4 views 7 mins 0 comments

« Tes amis restent avec toi » : du Prince Andrew à Noam Chomsky, ces élites qui ont soutenu Jeffrey Epstein jusqu’au bout

« Tes amis restent avec toi » : du Prince Andrew à Noam Chomsky, ces élites qui ont soutenu Jeffrey Epstein jusqu’au bout

Patte blanche en public, mais en privé…

Ils auraient bien voulu que leurs liens restent secrets. Mais les personnalités influentes qui ont gardé contact avec le prédateur sexuel sont nombreuses. Et elles l’ont fait en connaissance des actes qui lui étaient reprochés.

Le scandale dévoilé, ils ont voulu montrer patte blanche en public. Mais la réalité, en coulisses, est bien différente. Depuis les révélations autour de Jeffrey Epstein, notamment l’ahurissant nombre de personnalités influentes qui lui ont été associés, certains ont tenté de se dédouaner. De prétendre qu’ils ignoraient tout de la véritable nature des crimes du prédateur sexuel. Or, selon le Wall Street Journal, il n’en est rien. Beaucoup de ces personnalités ont maintenu leurs liens avec lui, y compris après sa condamnation en 2008 pour incitation à la prostitution de mineure, selon les documents récemment révélés.

Steve Bannon, Noam Chomsky, le prince Andrew, Peter Mandelson… La liste est longue. Quand, en 2006, Jeffrey Epstein est arrêté pour des accusations d’actes sexuels illégaux avec une mineure (il sera condamné dans cette affaire pour racolage), il reçoit un courriel signé par Stanley Pottinger, un avocat new-yorkais et ancien procureur général adjoint chargé des droits civiques sous les présidents Richard Nixon et Gerald Ford. « Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus, mais en lisant les articles sur les excès des policiers de Palm Beach, je me devais de vous envoyer un message de soutien », écrit l’avocat, en septembre 2006. « Les esprits étroits de ce monde n’aiment pas les penseurs et les hommes d’action, surtout lorsqu’ils réussissent. »

En juillet 2008, Peter Mandelson, alors commissaire européen au commerce, lui adresse aussi son soutien : « Je vous admire beaucoup et je suis désespéré et furieux de ce qui s’est passé. Cela ne pourrait tout simplement pas se produire en Grande-Bretagne. » Il le pousse à faire preuve d’une « incroyable résilience » et à se battre : « Vos amis restent à vos côtés et vous aiment. » Au-delà des démonstrations d’affection, Peter Mandelson pourrait lui avoir fourni des informations gouvernementales confidentielles, selon le Wall Street Journal. Des échanges en février 2011 montrent également des échanges avec le prince Andrew.

« Il semble que nous soyons dans le même bateau »

Pour rappel, Jeffrey Epstein a alors déjà purgé sa peine de prison de dix-huit mois et ses activités sont connues de tous. Jeffrey Epstein confie au prince Andrew que « la presse américaine s’acharne sur moi ». Le duc d’York, rassurant, répond : « Je suis tout aussi inquiet pour vous ! Ne vous inquiétez pas pour moi ! Il semble que nous soyons dans le même bateau et que nous devions surmonter cette épreuve ! » Au même moment, le prince est secoué par le scandale autour de la photo qui le montre avec Virginia Giuffre. Il conclut en suggérant qu’ils « se retrouvent bientôt ».

En septembre 2013, le milliardaire britannique Richard Branson, fondateur de Virgin, écrit à Epstein après l’avoir reçu sur l’île Necker. « C’était vraiment un plaisir de vous voir hier. Les gars de Watersports n’arrêtent pas d’en parler ! Je serais ravi de vous revoir chaque fois que vous serez dans le coin. À condition, bien sûr, que vous veniez avec votre harem ! » Steve Bannon, l’ancien stratège de Donald Trump à la Maison-Blanche, lui écrit en juin 2018, alors que l’étau se resserre autour du milliardaire. « Qui tire les ficelles ? », lui demande-t-il.

Selon lui, « les éléments qui apparaissent sont le fruit de recherches approfondies. C’est une opération sophistiquée ». Cinq mois plus tard, le Miami Herald publiera son enquête, ayant recueilli des témoignages officiels de victimes d’Epstein et soulevant des questions sur la clémence de l’accord de plaidoyer conclu dans le cadre de sa condamnation en 2008. Début 2019, Jeffrey Epstein et Steve Bannon discutent toujours de la stratégie à adopter, le premier lui conseillant la retenue. En février 2019, c’est le militant politique et professeur Noam Chomsky qui lui écrit : « J’ai constaté la manière horrible dont vous êtes traité par la presse et le public. C’est douloureux à dire, mais je pense que la meilleure solution est de l’ignorer. »

« Je le connaissais et nous nous rencontrions occasionnellement »

Interrogé sur sa relation avec Epstein, il a déclaré au Wall Street Journal : « Premièrement, cela ne vous regarde pas. Ni personne d’ailleurs. Deuxièmement, je le connaissais et nous nous rencontrions occasionnellement. » Une photo non datée montre les deux hommes ensemble, mais l’aspect physique de Jeffrey Epstein plaide pour une période récente. En avril 2019, Bannon a répondu qu’il fallait contrer le récit qui faisait d’Epstein un trafiquant d’enfants : « On ne peut pas racheter l’irrémédiablement perdu – vous êtes beaucoup de choses – que nous allons démontrer – mais vous n’êtes PAS cela. »

Quatre mois plus tard, Epstein a été arrêté et inculpé de trafic sexuel au niveau fédéral. Il est mort dans sa cellule en août 2019. Il a emporté avec lui nombre de secrets. Mais, au grand dam de ceux qui lui sont restés fidèles, si les paroles s’envolent, les écrits, eux, sont bien restés.