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« On me prend pour un fou » : qui est Jack Schlossberg, l’héritier iconoclaste des Kennedy ?

« On me prend pour un fou » : qui est Jack Schlossberg, l’héritier iconoclaste des Kennedy ?


Ni son nom, ni son port altier, pas même son visage de jeune premier ne vendent la mèche. Pourtant, Jack Schlossberg n’est, et ne sera jamais, un politique comme un autre. Comment l’être, quand son grand-père est ni plus ni moins que l’ancien président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy ? Alors qu’il prépare sa candidature au Congrès en 2026, le jeune homme de 32 ans compose avec cet imposant héritage, dont il tente de s’extraire avec force et fracas.

Après avoir officialisé sa candidature par un simple courriel, le 11 novembre, il a ensuite estimé que « le Parti démocrate a besoin de plus de voix pour lutter contre les abus de pouvoir de Donald Trump et de ses alliés, et que seule une majorité démocrate à la Chambre des représentants de Washington [à l’issue des élections de mi-mandat de 2026] permettrait de rétablir les normes démocratiques ».

Né et élevé à New York, formé dans les plus prestigieuses universités (Yale, Harvard), il est le fils de l’ancienne ambassadrice des États-Unis au Japon puis en Australie, Caroline Kennedy, la fille de JFK. « Le président Kennedy est une source d’inspiration pour moi. Mon oncle Teddy s’est battu pour la santé, l’immigration et les droits des travailleurs, des enjeux qui restent d’actualité », a-t-il déclaré au New York Times.

RFK, « un putain de con »

Contrairement à la sobriété adoptée par ses ancêtres, Jack Schlossberg s’est forgé une réputation de personnalité plus pugnace, crue et excentrique. Sur les réseaux sociaux – où il cumule plus de 1,5 million d’abonnés –, il n’a pas hésité à s’adonner au trolling ou à l’attaque directe, y compris contre des membres de sa famille.

Son cousin, Robert Francis Kennedy Jr., neveu de JFK, a subi ses foudres sur les réseaux sociaux, lors de la campagne présidentielle de 2024 : « Beaucoup de gens parlent de Robert F. Kennedy Jr. Je suis fan de son père [Robert Francis Kennedy, NDLR] et de son oncle, qu’ils reposent en paix. Mais écoutez-moi, ce type est un connard. C’est un putain de con, il vous ment… »

Sur Instagram, il s’exprime sur de très nombreux sujets, comme le découpage électoral, l’aide alimentaire, l’inflation ou les tests nucléaires, avec une opposition affirmée à Donald Trump. Selon Caroline Kennedy, il a identifié les réseaux sociaux comme un point faible de la stratégie des démocrates. Le longiligne candidat (1,88 m) a compris que « nous devons élire précisément des personnes qui comprennent les enjeux politiques et savent comment percer dans les nouveaux médias ».

Des attaques ciblées

Son style ne fait pourtant pas toujours l’unanimité. Certaines de ses publications ont été qualifiées par certains de ses abonnés de « misogynes », « maniaques », « dérangées » et « bizarres ». Il a notamment harcelé ses autres cousins pour ne pas avoir attaqué plus tôt RFK Jr., ou avec suffisamment de véhémence.

L’épouse du ministre de la Santé, Cheryl Hines, n’a pas échappé à son courroux, après le décès, en mars 2025, d’un enfant non vacciné au Texas, victime malheureuse d’une épidémie de rougeole. « On ne s’est jamais rencontrés, mais j’ai une faveur à te demander. Pourrais-tu appeler la famille de l’enfant décédé de la rougeole et leur présenter tes excuses ? Tu peux faire ça pour moi, ma belle ? » a appelé le candidat démocrate.

À LIRE AUSSI Ces Kennedy qui ne font plus (du tout) rêver HollywoodEn février dernier, il s’en est pris à Alan Dershowitz – l’avocat de son oncle Ted Kennedy dans l’affaire de Chappaquiddick – en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein, en insinuant qu’il avait tué sa première épouse. Peu après l’incident, Jack Schlossberg a quitté les réseaux sociaux, déclarant : « Je présente mes excuses à tous. J’ai eu tort. Je supprime tous mes comptes. Définitivement. »

Une stratégie volontaire

Mais une semaine environ après avoir supprimé plusieurs de ses vidéos, il était de retour. Il a affirmé qu’il avait « simulé sa disparition des réseaux sociaux ». Il n’a également pas hésité à demander à ses abonnés qui était la plus sexy entre Usha Vance, l’épouse du vice-président J.D. Vance, et sa grand-mère, Jackie Kennedy. Il n’hésite pas à s’attaquer à des personnalités comme Anna Wintour ou le producteur Ryan Murphy, dont il a moqué l’apparence sur Instagram (« On dirait un pouce »).

Une stratégie de la polémique permanente qui semble volontaire, comme il l’expliquait sur MSNBC : « Internet est une machine à détruire les nuances – il n’y a jamais de place pour nuancer quoi que ce soit. Il faut être très controversé pour percer. » Quitte à adopter une approche presque trumpienne, en dénigrant l’apparence de ses cibles ? « Depuis que j’ai commencé à faire des vidéos, on me prend pour un fou, mais il y a toujours une stratégie et une méthode derrière tout ça », a-t-il déclaré.

Ses actions se tournent désormais vers un seul but : l’élection au Congrès, en 2026. Il entend incarner la révolte anti-Trump, qu’il présente comme « un homme dangereux » qui « prive les citoyens de leurs droits civiques », « réduit ses critiques au silence » et pratique le « copinage » en matière économique. Il évoque, même si c’est cela est impossible, le risque d’un « troisième mandat » pour le président américain.

Un adepte de Shakespeare

Il estime que les États-Unis traversent « une crise à tous les niveaux » : « coût de la vie », « réductions historiques des programmes sociaux », « crise de corruption » et « crise constitutionnelle ». Soutien de Zohran Mamdani, le futur maire de New York, il estime que son élection est de bon augure pour sa propre campagne.

Le poste visé par Jack Schlossberg est actuellement occupé par le démocrate Jerry Nadler. Ce dernier va prendre sa retraite après plus de trois décennies à la Chambre des représentants. Plusieurs autres candidats démocrates se sont déclarés pour lui succéder, ouvrant la voie à une primaire. Au New York Times, il a admis adorer « Henri IV, Ire partie », de William Shakespeare, depuis le lycée.

Son passage préféré ? « Je m’emploierai tellement à offenser que j’en ferai un art ; rachetant le temps quand on s’y attend le moins. » Le prince Hal, d’abord dépeint comme un jeune homme irresponsable et insouciant, devient par la suite Henri V, un roi sage, compétent et responsable. Jack Schlossberg rêve-t-il à un aussi glorieux destin ?