Alors que le président américain lorgne le territoire danois, plusieurs documents oubliés refont surface, laissant entendre qu’un accroissement légal de la présence américaine est possible.
Depuis la capture de Nicolas Maduro et de son épouse, Donald Trump ne fait plus un secret de ses vues sur le Groenland. Le président des États-Unis compte bien s’arroger la souveraineté de l’île danoise de 56 000 habitants, mettant tour à tour en avant l’option du rachat et celle de l’annexion par la force, et assurant qu’il y va de la sécurité de son pays – sans mentionner les abondants minéraux enfouis sous la glace. Mais une autre voie pourrait lui permettre d’arriver à ses fins.
La position stratégique du Groenland n’est pas le seul atout pour séduire l’entourage du républicain. Cette immense île possède un autre attrait : des minéraux critiques en abondance, enfouis sous la glace. Là encore, selon les analystes, les États-Unis n’ont pas besoin d’envahir l’île pour les exploiter.
Plusieurs accords de défense lient en effet les États-Unis et le territoire autonome en grande partie recouvert de glace, et expliquent par ailleurs la présence historique du premier sur le second. Mikkel Runge Olesen, chercheur à l’Institut danois d’études internationales de Copenhague, a ainsi assuré au New York Times que « les États-Unis ont tellement carte blanche au Groenland qu’ils peuvent faire à peu près tout ce qu’ils veulent ».
Une succession d’accords de défense
Le premier desdits accords est signé pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1941, par un ambassadeur danois à Washington, qui craint à l’époque de voir l’Allemagne nazie envahir le territoire – et, par la suite, le Danemark. Après le conflit, Copenhague demande le retrait des Américains de l’île, qui luttent pour maintenir leur présence et proposent, déjà à l’époque, de l’acheter.
En 1951, le Danemark et les États-Unis s’entendent finalement sur un accord de défense plus que favorable aux seconds, puisqu’il les autorise à installer sur l’île plusieurs bases militaires, mais aussi à déployer leurs navires dans les eaux territoriales.
Ce n’est pas tout : Washington peut désormais également « construire, installer, entretenir et exploiter » des bases militaires sur l’ensemble du territoire groenlandais, mais aussi y loger du personnel, contrôler les atterrissages, les décollages, les mouillages, les amarrages, les mouvements et les opérations des navires, aéronefs et des autres embarcations. Au pic de la guerre froide, ce sont près de 9 000 soldats américains qui seront stationnés sur l’île.
Une demande d’accroissement de la présence suffirait
Les États-Unis ne disposent aujourd’hui plus que d’une seule base sur place, le Groenland ayant perdu de son intérêt après que les relations avec Moscou se sont réchauffées. Celle-ci est, depuis 1991, située à 1 210 km au nord du cercle polaire au niveau de la base spatiale de Pituffik (ex-base de Thulé). Près de 200 soldats y sont déployés. Elle comprend notamment un radar géant capable de détecter les missiles balistiques survolant le pôle Nord, mais aussi un des centres de contrôle du réseau de satellites militaires américains.
Rebelote en 2004, où un nouvel accord de défense, conclu aussi avec le Groenland, acte le repli militaire des Américains, mais laisse la porte ouverte à un possible redéploiement. En vertu de cet accord, « les États-Unis peuvent pratiquement faire ce qu’ils veulent sur la base de Pituffik, à condition d’en informer le Danemark et le Groenland », explique au Monde Ulrik Gad Pram, chercheur à l’Institut danois des études internationales.
Plusieurs experts sont d’accord pour dire qu’une simple demande d’accroissement de la présence militaire des troupes sur place pourrait suffire… Ce qui n’a pas l’air d’être la voie privilégiée par Trump. Auprès du New York Times, Jens Adser Sorensen, ancien haut fonctionnaire du Parlement danois, s’interroge : « Pourquoi ne pas utiliser le mécanisme de l’accord de défense si vous êtes si préoccupé par la situation sécuritaire ? Le cadre existe. Il est en place. »
D’après Marc Jacobsen, professeur associé au Centre d’études sur la sécurité de l’Arctique à Copenhague, qui a analysé la situation auprès de nos confrères du Monde : « Le Danemark et le Groenland ont fait tout leur possible pour signaler qu’ils étaient ouverts à la négociation et qu’il y avait déjà, pour les Américains, une opportunité d’accroître leur présence militaire sur le territoire. Malheureusement, il ne semble pas que ce soit ce que Trump ait en tête. (Il)exagère les menaces qui pèsent sur le Groenland et minimise les efforts du Danemark en matière de défense, afin de légitimer le contrôle accru des États-Unis sur le territoire. »

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