Les négociations se sont tenues dans le plus grand des secrets. Depuis plusieurs semaines, l’administration Trump et la Russie élaborent un plan pour la paix en Ukraine en 28 points. Mais celui-ci risque de ne pas plaire à tout le monde, notamment à Volodymyr Zelensky : d’après plusieurs sources, le texte est orienté en faveur de la Russie.
Révélé en partie par des médias américains, le plan a été construit de concert par l’envoyé russe Kirill Dmitriev, l’envoyé spécial de Donald Trump Steve Witkoff, le secrétaire d’État Marco Rubio et le gendre du président américain Jared Kushner. La Turquie et le Qatar auraient eux aussi participé à l’élaboration du texte. Si le conseiller à la sécurité nationale de Volodymyr Zelensky, Rustem Umerov, a été envoyé sur place pour prendre part aux discussions, il a nié avoir accepté les termes du plan et s’est dit opposé à celui-ci. Il a également indiqué ne pas avoir reçu de proposition écrite de la part de Steve Witkoff.
Concessions ukrainiennes
Une partie des détails du plan a été révélée par le site d’information Axios. Le texte prévoit, entre autres, que Moscou obtienne le contrôle total de Louhansk et de Donetsk (autrement dit, du Donbass). Et ce, alors que l’Ukraine contrôle encore, pour l’heure, près de 15 % du territoire. Les zones du Donbass d’où se retireraient les forces ukrainiennes seraient considérées comme démilitarisées et la Russie ne pourrait pas y positionner de troupes.
Par ailleurs, les États-Unis et plusieurs autres pays reconnaîtraient la Crimée et le Donbass comme des territoires légitimement russes. À l’inverse, dans les régions de Kherson et Zaporijjia, les lignes de contrôle actuelles seraient majoritairement figées et la Russie restituerait certains territoires sous réserve de négociations.
Le plan mis sur pied par Washington et Moscou prévoit également de limiter la taille de l’armée ukrainienne et ses armes à longue portée, en échange de garanties de sécurité. D’après le Financial Times, qui a révélé d’autres détails du texte, celui-ci exige que Kiev abandonne des catégories d’armements clés. Aussi, et surtout, il prévoit le retrait de l’aide militaire américaine pourtant essentielle à sa défense, ce qui pourrait rendre le pays vulnérable à une future agression russe. Aucune autre troupe militaire étrangère ne serait autorisée sur le sol ukrainien et Kiev ne pourrait plus recevoir d’armes occidentales à longue portée capables d’atteindre profondément à l’intérieur de la Russie.
La « capitulation » de Kiev
D’éventuelles garanties de sécurité américaines n’ont pas été précisées en cas de nouvelle agression russe. Le texte disposerait aussi que le russe soit reconnu comme langue officielle de l’État ukrainien, et accorderait un statut officiel à la branche locale de l’Église orthodoxe russe. Ces mesures ne sont pas sans rappeler les objectifs politiques de longue date du Kremlin. Auprès du Financial Times, une source considère ainsi que le document est « fortement orienté vers la Russie », une autre la qualifie de « très avantageux pour Poutine ».
Faisant référence à ce plan ce jeudi 20 novembre, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, souligne : « Nous voulons la paix, les Ukrainiens veulent la paix, une paix juste qui respecte la souveraineté de chacun, une paix durable qui ne puisse pas être remise en question par de futures agressions, mais la paix, ça ne peut pas être la capitulation. »
Et d’ajouter : « Nous ne voulons pas de capitulation de l’Ukraine et vous imaginez bien que les Ukrainiens, qui résistent de manière héroïque depuis plus de trois ans maintenant contre une agression désinhibée de la part de la Russie, refuseront toujours toute forme de capitulation. Ce que nous constatons, c’est qu’aujourd’hui c’est la Russie de Vladimir Poutine qui constitue un obstacle à la paix. Le principe d’une paix doit commencer par un cessez-le-feu sur la ligne de contact, qui permettra d’engager des discussions sur la question des territoires et sur la question des garanties de sécurité. »

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