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Washington fait pression sur les patrons des réseaux sociaux pour démasquer les comptes anti-ICE

Washington fait pression sur les patrons des réseaux sociaux pour démasquer les comptes anti-ICE

Le Département de la Sécurité intérieure a intensifié sa stratégie de surveillance en envoyant des demandes légales aux géants de la tech, afin d’obtenir des informations personnelles sur les utilisateurs anonymes qui critiquent l’ICE.

Le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) déploie une offensive sans précédent pour identifier les citoyens qui osent critiquer la police de l’immigration (ICE) sur les réseaux sociaux. Il a en effet envoyé des demandes légales aux géants de la tech, dont Google, Meta (maison mère de Facebook et Instagram), Reddit et Discord, afin d’obtenir des données personnelles sur les utilisateurs anonymes qui dénoncent les pratiques des agents ICE et/ou montrent leur localisation.

Ces dernières semaines, les demandes de données sont devenues monnaie courante. Le New York Times a pu consulter deux de ces requêtes envoyées à Meta, qui ne laissent aucune place au doute : l’objectif est de briser l’anonymat de ceux qui s’opposent à l’ICE. Bien que les entreprises puissent théoriquement refuser, elles se retrouvent sous une pression croissante. Certaines ont même informé les utilisateurs visés, leur offrant un délai pour contester les demandes devant les tribunaux.

Steve Loney, avocat à l’ACLU, dénonce au New York Times un abus de pouvoir flagrant : « Le gouvernement s’affranchit des règles, il s’autorise des intrusions sans rendre de comptes. C’est un nouveau palier dans l’intrusion de la vie privée des citoyens. » L’ACLU représente plusieurs personnes déjà visées par ces demandes, et les inquiétudes ne cessent de croître face à cette escalade.

L’argument de la sécurité

Le DHS justifie cette traque en invoquant la sécurité des agents de l’ICE et son droit d’obtenir des informations pour protéger ses employés contre des menaces présumées.

Les rapports de transparence des entreprises révèlent une explosion des demandes gouvernementales ces dernières années. Certaines entreprises, comme le réseau social X ont résisté par le passé. En 2017, Twitter avait attaqué l’administration Trump pour protéger l’anonymat d’un utilisateur critique de la politique migratoire, mais cette époque semble révolue. Désormais, les géants du numérique se retrouvent entre le marteau et l’enclume : se conformer ou risquer des représailles.

Des demandes directes, sans contrôle judiciaire

Les demandes de données émises par le DHS ne nécessitent plus l’approbation d’un juge. Elles ciblent des comptes qui, loin de relever de crimes graves, sont simplement des voix dissidentes. En septembre, Meta a reçu une demande pour identifier les responsables de comptes Instagram dénonçant les actions de l’ICE en Californie. Ces demandes ont été annulées après contestation en justice, mais elles révèlent un objectif : agir dans l’ombre, loin du contrôle judiciaire.

Le DHS s’attaque désormais à des collectifs locaux, comme Montco Community Watch dans le comté de Montgomery, en Pennsylvanie, qui a mobilisé plus de 10 000 abonnés pour suivre et signaler les déplacements des agents de l’ICE. Ces comptes sont devenus des cibles privilégiées, et la pression exercée sur les entreprises de tech comme Google, Meta, Reddit et Discord n’a jamais été aussi forte.

Les grandes entreprises technologiques sont coincées. « Lorsque nous recevons une demande légale, nous faisons tout notre possible pour protéger la vie privée des utilisateurs tout en respectant la loi, » déclare une porte-parole de Google, citée par le New York Times. Mais cette promesse de protection semble désormais de plus en plus incertaine.