocatrices » par Pékin, qui estime que Tokyo pourrait envisager le déploiement de troupes japonaises en cas d’offensive militaire chinoise sur l’île. La Chine a d’ailleurs convoqué l’ambassadeur nippon dans la foulée.
Un émissaire de haut rang du ministère japonais des Affaires étrangères a bien été reçu à Pékin pour tenter d’apaiser les relations… en vain. Le 19 novembre, la Chine a suspendu les importations de produits de la mer japonais. Le bras de fer a également pris une tournure militaire, avec le survol d’une île japonaise par un drone chinois et plusieurs incursions de navires dans les eaux territoriales nipponnes. La Chine a également décidé de s’en prendre au secteur clé de l’économie nipponne, le tourisme, en enjoignant les voyageurs chinois d’ « éviter de se rendre au Japon dans un avenir proche ». Selon les informations de France Info, quelque 500 000 billets d’avion auraient été annulés dans les jours qui ont suivi l’annonce. Rappelons que les Chinois représentent un quart de l’ensemble des touristes étrangers, sept millions d’entre eux ayant voyagé au Japon en 2025.
Quelle est la position de Donald Trump à propos de l’indépendance de Taïwan ?
La manœuvre militaire chinoise intervient quelques semaines après la deuxième vente d’armes accordée par les États-Unis à Taïpei depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. D’une valeur de 11,1 milliards de dollars (9,5 milliards d’euros environ), il s’agit de la vente la plus importante depuis 2001, date à laquelle George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d’armes à l’île. Les huit contrats annoncés portent ainsi sur des systèmes de missiles Himars, des obusiers, des missiles antichars, des drones et des pièces détachées pour d’autres équipements, selon le ministère taïwanais des Affaires étrangères.
Cette transaction a suscité l’ire de Pékin, qui a répondu la semaine dernière en imposant des sanctions à 20 entreprises de défense américaines, dont un site de Boeing ou encore, le conglomérat de l’aéronautique Northrop Grumman. Ces dernières n’ont plus le droit de travailler avec des groupes chinois et leurs éventuels actifs financiers en Chine sont gelés.

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