Deux anciennes employées accusent le chanteur espagnol d’agressions sexuelles dans ses résidences des Caraïbes. Après trois ans d’enquête, un journal espagnol dévoile un système bien rodé.
Bien loin de l’image de tombeur véhiculée par son tube « Vous les femmes » à la fin des années 1970, le chanteur espagnol Julio Iglesias fait face à de très graves accusations. Au terme de trois ans d’enquête, ElDiario.es publie des révélations fracassantes, reprises par l’ensemble des médias espagnols, à partir notamment deux témoignages de deux femmes.
« Rebeca » et Laura », deux anciennes employées du chanteur, dont les prénoms ont été modifiés pour protéger leur identité, ont déposé une plainte à l’Audience Nationale de Madrid. Elles affirment avoir été victimes d’« agressions sexuelles », « d’attouchements sans consentement » et d’« humiliations ».
Ces deux femmes affirment que ces faits ont été commis par Julio Iglesias entre janvier et octobre 2021, lorsque le chanteur avait 77 ans, dans ses deux luxueuses demeures des Caraïbes, à Punta Cana en République dominicaine et dans le quartier de Lyford-Cay aux Bahamas.
Julio Iglesias n’a pas réagi à ces accusations
La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre, dans cette Espagne où le #MeToo a été particulièrement intense et où le gouvernement de gauche a fait des violences faites aux femmes un totem idéologique.
La porte-parole Elma Saiz a aussitôt accordé « le plus grand crédit à cette enquête journalistique » et réaffirmé que « tous les cas d’agressions sexuelles ou de harcèlement seront systématiquement poursuivis, sans exception ». Comprenez : même le plus célèbre des « chanteurs de charme » ibériques n’y échappera pas.
Alors que ni Julio Iglesias ni ses avocats n’ont réagi à ce séisme médiatique qui fait vaciller une icône nationale, il semble que ces révélations ne soient pas le fait de deux plaintes isolées.
Un « système » Julio Iglesias
C’est ce que défend Ignacio Escolar, le directeur de la publication d’ElDiario.es, le journal qui dit avoir conduit l’enquête pendant trois ans de concert avec Univision, une chaîne de télévision américaine qui diffuse en espagnol : « Nous ne nous sommes pas limités à recueillir des accusations. Nous avons contacté une douzaine d’anciennes employées de Julio Iglesias. Nous avons eu accès à de la documentation, des preuves médicales et d’autres attestations qui appuient les témoignages de ces femmes ».
Celui de « Rebeca », une des employées dans la villa de Punta Cana, fait état de fréquentes visites nocturnes du chanteur. Durant celles-ci, selon ses dires, il la violait, tout en l’insultant et en la giflant. Ces violents épisodes se seraient produits plusieurs fois par semaine et ne cessaient que lorsque l’épouse de l’artiste ou d’autres invités se trouvaient dans la demeure.
« Laura », la deuxième plaignante, travaillait également pour Julio Iglesias en 2021, en tant que « physiothérapeute personnel » de l’artiste dans la villa des Bahamas. Elle raconte qu’elle faisait partie du groupe des « señoritas » – autrement dit, des employées vivant dans de meilleures conditions que les « domestiques » mais soumises à la même discipline. Elle raconte que Julio Iglesias la touchait, l’embrassait sur la bouche dans sa chambre malgré elle et lui a plusieurs fois proposé de « faire des trios » avec d’autres employées.
Dans leurs témoignages, les deux plaignantes font état d’un système savamment mis au point afin d’assouvir les exigences et les fantaisies sexuelles du chanteur. L’enquête d’ElDiario.es insiste sur le rôle de deux « responsables femmes » chargées de recruter de jolies jeunes femmes issues de quartiers pauvres, que Julio Iglesias pouvait répudier à tout moment « si elles ne se soumettaient pas à ses désirs ».
Les avocates des deux plaignantes vont jusqu’à dénoncer l’« existence d’un groupe criminel orienté vers la traite de femmes ». De même source, les employées étaient dépourvues de contrats de travail, et pouvaient être en service jusqu’à 16 heures d’affilée par jour, selon le bon vouloir du « chef ».
Un Julio Iglesias « irascible » exerçant « un contrôle total » sur ses employées
L’enquête journalistique – qui n’a jamais eu de réponses de l’artiste, maintes fois sollicité – parle plus généralement d’une « ambiance de grande tension, avec des cris, des insultes, des menaces de renvoi, des scènes de sanglots » et décrit Julio Iglesias comme un personnage « irascible », et exerçant « un contrôle total » sur ses employées.
Cette affaire devrait encore prendre de l’ampleur. Dans l’immédiat, plusieurs personnalités ont pris la défense du chanteur de 82 ans qui, par le passé, avait surtout eu maille à partir avec le fisc espagnol. Parmi elles, son ancien attaché de presse entre 2009 et 2012 Miguel Angel Pastor pour qui « il est certes un grand séducteur, mais pas plus ». Ou encore le journaliste réputé pour sa proximité avec la monarchie Jaime Peñafiel qui le défend : « J’ai passé des années chez lui […] Ce qui sort ne cadre pas avec lui ».
Reste que les plaintes sont là, qu’un scandale majuscule a éclaté et que, selon toute vraisemblance, l’auteur de « Pauvres diables » va bien devoir emprunter la sente judiciaire.

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