CHRONIQUE. Du simulacre électoral aux coups de force déguisés, le pouvoir en Afrique se perpétue par la ruse, la peur et parfois l’armée.
En Afrique, bien souvent, la réalité dépasse la fiction. Surtout en ce moment où la mascarade politique y est si bien menée que l’on pourrait se croire au cinéma. On a l’impression que Sembène Ousmane, Cheik Doukouré, Cheik Oumar Cissoko, Djibril Diop Mambéty, Willy Mbaye, Abdouramane Cissako, ou un autre de nos talentueux cinéastes, s’est saisi d’une caméra pour mettre à l’écran le fameux roman d’Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages. Ce titre étrange, un brin provocateur, est tiré d’une anecdote survenue au Togo, où il est dit que les bêtes sauvages sortiraient de la brousse pour élire Eyadema si jamais les humains rechignaient à le faire.
Eyadema n’est pas un cas isolé, hélas. Il est écrit dans l’esprit de nos dirigeants, de tous nos dirigeants que leur pouvoir est éternel et que leur reconduction à la tête de l’État relève de l’ordre naturel des choses. Au cas où un quelconque mécanisme s’y opposerait, la nature s’en mêlerait aussitôt : le diable, le bon Dieu ou qui sait, les animaux de la brousse viendraient, les rétablir dans leur « droit ».
Du parti unique au pluralisme contrôlé
Les partis uniques débordaient de cynisme mais ils avaient le mérite de la franchise. Nos guides suprêmes et nos présidents à vie ne passaient pas par quatre chemins pour conserver leur pouvoir conçu comme de droit divin, bien sûr. Un candidat unique, un bulletin unique, un résultat unique, aux environs de 100%. Aujourd’hui, la mode est au simulacre démocratique. La pluralité des candidatures est là mais c’est au président sortant de choisir ses concurrents, au besoin même de les payer (en Guinée, Mamadi Doumbouya a offert 200 000 euros à chacun d’eux) pour les remercier de si bien jouer les figurants.
En l’absence de Laurent Gbagbo, de Tidjane Thiam et de Guillaume Soro, que peut bien signifier une élection présidentielle en Côte d’Ivoire ? Et en Guinée, où, pour les raisons les plus saugrenues, les candidatures d’Alpha Condé, de Cellou Dalein Diallo et de Sydia Touré (à eux trois, ils représentent 95% de l’électorat national) ont été invalidées ? Le plébiscite de Ouattara ne pouvait être autre chose qu’une simple formalité. Quant à Mamadi Doumbouya, aucune inquiétude, la présidentielle du 28 décembre prochain, ne sera pour lui qu’une promenade de santé.
Quand l’armée devient l’ultime arbitre du jeu électoral
Au Cameroun, pour échapper à ce type de manœuvres, les candidats recalés par la commission électorale se sont tous regroupés autour de Bakary Tchiroma malgré le parcours sinueux de celui-ci juste pour donner une chance au pays de se débarrasser enfin du gérontocrate Biya. Leur victoire est si large que pour se prémunir de la fronde qui le guette, l’orgueilleux locataire du palais d’Etoundi a proposé à son adversaire, le poste de Premier ministre, une manière à peine voilée de reconnaître sa terrible défaite. Mais Tchiroma qui connaît mieux que quiconque le sérail politique camerounais a préféré prendre le dur chemin de l’exil. Mieux vaut s’en éloigner quand on blesse la panthère sans réussir à la tuer.
Pour la premiere fois, Francois Busnel installe le plateau de La Grande Librairie dans la galerie des Glaces du chateau de Versailles. Il recoit des ecrivains et historiens pour une emission speciale de 90 minutes sur l’Histoire, diffusee sur France 5 le 20 decembre 2012.
Paris, FRANCE-le 10/12/12/BALTEL_baltel.27/Credit:BALTEL/SIPA/1301181255 © (BALTEL/SIPA/SIPA)
Tant de bruit et de fureur pour des élections gagnées d’avance !
Mais les simagrées électorales de Côte d’Ivoire, de Guinée ou du Cameroun, c’est du connu, c’est du déjà-vu. Ce qui est inouï, ce qui est ahurissant, c’est le vrai faux coup d’État qui vient de se produire en Guinée-Bissau. Manifestement battu par Fernando Dias da Costa, le président sortant, Umaro Sissoco Embaló a fait appel aux militaires, rien que pour tordre le cou à l’alternance démocratique. Je ne vois pas de meilleure astuce pour susciter le vote des bêtes sauvages.
* 1986, Grand Prix littéraire d’Afrique noire ex aequo pour Les Écailles du ciel ; 2008, prix Renaudot pour Le Roi de Kahel ; 2012, prix Erckmann-Chatrian et Grand Prix du roman métis pour Le Terroriste noir ; 2013, Grand Prix Palatine et prix Ahmadou-Kourouma pour Le Terroriste noir ; 2017, Grand Prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre.

Partager :