28 views 6 mins 0 comments

Coup de frein sur les cures thermales : 20 000 emplois locaux en danger

Coup de frein sur les cures thermales : 20 000 emplois locaux en danger

Dans de nombreuses petites villes françaises, tout tourne autour
de la saison des curistes : les
hôtels qui se remplissent, les restaurants qui rallument leurs
terrasses, les commerces qui vivent au rythme des arrivées et des
départs. Pour ces stations thermales, l’annonce d’une forte baisse
du remboursement des cures a agi comme un véritable
électrochoc.

Le choc est venu du projet de loi de financement de la Sécurité
sociale (PLFSS)
2026, dont le document de présentation écrit noir sur blanc que
“le taux de prise en charge des cures thermales sera
diminué”
pour réaliser des économies. Ce document de
présentation, cité par La Tribune, chiffre l’objectif à 200
millions d’euros
, de quoi inquiéter tout un secteur qui
irrigue l’économie locale bien au-delà des seuls établissements de
soins. Et la note s’annonce salée.

PLFSS 2026 : ce que change la baisse du remboursement des cures
thermales

Derrière cette formule lapidaire du PLFSS 2026, le mécanisme est
très concret. Jusqu’ici, les patients atteints d’une affection de
longue durée (ALD) pouvaient bénéficier d’un remboursement intégral
de leur cure, à hauteur de 100 %. La ministre chargée de
l’autonomie et des personnes handicapées, Charlotte
Parmentier-Lecoq, a expliqué au Sénat que le gouvernement veut
désormais aligner ces patients sur le régime commun, avec une prise
en charge à 65 %, comme les autres assurés
sociaux.

L’autre volet de la réforme touche tous les curistes, quel que
soit leur état de santé. Le taux de prise en charge par l’Assurance
maladie du forfait thermal, c’est-à-dire le cœur de la cure (soins
et actes réalisés en station), passerait de 65 % à 15
%
. C’est ce qu’a détaillé la ministre en réponse à une
question du sénateur de l’Aveyron Jean-Claude Anglars. Pour
l’Assurance maladie, cette double baisse doit participer à
l’objectif global d’économies fixé dans le PLFSS 2026, alors même
que les dépenses liées au thermalisme représentent moins de 0,2 %
des dépenses de santé selon plusieurs acteurs du dossier.

Reste à charge en hausse et risques de renoncement aux cures
thermales

Pour les patients, la logique est simple : si la Sécurité
sociale rembourse moins, le reste à charge augmente. Les personnes
en ALD, qui ne payaient jusqu’ici quasiment rien pour leurs soins
thermaux, se retrouveraient avec une facture bien plus lourde.
Elles sont souvent âgées, ou vivent avec des pathologies
chroniques, et s’organisent longtemps à l’avance pour caser trois
semaines de cure dans leur budget annuel. Et puis tout ne se joue
pas seulement sur les soins : il faut aussi financer le
déplacement, l’hébergement, les repas sur place.

Les professionnels du secteur redoutent que cette hausse du
reste à charge ne décourage une partie des curistes, en particulier
les plus modestes. Selon des estimations largement reprises,
environ 470 000 patients effectuent une cure
thermale chaque année en France, et près de 20 000
emplois
directs et indirects dépendraient de cette
activité. Autour d’un établissement thermal gravitent en effet tout
un écosystème : hôteliers, loueurs de meublés, restaurateurs,
cafés, taxis, petits commerces de centre-ville. Une baisse de
fréquentation même limitée peut se répercuter très vite sur chacun
de ces maillons, parfois déjà fragiles particulièrement dans les
territoires ruraux.

Une économie locale fragilisée par la
baisse du remboursement des cures thermales

Dans certaines stations, la cure structure presque à elle seule
la saison économique. Trois semaines de soins prescrits par un
médecin, c’est aussi trois semaines de dépenses dans la commune :
location d’un studio, courses au supermarché, menus du jour au café
du coin, visites des environs. Quand des maires expliquent que le
thermalisme fait vivre leur bourg à l’année, ils pensent autant aux
emplois directs dans les établissements qu’aux dizaines de petits
emplois induits. Car au fond, chaque curiste absent, c’est une
chambre vide de plus et une table qui ne sera pas servie.

C’est cette réalité que plusieurs élus locaux ont mise en avant
depuis que le sujet est arrivé au Parlement. Le 4 novembre, le
sénateur Jean-Claude Anglars a interpellé le gouvernement sur le
risque de mettre fin, de fait, au remboursement intégral pour les
patients les plus lourds, en rappelant le poids des cures dans des
départements entiers. D’un autre côté, plusieurs régions thermales,
comme le Grand Est ou Auvergne-Rhône-Alpes, ont officiellement
alerté l’exécutif sur les conséquences possibles : baisse de
fréquentation des stations, fragilisation de communes déjà
dépendantes du tourisme de santé, et menaces sur des milliers
d’emplois locaux si les curistes venaient à renoncer en masse à
leur séjour thermal.