Tout commence par un certificat de naissance. Quinze ans plus tard, ce sont des deepfakes. Entre Barack Obama et Donald Trump, la rivalité est devenue une obsession, révélatrice d’une Amérique sous tension permanente.
«Je suis le président le moins raciste que vous ayez eu depuis longtemps. » Début février, Donald Trump tente d’éteindre l’incendie. En cause ? Une vidéo relayée à deux reprises sur son réseau social, avant d’être supprimée, et qu’il affirme ne pas avoir regardée « en entier ».
Le montage, pourtant, est explicite. On y voit Barack Obama et son épouse transformés en singes hilares, dans une mise en scène à la symbolique raciste à peine dissimulée. Diffusée quelques heures seulement, la séquence provoque une vague d’indignation immédiate, jusque dans certains rangs conservateurs.
Sans citer son successeur, l’ancien président démocrate a réagi dans un podcast ce samedi 14 février. Il y dénonce un climat politique dégradé, un « spectacle de clowns » où la décence, le respect des institutions et le sens de l’État semblent avoir disparu.
Loin d’être un simple dérapage, cet épisode s’inscrit dans une histoire longue et tumultueuse. Depuis près de quinze ans, Obama et Trump se livrent une guerre faite de soupçons, d’humiliations publiques et, désormais, de manipulations numériques. Une rivalité personnelle devenue, au fil du temps, l’un des symboles les plus frappants de l’Amérique fracturée.
- Décembre 2008 : avant l’orage, les politesses
L’histoire commence pourtant sous de meilleurs auspices. En 2008, Donald Trump n’est encore qu’un entrepreneur omniprésent dans les médias, plus connu pour ses tours de piste télévisés que pour ses ambitions politiques. Invité sur CNN, il salue sans réserve l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche : « Je pense qu’il fait un excellent travail. Je trouve que la nomination d’Hillary est formidable… Vous verrez, il fait vraiment du bon travail. »
À l’époque, Obama incarne la modernité et l’espoir d’un dépassement des clivages. Il symbolise une Amérique réconciliée avec elle-même après les années Bush. Trump, lui, se satisfait encore de son rôle de commentateur mondain et de vedette du petit écran. Rien ne laisse alors présager que ces éloges appuyés deviendront, quelques années plus tard, les vestiges presque embarrassants d’une époque révolue.
- Mars 2011 : le complotisme sur la naissance
Tout bascule en 2011. En quête de visibilité politique, Donald Trump se fait le porte-voix d’une théorie complotiste contestant la nationalité de Barack Obama. Il insinue que le président ne serait pas né sur le sol américain et réclame avec insistance la publication de son certificat de naissance complet.
Pendant plusieurs semaines, Trump occupe les plateaux, alimente le doute et impose le sujet dans l’espace médiatique. La polémique enfle, nourrissant les soupçons d’une partie de l’opinion. Le 27 avril, Obama tranche. Excédé, il rend public le document officiel depuis la Maison Blanche, expliquant vouloir mettre fin à une « distraction » nuisible au pays. L’annonce est soigneusement mise en scène : elle intervient alors même que Trump s’exprime à la télévision.
Le milliardaire jubile : « Je suis honoré et très fier d’avoir pu faire quelque chose que les autres n’ont pas réussi. » Pour lui, c’est une victoire politique. Pour la première fois, un président en exercice cède sous sa pression. Trump comprend qu’en attaquant frontalement la légitimité de son adversaire, il peut peser sur le débat national.
- 30 avril 2011 : le dîner des correspondants
« Personne n’est plus content de mettre de côté cette histoire de certificat de naissance que “le Donald”. Car il peut enfin retourner s’occuper d’affaires plus importantes, par exemple “Avons-nous vraiment marché sur la Lune ?” “Que s’est-il passé à Roswell ?” “Où sont (les rappeurs décédés) Biggie et Tupac ?” »
C’est par ces mots que Barack Obama s’attaque à Donald Trump lors du traditionnel dîner des correspondants à la Maison Blanche en 2011. Assis dans la salle, l’homme d’affaires feint un sourire. Barack Obama ne s’arrête pas : il se moque de l’expérience de leader que Donald Trump a acquise durant The Celebrity Apprentice ». « Les décisions que vous prenez (dans l’émission) m’empêcheraient de dormir », lance le président, alors que secrètement, il vient d’ordonner le raid qui mènera à la mort d’Oussama Ben Laden.
Humilié, Donald Trump décide ce soir-là de se lancer un jour dans la course à la Maison Blanche, selon Roger Stone, un de ses conseillers politiques. « C’était phénoménal, j’ai passé une excellente soirée », racontera pourtant Donald Trump plus tard.
- Avril 2016 : dernier dîner, dernières piques
Lors de son dernier dîner des correspondants, en avril 2016, Obama choisit l’ironie plutôt que la gravité. Devant une salle conquise, il lance : « Les républicains disent que Donald manque d’expérience en politique étrangère… Mais il a fréquenté Miss Suède, Miss Argentine, Miss Azerbaïdjan. »
La pique résume le regard condescendant que l’élite politique et médiatique porte alors sur Trump : celui d’un provocateur, incapable d’accéder au sommet de l’État. Quelques semaines plus tard, chez Jimmy Kimmel, Obama poursuit sur le même registre. Face aux attaques virulentes de Trump sur Twitter, il réplique avec un calme désarmant, rappelant qu’il a, lui, exercé le pouvoir.
Mais, loin des plateaux new-yorkais et des dîners mondains, une autre Amérique se reconnaît ailleurs. Une Amérique qui ne se sent ni respectée ni représentée par ce ton ironique. Une Amérique qui, quelques mois plus tard, portera Trump au pouvoir.
- 8 novembre 2016 : le jour de la revanche
Le 8 novembre 2016, contre toutes les prévisions, Donald Trump l’emporte face à Hillary Clinton. Pour le camp démocrate, la défaite est un séisme. Les sondages, les experts, les éditorialistes… Tous s’étaient trompés.
À la Maison Blanche, Barack Obama encaisse le choc avec sobriété. Fidèle aux usages républicains, il appelle son successeur dès le lendemain pour le féliciter. Quelques jours plus tard, il l’accueille dans le Bureau ovale afin d’organiser la transition. Les images font le tour du monde : deux hommes assis côte à côte aux sourires contraints. Celui qui avait été publiquement ridiculisé en 2011 devient président des États-Unis. Celui qui l’avait moqué doit désormais lui remettre les clés du pouvoir.
- Août 2017 : Charlottesville et la voix morale d’Obama
Après les violences racistes qui éclatent à Charlottesville, en Virginie, et la réaction controversée de Donald Trump évoquant des « torts des deux côtés », Barack Obama prend la parole d’une manière symbolique. Il publie sur les réseaux sociaux un message inspiré de Nelson Mandela : « Personne n’est né en haïssant une autre personne pour la couleur de sa peau, son milieu, ou sa religion… »,
Accompagné d’une photo montrant des enfants de différentes origines se tenant par la main, ce tweet dépasse rapidement, cette année, tous les records de popularité, devenant le plus « aimé » de l’histoire de la plateforme, devant un message d’Ariana Grande.
- Janvier 2021 : une transition glaciale
Lors de l’investiture de Donald Trump, Barack Obama respecte la tradition républicaine et se rend au Capitole pour la cérémonie. Mais il est seul : Michelle Obama a choisi de ne pas l’accompagner. Cette décision annoncée publiquement quelques jours plus tôt illustre la distance profonde qui sépare désormais les deux couples.
À côté de lui, les anciens présidents Bill Clinton et George W. Bush arrivent accompagnés de leurs épouses, respectant la tradition complète de protocole. L’absence de Michelle Obama ne surprend personne, tant elle a été annoncée avec clarté. Si Barack Obama manifeste ainsi son respect pour les institutions et la continuité du pouvoir, la rupture humaine et symbolique avec son successeur est consommée.
- Juillet 2025 : l’ère des deepfakes
Quinze ans après le « birtherisme », la confrontation entre dans une nouvelle dimension : celle de l’intelligence artificielle. En juillet 2025, Trump partage sur Truth Social une vidéo truquée montrant Obama arraché de sa chaise, forcé de s’agenouiller, menotté, emmené par des agents, puis vêtu d’un uniforme de prisonnier.
La séquence est accompagnée du slogan « Nul n’est au-dessus des lois », repris de la campagne de Joe Biden. L’enquête du New York Times révélera qu’il s’agit d’un montage mêlant vraies images de 2016 et faux contenus générés par IA. Pour les spécialistes, c’est un tournant : la rivalité devient un outil de désinformation massive.
- Février 2026 : les « singes » et le tollé
Nouvel épisode dans la longue rivalité entre Barack Obama et Donald Trump. Une vidéo relayée pendant plusieurs heures sur le réseau social Truth Social montre Barack et Michelle Obama transformés en singes sur fond de la chanson « The lion sleeps tonight ».
La séquence, insérée à la fin d’une vidéo initialement partagée par Trump pour dénoncer des fraudes électorales présumées en 2020, provoque un tollé immédiat. Le président américain affirme : « Je n’ai pas vu » la partie montrant les Obama et assure n’avoir visionné que le début avant la publication par un membre de son équipe, ignorant la caricature raciste contenue dans le montage. Il ajoute qu’il « n’a pas commis d’erreur » mais reconnaît que son staff aurait dû retirer la vidéo s’il l’avait vue dans son intégralité. La publication a depuis été retirée, l’administration admettant que c’était « une erreur d’un membre de l’équipe », précise la BBC.
Le clip, qui rappelle des caricatures racistes comparant les Noirs à des singes, a été créé à partir d’un post sur X de Xerias, un créateur de mèmes conservateur, et présente également d’autres figures démocrates comme des animaux : Alexandria Ocasio-Cortez, Zohran Mamdani ou Hillary Clinton. Même Joe Biden, prédécesseur de Trump, apparaît dans le clip sous les traits d’un singe mangeant une banane. Dans un podcast politique, Obama, sans nommer son successeur, réagit avec gravité : « Il y a une sorte de spectacle de clowns… et ce qui est vrai, c’est que ça ne semble provoquer aucune honte… Cela s’est perdu. »

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