2 views 12 mins 0 comments

[EN] : OFFICIEL – Lamouchi nouveau sélectionneur jusqu’en 2028

[EN] : OFFICIEL – Lamouchi nouveau sélectionneur jusqu’en 2028 - Tunisie-Foot

Après un feuilleton haletant, la Fédération Tunisienne de Football vient d’officialiser la nomination de Sabri Lamouchi au poste de sélectionneur national. Le technicien franco-tunisien de 54 ans succède à Sami Trabelsi et hérite d’une mission ambitieuse : préparer la Tunisie pour la Coupe du Monde 2026 et bâtir un projet de développement sur le long terme. Une nomination qui met fin à des semaines d’incertitude et qui signe le retour aux sources d’un enfant de Lyon d’origine tunisienne.

Les détails du contrat

  • Durée : Jusqu’au 31 juillet 2028 (avec évaluation en juillet 2027 à l’issue de la CAN 2027)
  • Salaire mensuel : 100 000 dinars (Brut imposable, un montant jugé raisonnable par la FTF)
  • Vision : Un projet sur 4 ans incluant une stratégie pour la formation des jeunes, la montée en compétence des entraîneurs et la mise à niveau globale du football tunisien

Un projet ambitieux qui a fait la différence

Contrairement aux autres candidats qui se sont concentrés exclusivement sur l’aspect sportif immédiat, Sabri Lamouchi a séduit la FTF et le ministère des Sports en présentant un projet global sur 4 ans qui dépasse le simple cadre de la sélection nationale.

Les trois piliers du projet Lamouchi :

  1. Formation des jeunes : Une stratégie pour détecter, former et faire progresser les jeunes talents tunisiens
  2. Montée en compétence des entraîneurs : Un programme de formation continue pour les techniciens tunisiens à tous les niveaux
  3. Mise à niveau globale : Une modernisation des méthodes d’entraînement, de la préparation physique et de l’analyse vidéo

Cette vision à long terme a particulièrement plu aux dirigeants tunisiens, qui cherchaient bien plus qu’un simple pompier de service pour préparer la Coupe du Monde 2026. Lamouchi propose une refonte structurelle qui s’inscrit dans la durée.

De plus, son salaire de 30 000 euros par mois (contre 100 000 euros réclamés par Franck Haise) a constitué un argument de poids dans un contexte où la FTF, malgré l’amélioration de sa situation financière grâce aux primes de la CAN et de la Coupe du Monde, reste attentive à sa gestion budgétaire.

Qui est Sabri Lamouchi ?

Né le 9 novembre 1971 à Lyon, Sabri Lamouchi est un pur produit de la banlieue lyonnaise. D’origine tunisienne, il a grandi dans le quartier de La Duchère. Milieu relayeur élégant doté d’une excellente vision du jeu, il a construit une belle carrière de joueur en France et en Italie.

Palmarès de joueur :

  • Champion de France avec l’AJ Auxerre (1996) et l’AS Monaco (2000)
  • Vainqueur de la Coupe de France avec Auxerre (1996)
  • Vainqueur de la Coupe d’Italie avec Parme (2002)
  • 12 sélections avec l’équipe de France (Euro 1996)

À noter : Sélectionné en équipe nationale tunisienne en 1994, il est resté sur le banc sans jamais entrer en jeu. Déçu, il a choisi de représenter la France. La plus grande déception de sa carrière survient en 1998 : présélectionné pour la Coupe du Monde en France, Aimé Jacquet le sacrifie au dernier moment. Il ne sera pas champion du monde, une blessure d’amour-propre qu’il n’a jamais vraiment digérée.

La carrière d’entraîneur : un parcours contrasté

Diplômé entraîneur en 2009 au Qatar, Sabri Lamouchi entame une carrière sur les bancs marquée par des hauts et des bas.

Côte d’Ivoire (2012-2014) Première expérience comme sélectionneur. Mission : qualifier les Éléphants pour la Coupe du Monde 2014. Mission accomplie, mais élimination dès le premier tour au Brésil (défaite 2-1 contre la Grèce). Démission en juin 2014 après des critiques virulentes de Didier Drogba sur sa gestion.

El Jaish SC, Qatar (2015-2017) Retour au Qatar comme entraîneur de club. Bilan honorable : 50 victoires en 92 matchs (54,35% de victoires). Remporte la Qatar Crown Prince Cup en 2016.

Stade Rennais (2017-2018) Première expérience en club européen. Termine la saison 2017-2018 à une honorable 5e place, qualifiant Rennes pour la Ligue Europa. Limogé en décembre 2018 après une série de résultats décevants.

Nottingham Forest (2019-2020) Nommé en Championship (D2 anglaise) avec l’objectif de monter en Premier League. Bon début de saison, puis effondrement après la crise Covid-19 : seulement 2 victoires en 9 matchs. L’équipe termine 7e, manquant les playoffs. Limogé en octobre 2020.

Al-Duhail SC, Qatar (2020-2021) Retour au Qatar pour redresser Al-Duhail en difficulté. Participe à la Coupe du Monde des Clubs 2020 et termine 5e. Bilan : 18 victoires en 32 matchs. Résiliation d’un commun accord en août 2021.

Cardiff City (2023-2024) Expérience en Championship galloise. Limogé le 16 mai 2024 après des résultats décevants.

Al-Riyadh, Arabie Saoudite (juillet 2024 – avril 2025) Nommé pour redresser un club qui avait terminé 14e (sur 18) en Saudi Pro League. Début prometteur avec une 4e place après 7 journées, mais les résultats se dégradent. Limogé en avril 2025, le club termine 11e.

Al-Diriyah FC, Arabie Saoudite (juin 2025 – Décembre 2025) Dernière expérience avant la Tunisie. Prend en charge un club de deuxième division saoudienne. Démis en décembre après 6 victoires, 3 nuls et une défaite qui le place 4e du championnat, pas suffisant pour prétendre à la montée.

Pourquoi Lamouchi plutôt qu’un autre ?

La nomination de Sabri Lamouchi peut surprendre au regard de son parcours d’entraîneur relativement moyen, avec des expériences souvent courtes et des résultats en dents de scie. Alors pourquoi lui ?

1. Le projet sur 4 ans : une vision globale et structurante

Contrairement à Franck Haise (qui se concentrait sur l’aspect sportif immédiat) ou Walter Mazzarri (qui évoquait surtout sa passion pour la Tunisie), Lamouchi a présenté une feuille de route complète qui inclut le développement des jeunes, la formation des entraîneurs et la modernisation du football tunisien. Un discours qui a résonné auprès d’une FTF en quête de stabilité et de vision à long terme.

2. Un salaire raisonnable et accessible

Avec 35 000 euros par mois, Lamouchi accepte un salaire bien moins élevé que ce que demandait Franck Haise (100 000 euros). Cette modération financière a pesé lourd dans la balance, d’autant que le ministère des Sports co-finance le contrat.

3. Les origines tunisiennes : un atout symbolique

Même s’il n’a jamais porté le maillot des Aigles de Carthage en tant que joueur (ayant choisi la France après avoir été ignoré par le sélectionneur tunisien en 1994), Sabri Lamouchi est d’origine tunisienne. Cet ancrage familial crée une connexion émotionnelle avec le projet et envoie un signal fort : celui d’un enfant du pays qui revient pour aider sa terre d’origine. Même si les supporters continuent de lui reprocher ses déclarations en CAN 2013, alors entraineur des Eléphants qui avait déclaré en affrontant la Tunisie que « La Tunisie est le pays de mes parents, ça s’arrête là. » Il avait pourtant failli intégrer l’aventure de 2004. À l’époque, Hammouda Ben Ammar avait déployé des efforts considérables pour l’intégrer à l’équipe, portés par la forte motivation du joueur. Cependant, un changement du règlement de la FIFA a brisé cet élan, lui interdisant définitivement de porter le maillot national.

4. Le consensus politique

Enfin, Lamouchi a bénéficié d’un consensus entre la FTF et le ministère des Sports. Son profil franco-tunisien, son projet structurant et son salaire raisonnable ont convaincu à la fois les instances sportives et politiques, mettant fin au bras de fer qui avait paralysé le processus pendant des semaines.

Les défis qui l’attendent

Sabri Lamouchi hérite d’une sélection tunisienne qualifiée pour la Coupe du Monde 2026 (11 juin – 19 juillet), mais en plein doute après l’élimination cruelle en CAN 2025. Plusieurs chantiers l’attendent :

  • Restaurer la confiance : Après le traumatisme de l’élimination contre le Mali et les critiques virulentes d’Hannibal Mejbri sur l’état du football tunisien, Lamouchi doit redonner espoir et crédibilité aux Aigles de Carthage.
  • Préparer la Coupe du Monde 2026 : La Tunisie affrontera les Pays-Bas, le Japon et un adversaire encore à déterminer dans le Groupe F. Une préparation rigoureuse est indispensable pour éviter une nouvelle désillusion.
  • Régler le problème offensif : L’attaque tunisienne est chroniquement stérile. Lamouchi devra trouver des solutions pour rendre les Aigles plus dangereux devant le but adverse.
  • Renforcer la mentalité : La fragilité psychologique de cette équipe, incapable de tenir un résultat dans les dernières minutes, doit être corrigée.
  • Mettre en œuvre son projet de développement : Au-delà des résultats immédiats, Lamouchi devra concrétiser sa vision sur la formation des jeunes et des entraîneurs. C’est sur ce volet que la FTF jugera le succès de son mandat à long terme.

Le défi de la double casquette : Lamouchi devra jongler entre les exigences de résultats immédiats (Coupe du Monde 2026) et la construction d’un projet de développement sur 4 ans. Un équilibre délicat à trouver, surtout dans un contexte où la patience n’est pas la vertu première du football tunisien.