Des mesures dites « historiques ». Le Royaume-Uni, dont le gouvernement du travailliste Keir Starmer est sous la pression de l’extrême droite, va durcir fortement les conditions de séjour pour les demandeurs d’asile, selon un projet qui devrait être plus détaillé lundi 17 novembre par le Home Office (ministère de l’Intérieur). Le modèle s’inspirerait des sociaux-démocrates danois, dont la politique migratoire est l’une des plus strictes d’Europe et critiquée par les groupes de défense de droits humains.
La réforme dévoilée samedi soir dans un communiqué s’ajoute à d’autres mesures visant à limiter les traversées de la Manche par des immigrés clandestins. Le Premier ministre Keir Starmer espère endiguer la popularité du parti de droite radicale Reform UK de Nigel Farage, donné large vainqueur par les sondages en cas d’élections législatives, dans un contexte plus général de poussée de l’extrême droite au Royaume-Uni.
Des mesures plus strictes pour les réfugiés
Le projet prévoit que les demandeurs d’asile ne bénéficieront plus automatiquement d’une aide au logement et d’allocations sociales hebdomadaires. Elles seront supprimées pour les réfugiés qui choisissent de ne pas travailler alors qu’ils sont en mesure de le faire ou pour ceux qui enfreignent la loi, a précisé le ministère. « Ce pays a une fière tradition d’accueil des personnes fuyant le danger, mais notre générosité attire les migrants illégaux à travers la Manche », a affirmé dans le communiqué la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood.
À LIRE AUSSI Cerné par les crises, le Royaume-Uni de retour aux années 1970Elle a déjà précisé que l’autorisation de séjour des réfugiés serait réexaminée tous les deux ans et demi au lieu de cinq et que le statut de résident permanent ne serait accordé qu’au bout de vingt ans, en lieu et place du délai de cinq ans actuellement en vigueur. Des précisions sont donc attendues lundi, notamment en ce qui concerne l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme sur le droit au respect de la vie privée et familiale, dont Londres conteste l’interprétation.
Des inspirations européennes
Selon le ministère de l’Intérieur, la Grande-Bretagne s’inspirera non seulement du Danemark mais aussi d’autres pays européens où le statut de réfugié est temporaire et l’aide seulement conditionnelle. Une délégation du Home Office s’est rendue récemment en terre danoise, où les réfugiés n’obtiennent qu’un permis de séjour temporaire, d’une durée de deux ans généralement, qu’ils doivent renouveler à chaque expiration.
À LIRE AUSSI La chute de Tim Davie illustre les travers « woke » de la BBCLes demandeurs d’asile peuvent également être renvoyés vers leurs pays quand ces derniers sont jugés sûrs, le chemin vers l’obtention de la nationalité danoise est semé d’obstacles et le regroupement familial soumis à des conditions strictes. Cette politique, appliquée depuis plus de dix ans, aurait permis au Danemark de ramener le nombre de demandes d’asile à leur plus bas niveau depuis quarante ans.
Une centaine d’associations caritatives britanniques ont adressé une lettre ouverte à Shabana Mahmood dans laquelle elles l’exhortent à cesser de faire des migrants des « boucs émissaires » et à renoncer à une « politique d’affichage qui ne fait que nuire », affirmant qu’elle ne fait qu’encourager le racisme et la violence.

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