Ce serait une concession majeure de la part de Kiev. L’Ukraine est prête à accepter l’instauration d’une zone démilitarisée dans le Donbass, selon le journal Le Monde. Cette mesure, qui figurait dans le plan de paix envoyé par la Maison-Blanche, a été reprise dans la contre-proposition en 20 points adressée, mercredi 10 décembre, à Washington par Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien l’a auparavant soumise à la « Coalition des volontaires », parmi lesquels Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le chancelier allemand Friedrich Merz, tous réunis à Londres lundi dernier.
« Une zone démilitarisée devra exister de part et d’autre de la ligne » de front actuelle, a précisé le négociateur ukrainien Mykhaïlo Podoliak à nos confrères. La largeur de cette zone n’a pas été précisée. « Il faudra décrire, de manière logique et juridique, si tous les types d’armements doivent être retirés ou uniquement les armes lourdes. »
À LIRE AUSSI « On revient de l’enfer » : dans le Donbass, avec les damnés du bataillon Da VinciSi toute concession territoriale doit être soumise à l’approbation du peuple ukrainien, a rappelé Volodymyr Zelensky, ce renoncement de la part de Kiev constitue un tournant dans les négociations pour mettre fin à près de quatre ans de guerre. Et un véritable crève-cœur pour l’Ukraine. Non seulement il s’agit de renoncer à son intégrité territoriale, mais le Donbass est un bassin industriel riche en charbon et en minerai. Pour autant, si la région n’était plus sous administration ukrainienne, elle ne basculerait pas non plus sous domination de Moscou.
Potion amère
« Pour prévenir d’éventuelles violations, des représentants de missions de surveillance et un contingent étranger devront être présents afin de veiller au respect des principes et des accords », a aussi expliqué le représentant de Volodymyr Zelensky. Les Ukrainiens, « idéalement », souhaiteraient que les États-Unis participent à cette force de supervision afin d’assurer la « surveillance, le renseignement, le contrôle de l’application des accords, le contrôle de l’absence de mouvements non autorisés de troupes, le contrôle du respect de la ligne de séparation ».
Avec ce renoncement, Kiev acte son incapacité militaire actuelle à reprendre les territoires perdus depuis février 2022. « C’est un format naturel de fin de conflit, sachant qu’une partie du territoire restera malheureusement sous occupation de facto de la Russie et qu’une ligne de séparation sera fixée de toute façon », reconnaît Mykhaïlo Podoliak. La contre-proposition arrive aussi à une période où l’aide militaire occidentale se tarit.
Ce compromis, s’il en est, reste préférable du point de vue de Kiev à l’abandon de la totalité du Donbass, que réclame Moscou. Actuellement, seuls 25 % de la seule région de Donetsk – qui constitue l’une des deux parties du Donbass avec celle de Louhansk – échappent à l’occupation par les forces armées russes. Céder la totalité du Donbass serait une reddition inadmissible pour la plupart des Ukrainiens, disposés à défendre leur patrie coûte que coûte.
Le dernier mot reviendra au peuple ukrainien
« La paix est désormais à portée de main, a réagi le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot sur France Info. Le président Zelensky a montré depuis neuf mois sa disposition à créer les conditions d’une paix, une paix qui soit juste et une paix qui soit durable, qui ne soit pas une capitulation. C’est maintenant à Vladimir Poutine de faire le dernier pas et de mettre fin à cette guerre impérialiste et coloniale. »
�� Kiev prêt à renoncer à certains territoires ➡️ “La paix est désormais à portée de main. […] C’est maintenant à Vladimir Poutine de faire le dernier pas et de mettre fin à cette guerre impérialiste et coloniale”, dit Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères pic.twitter.com/3XuT6OccyB
— franceinfo (@franceinfo) December 12, 2025
Reste à savoir ce que Moscou va penser de la contre-proposition ukrainienne, qui doit être également examinée par l’administration Trump. À noter qu’en plus d’une zone démilitarisée, Washington avait proposé la création d’une « zone économique libre », mais on ignore si la contre-proposition la prévoit.
Et même si les chancelleries occidentales, russe et ukrainienne se mettaient toutes d’accord sur un même texte, c’est le peuple ukrainien qui aurait le dernier mot. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait déclaré lundi que tout accord entre l’Ukraine et la Russie concernant les régions orientales devrait être approuvé par le peuple ukrainien via une « élection » ou un « référendum. » Ce qui sera difficile à organiser. Pour rappel, Volodymyr Zelensky a relevé le pari qui lui a été lancé par Donald Trump et Vladimir Poutine d’organiser une élection présidentielle, mais a appelé à l’aide des Occidentaux pour les organiser.
À LIRE AUSSI Comment Trump tente de forcer la main à ZelenskyLe président ukrainien a rappelé tous les risques qu’un tel événement poserait : ciblage des bureaux de vote par l’artillerie russe, désinformation de masse… Sans compter la difficulté logistique de faire voter les soldats sur le front et les millions d’Ukrainiens réfugiés dans le monde. Et, dans le cas où un tel scrutin aurait lieu avant que la guerre n’ait trouvé un dénouement d’une autre manière, il serait difficile de se prononcer sur son résultat.

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