Longtemps, se préparer à monter sur le tapis rouge signifiait
surtout rentrer dans sa robe, réquisitionner les meilleurs
coiffeurs, peut-être se faire retendre très légèrement les traits.
Le résultat ? Des stars lisses, minces, très apprêtées, mais encore
humaines. Cet équilibre visuel a pourtant basculé depuis quelques
saisons.
Sur les photos de récompenses et de fashion week, s’impose
désormais un visage beaucoup plus maigre, creusé, parfois figé par
la chirurgie esthétique et les injections. Nourri
par les médicaments amaigrissants et les procédures à la chaîne, ce
nouveau look fascine autant qu’il inquiète : comment admirer une
star dont on se demande si elle va bien ?
À Hollywood, un idéal mince mais encore vivant
Pendant des décennies, l’idéal de beauté hollywoodien restait
lisible. Une chroniqueuse résume cette époque en une formule :
“Beau signifiait sain, lumineux, symétrique, et mince mais pas
émacié”. Les acteurs semblaient surtout des versions polies
d’eux-mêmes, pas des créatures méconnaissables.
Le Botox et les liftings légers étaient déjà omniprésents, des
reportages décrivant ces visages un peu trop lisses sur le tapis
rouge. Mais les traits bougeaient encore, les rides traversaient
l’écran, et le public pouvait fantasmer ces corps comme un horizon
atteignable, même lointain.
L’« Ozempic face » : quand les médicaments amaigrissants
s’ajoutent au bistouri
Une nouvelle famille de médicaments, les agonistes du récepteur
GLP-1 comme Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, a aussi
changé les silhouettes de Hollywood. D’abord
pensés pour traiter le diabète, ils sont utilisés comme “pilules
miracles” pour maigrir vite : aux États-Unis, des millions de
prescriptions ont été enregistrées en quelques mois seulement.
La fonte rapide de graisse provoque ce que les dermatologues
appellent l’Ozempic face : joues vidées, peau
relâchée, traits soudain plus vieux. Pour compenser, s’ajoutent
fillers, lifting des sourcils et surtout ablation de la graisse
buccale, qui creuse encore le visage. Sur le tapis rouge, pommettes
tranchantes, clavicules saillantes et bras filiformes donnent
parfois l’impression de voir des silhouettes presque
squelettiques.
Quand le nouveau visage de Hollywood
menace le rêve et fabrique des monstres
Sur Instagram ou X, les commentaires sous les photos de stars
très amaigries ressemblent moins à de l’admiration qu’à une alerte
: “elle a l’air malade”, “il avait l’air tellement mieux
avant”, “c’est triste”. Et puis une question revient chez les
cinéphiles : un acteur au visage figé peut-il encore porter un
drame, quand chaque gros plan rappelle surtout ses injections ?
Pour Jamie Lee Curtis, cette fuite en avant dépasse largement
quelques complexes : “Je me suis beaucoup exprimée sur le
génocide d’une génération de femmes par le complexe
cosméceutique… Il y a une défiguration de générations de femmes,
principalement, qui modifient leur apparence”, expliquait-elle
dans The Guardian. Cette violence irrigue aussi des œuvres comme
The Beauty ou The Substance, dont Coralie Fargeat
dit vouloir “projeter aux yeux de la société la violence que
les femmes ont trop longtemps intériorisée” : des récits de
body horror où des héroïnes se transforment en monstres pour rester
désirables.
Qu’est-ce que l’Ozempic face à Hollywood ?
Un visage amaigri, creusé, vieilli après traitements GLP-1, avec
traits plus durs.
Ces médicaments amaigrissants sont-ils conçus pour la perte de
poids ?
Non, ils traitent à l’origine le diabète ; la perte de poids est
un usage détourné.
Pourquoi ce nouvel idéal de beauté trouble autant le public
?
Parce qu’il semble maladif, figé, et rend les stars presque
identiques, loin d’un modèle aspirant.

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