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cette phrase en direct qui rallume un vieux malaise et nourrit les sarcasmes

Miss France,

Alors que Miss France 2026 doit être couronnée à Amiens en
direct sur TF1, une autre scène se joue loin des paillettes : celle
des journaux, des caricatures et des réseaux sociaux qui auscultent
chaque geste des reines de beauté. De la première Miss France
d’après-guerre au silence d’Angélique Angarni-Filopon sur Je
suis Charlie
, l’histoire ressemble à un concours de
piques.

Dans une chronique intitulée Miss France dans “Le Monde”, un
concours de sarcasmes
, publiée dans M, le magazine du
Monde
, Benoît Hopquin rappelle que Miss France n’a jamais été
le genre de beauté du quotidien. Dès 1947, Yvonne
Viseux
y apparaît, décrite comme “blonde et
mince”
, puis les papiers d’Henry Magnan
fustigent des concours réduits à des “pugilats inter
pin-up”
, écrivait-il dans Le Monde.

Des décennies de Miss France vues par Le Monde, entre ironie et
malaise

Au tournant des années 1960, l’affaire Muguette
Fabris
, professeure de mathématiques devenue Miss, fait
réagir des enseignants qui dénoncent dans une pétition un
“puritanisme hors de saison”. Peu après, Luce
Auger
, Miss France 1961, gagne son procès contre le comité
qui l’avait destituée, révélant des règles strictes sur l’âge ou la
vie privée.

En 1975, la journaliste Suzanne-Edith Peumery
décrit le titre de Miss comme un “miroir aux alouettes”,
entre rêves de cinéma et destins brisés. Dans les années 1990, les
portraits de Miss de plus en plus diplômées et la figure très
conservatrice de Geneviève de Fontenay, à la
télévision, confirment que le concours sert autant de
divertissement que de révélateur des clichés sur les femmes.

Miss France 2025 face à “Je suis Charlie” : la phrase qui a
tout déclenché

Ce passé éclaire la manière dont chaque prise de parole d’une
Miss est aujourd’hui scrutée. Le 7 janvier, sur le plateau de
Sud Radio, le journaliste demande à Angélique
Angarni-Filopon
“êtes-vous Charlie ?”, puis lui
demande si elle “est Charlie”. Gênée, elle lâche
finalement : “Je ne préfère pas me prononcer”, a-t-elle
répondu sur Sud Radio, avant de confirmer qu’elle
“préfère pas se prononcer”, en invoquant sa
neutralité.

En quelques heures, les réseaux sociaux s’enflamment et la jeune
femme, déjà attaquée pour son âge, son physique et sa couleur de
peau, est prise à partie pour avoir refusé de se dire
“Charlie”. Le journal satirique publie un dessin titré
“Miss France n’est pas Charlie !”, où trois islamistes
brandissent une pancarte “Je suis Miss France”. Deux jours
après l’interview, elle reconnaît sur Instagram sa
“maladresse” et précise : “Dans ma fonction de Miss
France, je me dois une neutralité sur certains sujets pour éviter
tous malentendus et susciter toutes controverses. Mais je comprends
que ma non-réaction sur ce sujet aussi sensible ait pu susciter
autant de commentaires”
. Elle ajoute qu’“cela serait une
aberration de penser que je puisse cautionner des actes aussi
barbares et qui laissent des familles endeuillées”
et qu’elle
les condamne “fermement”. Fin décembre, elle avait déjà
été critiquée pour avoir refusé de se positionner sur le procès des
viols de Mazan.

Un concours de sarcasmes, entre plumes,
caricatures et réseaux sociaux

Pour tenter d’éteindre l’incendie, le président de la société
Miss France, Frédéric Gilbert, intervient dans les
colonnes du Parisien. Il explique qu’“Elle a été
complètement prise au dépourvu par cette question et elle s’est
mise en mode automatique comme on le lui demande : ne pas
s’exprimer en tant que Miss France sur les sujets politiques et
religieux”
et rappelle la règle, résumée par cette formule :
“C’est une demande de notre part.” Pour lui, “les Miss
France sont systématiquement agressées”
et n’ont pas forcément
à “avoir un avis sur tout”, si bien qu’il se dit inquiet
pour la sécurité de la lauréate 2025.

Dans ce contexte, l’expression choisie par Le Monde
résonne avec une autre mise à l’épreuve : Miss France comme
concours de sarcasmes, où se croisent chroniques ironiques, dessins
chocs et hashtags vengeurs. L’association Osez le
féminisme
qualifie d’ailleurs le concours de “ringard,
sexiste et rabaissant”
, selon des propos relayés par
FranceSoir, quand d’autres le défendent comme
divertissement populaire ou tremplin. Et puis il y a la position
inconfortable d’Angélique Angarni-Filopon, sommée
d’être à la fois neutre et exemplaire, dans un espace public où la
moindre hésitation se transforme en procès médiatique.

Pourquoi la séquence de Miss France 2025 sur “Je suis Charlie”
a-t-elle fait polémique ?

Sur le plateau de Sud Radio, Angélique
Angarni-Filopon
a refusé de dire si elle se sentait
“Charlie”, en expliquant qu’elle ne souhaitait pas se prononcer. Ce
silence, intervenu pendant les commémorations des attentats de
janvier 2015, a été perçu par beaucoup comme une prise de distance
avec le slogan Je suis Charlie.

Que retrace la chronique “Miss France dans Le Monde, un
concours de sarcasmes” ?

La chronique publiée dans M, le magazine du Monde
revient sur la manière dont le quotidien suit Miss France depuis
1947. Elle s’appuie sur des archives qui montrent un ton souvent
ironique, des affaires comme celles de Muguette
Fabris
ou Luce Auger, et la façon dont le
concours reflète l’évolution des normes sociales autour des
femmes.

Comment l’organisation Miss France justifie-t-elle le devoir de
neutralité de la lauréate ?

Frédéric Gilbert, président de la société Miss
France, rappelle que les Miss ne doivent pas s’exprimer sur les
sujets politiques ou religieux. Il présente cette neutralité comme
une consigne de l’organisation et estime que les lauréates sont
déjà très exposées et souvent prises pour cibles.