Entre 2018 et 2024, les ménages tunisiens ont vu leur pouvoir d’achat chuter d’environ 8%, selon une récente note publiée par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprise (IACE). Cette perte se traduit par une pression budgétaire accrue, des difficultés à couvrir les dépenses essentielles et un sentiment général d’appauvrissement, en particulier pour les salariés dont les salaires n’ont pas suivi le rythme de l’inflation.
Inflation et salaires : un déséquilibre persistant
L’IACE souligne que l’inflation a dépassé 5% par an de manière continue entre 2018 et 2024, atteignant des moyennes annuelles de 5,7 à 9,3%, alors que les augmentations salariales négociées restaient autour de 5%. Ce décalage, estimé à environ 2 points par an, a pesé lourdement sur le revenu disponible des ménages dépendant majoritairement de leurs salaires.
Face à cette érosion, les ménages ont réorienté leur budget. La part consacrée à l’alimentation repart à la hausse, tandis que le logement et la santé absorbent une fraction croissante des revenus. La capacité d’épargne s’est effondrée, passant de 8,6% en 2021 à 2,5% en 2024, réduisant les marges de manœuvre financières et augmentant le recours à l’endettement.
Le FTDES note que l’endettement des particuliers est passé de 26,6 milliards de dinars fin 2021 à 29,5 milliards fin 2024, soit une hausse de 11% en trois ans, avec une explosion des crédits à la consommation, qui ont augmenté de 25% pour atteindre 5,1 milliards de dinars.
Restaurer le pouvoir d’achat
Pour l’IACE, la relance de l’investissement et la croissance économique restent la clé pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages. Mais des mesures macroéconomiques et structurelles peuvent également faire la différence.
Il s’agit d’élargir l’assiette fiscale en luttant contre l’évasion et le secteur parallèle, indexer les salaires sur l’inflation, contrôler la masse monétaire pour limiter l’impact sur l’inflation.
Il s’agit également de soutenir les secteurs à forte productivité (énergies renouvelables, NTIC, biotechnologies) et les branches intégrées aux chaînes d’approvisionnement mondiales, tout en augmentant la valeur ajoutée locale.
Il s’agit enfin de rationaliser les circuits de distribution, digitaliser les transactions et les factures, renforcer la transparence, développer les marchés organisés et réduire les coûts logistiques.
L’Institut insiste sur le fait que le pouvoir d’achat ne se restaurera durablement que si ces mesures sont combinées : croissance économique, réforme fiscale et salariale, modernisation industrielle et amélioration de l’efficacité des marchés.

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