En raison de son ego surdimensionné, c’est peut-être là le point de départ et la première des raisons pour lesquelles Trump n’aime pas l’Europe. Et, accessoirement, déteste tout ce qui concerne l’écologie. En 2001, il fait l’acquisition d’un terrain situé à Doonbeg, en Irlande, pour y construire un golf, dans un endroit magnifique, face à l’Atlantique. La région est connue pour ses dunes, ses plages et une biodiversité dont l’un des éléments est un escargot rare du nom de vertigo angustior.
Il se trouve que ce gastéropode a son habitat sur la propriété achetée par Donald Trump et que la protection de l’animal a contraint le futur président à réduire de façon drastique le parcours de 18 trous qu’il avait envisagé, à la suite des actions en justice menées par les mouvements écologistes irlandais. Lesquels ne se sont pas bornés à la protection des escargots pour s’opposer au projet : ils ont, par la suite, retardé de plusieurs années l’ouverture du Trump International Golf Links and Hotel parce qu’ils refusaient que le nouveau propriétaire érige un mur de plus de 38 000 tonnes pour protéger son terrain des assauts de la mer toute proche.
Après de multiples annulations de permis de construire, le golf a fini par ouvrir en 2016. Mais pour un homme pressé comme l’est Donald Trump, ce retard est devenu tellement insupportable qu’il a pris l’Irlande en grippe. Et, par la même occasion, les institutions européennes dont la bureaucratie tatillonne n’était pour une fois pas vraiment responsable de ses déboires.
Du mépris pour les faibles
C’est un fait : Donald Trump n’a que du mépris pour l’Europe et lui préfère la Russie. Ses mauvaises dispositions ne viennent évidemment pas seulement de ses déboires irlandais. Et son attirance pour le régime de Poutine est d’une tout autre nature : Trump n’aime que les régimes forts, comme celui de l’homme du Kremlin. Il rêve d’ailleurs d’instaurer aux États-Unis un système qui lui ressemble. Il n’a que du mépris pour les faibles, ou ceux qui lui paraissent tels.
Dans la guerre en Ukraine, il a fait son choix. Il est persuadé que la Russie sera le vainqueur. Il a donc tendance à lui céder sur tout. Comme dans le plan de 28 points présenté par Steve Witcoff, amendé depuis par les Européens et qui est toujours en discussion. Même si, parfois, les excès de Poutine dans les bombardements, son indifférence aux pertes humaines et ses atermoiements sans fin pour accepter un cessez-le feu insupportent le président américain.
Autre indice révélateur : dans le document qui s’intitule « Stratégie de sécurité nationale », il ne mentionne l’Europe que pour la critiquer et, en 33 pages, traite à peine le problème de la Russie et de la Chine. Sans doute parce que dans son monde, il est plus urgent de se préoccuper des « dérives progressistes » des Européens, de leur décadence annoncée, de leur méfiance pour les réseaux sociaux, que de la menace géopolitique de la Russie. Qui, elle, a su maintenir des « valeurs traditionnelles ».
Mais comme il est un homme d’affaires avant d’être le diplomate faiseur de paix qu’il prétend être, la puissance économique de l’Europe l’intéresse tout de même. Pour y espérer quelques profits. À condition qu’elle soit libérée de la bureaucratie européenne.
C’est la raison pour laquelle il annonce sans détour qu’il aidera « les mouvements patriotes » qui, en Europe, sont les seuls à vouloir (AfD en Allemagne) ou à pouvoir (Hongrie, Slovaquie) pratiquer une politique d’opposition à l’immigration, dont il prédit que si elle se poursuivait, les pays du vieux continent, parce que devenus non-européens, ne rempliraient même plus les critères pour participer à l’Otan.
Les Américains attachés à l’Otan
Le problème pour Trump est que des enquêtes et sondages récents semblent démontrer que la majorité des Américains ne sont pas aussi critiques que lui avec leurs cousins européens. Et, surtout, que les descendants de ceux qui ont débarqué sur les côtes normandes le 6 juin 1944 ne seraient pas satisfaits de voir remise en cause une alliance ayant assuré la paix depuis 1945, notamment pendant les années de tension de la guerre froide.
Ainsi, le hasard fait bien les choses : quelques jours après la publication du document sur la Stratégie de sécurité nationale, la Chambre des représentants a voté à une large majorité (312 contre 112) un National Defense Act, qui autorise les dépenses en matière de défense pour l’année à venir. Or, par cette loi, les représentants ont fixé, « en accord avec l’Otan », à 76 000 hommes minimum la présence militaire américaine en Europe. Un très léger retrait par rapport aux 84 000 soldats américains actuellement en Europe.
Dans la même veine et selon un sondage de la Fondation Reagan (2 500 personnes interrogées), 68 % des Américains disent être attachés à l’existence de l’Otan. Dont 57 % parmi ceux qui se déclarent républicains.
Plus révélateur encore : selon le même sondage, 62 % souhaitent que l’Ukraine gagne la guerre contre la Russie et 70 % ne font pas confiance à Poutine pour respecter un éventuel accord de paix. C’est une opinion majoritaire dont Donald Trump devrait tenir compte dans ses négociations avec Poutine. Même s’il se sent plus proche de lui que des Européens.

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