Si l’appui français a contribué à contrer le putsch au Bénin, il attise désormais une intense campagne de désinformation menée par les réseaux néopanafricanistes hostiles à Paris.
La tentative de coup d’État déjouée ce week-end au Bénin a mis en lumière une intervention française discrète mais décisive. Selon l’Élysée, Paris a apporté « un appui de surveillance, d’observation et de soutien logistique » aux forces loyalistes, « à la demande » de Cotonou. Mais jusqu’où cette assistance peut-elle aller sans franchir la ligne rouge de l’ingérence ? Deux jours après les faits, les questions demeurent.
Dans la nuit du 6 au 7 décembre, lorsque les premiers messages des putschistes béninois commencent à circuler, Paris comprend qu’une séquence sensible s’ouvre. Très vite, la France se retrouve au centre du dispositif. Et, comme souvent en Afrique de l’Ouest, l’appui technique déclenche une déferlante de désinformation visant directement l’Élysée.
Comme le révélait l’hebdomadaire Jeune Afrique, à l’aube du dimanche 7 décembre, Emmanuel Macron s’entretient avec Patrice Talon, alors que les échanges de tirs se poursuivent autour de la présidence et de la télévision nationale. Selon plusieurs sources, des éléments des forces spéciales françaises avaient été prépositionnés à Cotonou et placés en alerte dès les premières heures. En milieu de journée, Paris confirme son soutien logistique – formulation soigneusement calibrée pour éviter toute accusation d’ingérence, mais insuffisante pour couper court aux soupçons.
Une coopération militaire historique et renforcée
La France et le Bénin sont liés par des accords de coopération militaire depuis 1977, régulièrement mis à jour. La recrudescence du risque djihadiste, avec des incursions dans le septentrion béninois depuis 2019, a renforcé cette collaboration. Après la fin de l’opération Barkhane et la perte des bases françaises dans les pays de l’AES, Paris a encore consolidé ses liens avec Cotonou. La presse spécialisée informe régulièrement du rôle de la France dans l’achat d’armes et d’équipements, ainsi que dans la formation des forces béninoises. Des militaires français sont présents au camp d’Allada, à une quarantaine de kilomètres au nord de Cotonou, pour instruire les recrues destinées au front nord, face aux djihadistes. Les autorités françaises et béninoises ont toujours réfuté l’existence de bases « opérationnelles » françaises sur le territoire béninois.
Le poids décisif du renseignement français
Dans tous les cas, la séquence de crise à Cotonou a permis de souligner le rôle central du renseignement français. L’Élysée reconnaît qu’Emmanuel Macron s’est entretenu avec le président nigérian Bola Tinubu le jour même de l’attaque. Les frappes aériennes de l’armée nigériane, menées sur les positions des mutins et appuyées par un partage de renseignements français, ont été déterminantes dans l’effondrement du putsch. Paris a coordonné avec Abuja et la Cedeao sans apparaître en première ligne, privilégiant un rôle discret de facilitateur.
Une ligne de crête informationnelle
La tension informationnelle explose rapidement sur les réseaux. Les comptes favorables à l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Niger et Burkina Faso – s’activent dès dimanche matin après qu’une poignée de militaires a annoncé à la télévision nationale avoir destitué Patrice Talon. Le message est diffusé en boucle : « Chers putschistes, réussissez-moi ce putsch svp », « encouragez les militaires révolutionnaires qui sont au boulot depuis 2 heures du matin », écrit Kemi Seba, militant néopanafricaniste et soutien déclaré des régimes autoritaires de la région.
Il n’en fallait pas plus pour que les réseaux néopanafricanistes accusent Paris de « piloter » la riposte, de « manipuler » les communications du ministre de l’Intérieur, voire de « pirater » la télévision nationale. La rumeur selon laquelle certains membres du gouvernement se seraient réfugiés à l’ambassade de France circule massivement, démentie aussitôt par le Quai d’Orsay. Une mécanique bien rodée : exploiter chaque crise pour nourrir le récit d’une France omniprésente et hostile aux aspirations populaires.
Un test pour la présidentielle de 2026
Dans ce climat inflammable, Paris tente de maintenir un équilibre. L’Élysée insiste sur un soutien « strictement technique ». Depuis les ruptures avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, le Bénin reste l’un des derniers partenaires solides de Paris en Afrique de l’Ouest. Une proximité stratégique qui, si elle assure la stabilité face aux djihadistes, en fait également une cible privilégiée pour les propagandes anti-occidentales.
La perception reste le défi majeur. La prise de parole du député Aurélien Taché, présent à Cotonou la veille de l’attaque, illustre cette complexité : sur X, il affirme que « la France a soutenu l’armée béninoise » et qu’elle « ne peut rester muette sur les réformes antidémocratiques de Patrice Talon ».
À Cotonou, le pouvoir assure que la situation est « sous contrôle ». Mais cet épisode révèle un défi plus large : dans une Afrique de l’Ouest traversée par la défiance, chaque action française, même limitée, alimente une guerre narrative où Paris perd souvent la bataille de l’opinion. Alors que le Bénin se dirige vers l’élection présidentielle d’avril 2026, la stabilité reste au cœur du jeu politique.

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