Fabio Roccheggiani (1925-1967) est une figure majeure et respectée de l’histoire du Club Africain. Arrivé en Tunisie pour la saison 1958-1959, cet entraîneur italien, également artiste-peintre diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Florence, a passé près d’une décennie à poser les fondations d’une nouvelle ère sportive et organisationnelle pour le club de Bab Jedid.
Il dirige le club de 1958 à 1967, faisant de lui l’entraîneur qui détient le record de longévité sur le banc du Club Africain.
Une vision moderne initiée par Mohamed El Asmi
Le recrutement de Roccheggiani a été un choix stratégique fort, initié par le président Mohamed El Asmi. Cette décision audacieuse intervenait après une saison 1957-1958 jugée décevante, illustrant la volonté des dirigeants de bâtir sur le long terme plutôt que sur l’immédiateté des résultats.
Roccheggiani n’a pas seulement été un entraîneur ; il a révolutionné la discipline. Par son approche pragmatique et moderne, il a été considéré à l’époque comme l’un des pionniers de la gestion sportive contemporaine dans le football tunisien. Il a ainsi durablement marqué les esprits.
Le programme de structuration : une usine à champions
Le cœur de l’héritage de Roccheggiani réside dans sa méthodologie de formation et de structuration du club. Il a transformé le CA en une véritable usine à champions grâce à une vision globale unique :
- Gestion intégrée des sections : Fabio avait la charge de toutes les sections du club à la fois, des minimes aux espoirs jusqu’à l’équipe première. Cette approche centralisée et inédite lui a permis de raisonner sur le long terme, assurant une cohérence technique de la base au sommet.
- Formation et rigueur : Il a prôné une discipline de fer et un enseignement tactique moderne, concentrant ses efforts sur la détection et l’éclosion des jeunes talents. Ce travail de fond a garanti la continuité sportive et l’émergence d’une génération dorée qui allait dominer la scène nationale à l’instar des jeunes Tahar Chaibi, Mohamed Salah Jedidi ou Sadok Sassi (Attouga) avec lesquels il remportera le championnat de 1963-1964.
La concrétisation des efforts et l’héritage d’une légende
Bien que Fabio Roccheggiani soit décédé le 25 avril 1967 des suites d’une maladie foudroyante, son œuvre a continué de porter ses fruits immédiatement. Il n’a pas eu le temps de récolter pleinement ce qu’il avait semé, mais le club a rapidement engrangé les titres comme fruit de son travail de base. Il a eu cette fameuse intuition prémonitoire. Peu de temps avant son décès, il aurait affirmé que « le règne du Club Africain va bientôt commencer. Il durera longtemps. »
Quelques semaines après son décès, suppléé par Ridha Bach Hamba, le CA a réalisé le premier doublé de son histoire en 1967 (Championnat et Coupe), validant la durabilité et la qualité de la structure et de l’équipe qu’il avait patiemment bâtie. Au total, Fabio a remporté deux titres de champion et deux coupes avec le CA.
Son héritage est magnifiquement résumé par un moment d’émotion :
Il laisse un fils Andrea que les Clubistes nomment aussi Kamel et qui acquit une stature légendaire parmi les supporteurs lorsque, encore enfant, il participa aux deux tours d’honneur du CA en 1967. C’était, quelques semaines après la disparition de Fabio, à l’issue du championnat puis de la finale de la Coupe remportée face à l’Étoile. Le jeune Andrea qui n’avait alors que sept ans, avait été porté en triomphe par les joueurs victorieux qui dédiaient ce succès à leur entraîneur disparu.
Fabio Roccheggiani a ainsi programmé le destin durable du Club Africain, laissant un héritage de méthodologie et de passion qui transcende les générations. Il a mis les bases de ce que va être l’âge d’or du Club Africain durant lequel il va remporter la majorité de ses titres.

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