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Territoires pris, matériels détruits, pertes humaines… Les chiffres après quatre ans de guerre en Ukraine

Territoires pris, matériels détruits, pertes humaines… Les chiffres après quatre ans de guerre en Ukraine

Dépassant en durée la Seconde Guerre mondiale sur le front de l’est, le conflit en Ukraine, par son ampleur humaine et technologique, est devenu un long duel d’attrition.

Que retenir quatre ans jour pour jour après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie ? « L’opération militaire spéciale » lancée par Vladimir Poutine pour renverser le président ukrainien Volodymyr Zelensky et mettre au pas son pays s’est enlisée dans une guerre d’attrition longue et coûteuse. Des deux côtés de la ligne de front, chaque belligérant tient en espérant que l’autre sera le premier à craquer.

Au-delà de quelques tendances de fond qui semblent se détacher, (dronisation massive, guerre électronique omniprésente, transparence du champ de bataille…), les données chiffrées, souvent soumises à caution, permettent de prendre la mesure de ce conflit.

Territoires grignotés

L’armée russe occupe actuellement 19,5 % du territoire ukrainien, dont 7 % étaient déjà sous son contrôle avant l’invasion de 2022 comme la Crimée et une partie des oblasts de Donetsk et Lougansk à l’est. Pour conquérir ces quelque 75 000 km2 en quatre ans, la Russie a surtout procédé par « grignotage », face à une défense ukrainienne tenant bon, notamment grâce aux drones. « Après avoir pris l’initiative en 2024, les forces russes ont progressé à un rythme moyen de 15 à 70 mètres par jour lors de leurs offensives les plus importantes, une progression plus lente que celle de presque toutes les grandes offensives du siècle dernier », notait ainsi en janvier le Center for Strategic and International Studies (CSIS).

Même si la Russie a capturé en janvier deux fois plus de territoire que le mois précédent avec 319 km2, l’Ukraine n’est pas en reste. Son armée a lancé une contre-offensive ce mois-ci près de la ville de Zaporijia, reprenant 91 km2 entre le 11 et 14 février. Les Ukrainiens ont pu profiter du blocage de Starlink, le réseau d’accès par satellite à Internet de d’Elon Musk, aux forces russes, limitant leur capacité de frappe. Le front est également très poreux, avec des soldats ukrainiens et russes imbriqués dans le terrain plus qui ne se font face. Les grandes lignes de tranchées ont disparu, trop vulnérables aux drones et aux bombes planantes, pour laisser place à des petites positions plus ou moins enterrées et camouflées tenues par une poignée de soldats.

Pertes matérielles gigantesques

Quand la Russie attaque en 2022, l’avis général est que l’Ukraine ne pourra pas tenir. Le rapport de force, humain et surtout matériel, n’est pas en faveur de Kiev, Moscou s’appuyant sur des stocks imposants de véhicules et munitions issus de l’Union soviétique. Quatre ans plus tard, cette débauche de moyens et de réserves a été largement consommée dans des offensives coûteuses, sans réel gain stratégique.

Selon le site Oryx, qui décompte les pertes matérielles prouvées visuellement des deux belligérants, la Russie a perdu plus de 4 000 chars, dont plusieurs centaines de modernes T-80 et T-90. Elle a également perdu 6 380 véhicules de combat d’infanterie. Les images de colonnes blindées russes lancées dans des attaques à découvert étaient très régulières jusqu’en 2024, avant d’être plus rares en 2025. Les forces aériennes russes ont également souffert de pertes importantes avec 181 avions perdus, dont 20 bombardiers stratégiques, et 168 hélicoptères. En mer Noire, 30 navires russes ont été détruits ou endommagés, permettant à Kiev d’exporter ses céréales.

L’armée ukrainienne a également subi d’importantes pertes matérielles, avec près de 1 400 chars perdus. Elle a notamment comblé en partie ses pertes avec un parc hétéroclite de chars occidentaux, Léopard 1 et 2, Challengers, Abrams, livrés en (trop) petite quantité. Même problème avec les véhicules de combat d’infanterie, avec 1 546 pertes. L’armée de l’air ukrainienne a perdu 113 appareils, dont quatre F-16 et un mirage 2000, ainsi que 55 hélicoptères. La force marine de Kiev a été en grande partie détruite ou capturée, avec 42 navires perdus.

Frappes dans la profondeur

Faute de progresser sur la ligne de front, Kiev et Moscou se livrent une campagne de frappes dans la profondeur dont les objectifs sont totalement différents. Comme chaque hiver depuis 2022, la Russie frappe en priorité les infrastructures énergétiques de l’Ukraine, provoquant des pannes de courant et de chauffage. Cette campagne s’est intensifiée en 2025. L’ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) a recensé plus de 735 frappes russes ayant endommagé les infrastructures ukrainiennes entre septembre et le 13 février 2026, « un nombre déjà supérieur à celui de tous les hivers précédents ». Chaque nuit, des centaines de drones Shahed et des dizaines de missiles de croisière frappent ainsi l’Ukraine.

Cette dernière répond en visant les raffineries et la production de pétrole, véritable manne qui permet à Moscou de financer le conflit. Résultat, la production a baissé de 20 % au plus fort des attaques ukrainiennes, menés avec des drones longue portée. L’Ukraine multiplie également les actes de sabotage, comme l’attaque contre les bombardiers stratégiques russes en juin 2025, et les assassinats ciblant des hauts gradés russes.

Pertes civiles en hausse

L’intensification des frappes russes a engendré des pertes civiles beaucoup plus importantes l’année dernière, avec au moins 2 500 civils ukrainiens tués, soit un tiers de plus qu’en 2024 et 70 % de plus qu’en 2023. Selon les derniers chiffres de la mission de surveillance des droits de l’homme des Nations unies en Ukraine (HRMMU), plus de 15 000 civils sont morts depuis le début du conflit, dont au moins 5 000 femmes et 700 enfants.

L’inconnue des pertes militaires

Combien de soldats l’Ukraine et la Russie ont-elles perdu ? C’est la grande question taboue d’un côté comme de l’autre. Les services de renseignement occidentaux et l’armée ukrainienne avancent depuis plusieurs mois le chiffre de 1 000 pertes (tués, blessés, capturés) russes chaque jour. Selon le média russe en exil Mediazona, en partenariat avec la BCC, au moins 200 186 soldats russes ont été tués depuis 2022. Un chiffre obtenu à partir de sources publiques, comme des publications sur les réseaux sociaux, des articles de presse et des communiqués des autorités.

Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) avançait dans l’une de ses dernières études le chiffre colossal de 1,2 million de tués, blessés et disparus pour la Russie. Une chose est sûre, l’armée russe semble avoir de plus en plus de mal à recruter et à atteindre son objectif de 30 000 à 35 000 nouvelles recrues par mois et cherche à attirer des étrangers dans ses rangs. Ainsi, au moins 1 417 jeunes Africains ont ainsi été recrutés depuis 2023, dont 316 sont morts selon une étude du collectif All Eyes On Wagner.

Dans une interview donnée récemment à France 2, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué qu’au moins 55 000 soldats ukrainiens avaient été tués depuis le 24 février 2022. Un nombre considérablement sous-estimé, alors que le CSIS avance le chiffre de 100 000 à 140 000 tués.