Il est environ minuit, dans la nuit du 21 au 22 novembre, quand Jair Bolsonaro prend un fer à souder et entreprend de démonter son bracelet électronique. Volonté de fuite ou délire paranoïaque comme il le prétend ? L’ancien président du Brésil, condamné en septembre à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État, assure dans un premier temps qu’il a agi « par curiosité », voulant simplement « voir comment » le bracelet « était fait à l’intérieur ». D’une banalité déconcertante, cette explication contraste avec la gravité de son geste et les conséquences qui ont suivi : son incarcération immédiate, précipitée par les initiatives désastreuses de son propre fils.
En convoquant une veillée devant la maison paternelle pour la soirée du 22 novembre, le sénateur Flávio Bolsonaro a en effet fourni au juge du Tribunal suprême fédéral brésilien Alexandre de Moraes le prétexte parfait pour ordonner une détention préventive. Flávio affirmait convoquer ses partisans « pour la liberté ». Or, cette initiative a privé son père de la sienne. « La convocation a transformé la détention à domicile à une détention en prison », écrit l’éditorialiste brésilien Leonardo Sakamoto.
Stratégie de défense ou effondrement psychologique ?
Lors de son audience de garde à vue, Bolsonaro, plutôt que d’évoquer sa « curiosité », a préféré parler de « paranoïa » et d’« hallucinations ». L’homme qui dirigeait le Brésil il y a trois ans affirme désormais souffrir de troubles psychologiques qui l’auraient poussé à commettre cet acte. Cette révélation tardive soulève une question : s’agit-il d’une stratégie de défense ou d’un véritable effondrement psychologique ? Et dans quelle mesure l’entourage familial, censé le protéger, contribue-t-il à sa chute ?
Les détails médicaux apportés par Bolsonaro renforcent l’ambiguïté de son état. Il a déclaré prendre de la prégabaline, un médicament utilisé pour traiter l’anxiété et les douleurs neuropathiques, ainsi que de la sertraline, un antidépresseur souvent prescrit pour les troubles anxieux et dépressifs. Ces traitements suggèrent une fragilité mentale préexistante, mais leur mention intervient opportunément au moment où Bolsonaro doit justifier son comportement devant la justice. L’ancien président a également produit trois certificats médicaux datés du 15 novembre, soit quatre jours avant l’incident. Entre l’explication techniqu, celle presque enfantine de la « curiosité » et l’évocation de la paranoïa, il y a soit une improvisation maladroite dans sa défense, soit une réelle confusion mentale.
Le scénario de la fuite
« Bien que la convocation de manifestants soit déguisée en « veillée » pour la santé de l’accusé Jair Messias Bolsonaro, cette conduite indique la répétition du modus operandi de l’organisation criminelle dirigée par ledit accusé, dans le sens de l’utilisation de manifestations populaires criminelles dans le but d’obtenir des avantages personnels », estime le juge Alexandre de Moraes. Selon lui, « la confusion causée par la manifestation convoquée par son fils » aurait pu aider à « garantir le succès de sa fuite ».
À LIRE AUSSI Lula-Bolsonaro : guerre sainte à RioLa maison de Jair Bolsonaro se trouve en effet à quinze minutes du quartier des ambassades de Brasília, notamment des États-Unis, et de l’Argentine, deux pays amis. Or, les antécédents de l’ex-président le desservent. En février 2024, cerné par les affaires judiciaires, il est resté deux jours reclus à l’ambassade de Hongrie à Brasilia. Un brouillon de demande d’asile en Argentine a été découvert dans son téléphone. Plus récemment, un de ses proches, le député fédéral Alexandre Ramagem, a fui en Floride.
« Et, encore une fois, Bolsonaro souffre de plans farfelus créés ou exécutés par ses fils », note avec ironie Leonardo Sakamoto. Après Eduardo, qui a aggravé la situation paternelle en s’installant aux États-Unis pour inciter Donald Trump à sanctionner le Brésil, c’est au tour de Flávio de précipiter l’incarcération.
Loin de protéger leur père, les fils Bolsonaro, apparaissent comme les pyromanes de sa déchéance. Car ce n’était pas encore le moment pour l’ancien dirigeant d’être emprisonné pour l’exécution de sa peine, le délai de recours pour sa défense étant encore en cours. L’arrestation n’était attendue que pour la semaine suivante. Flávio Bolsonaro a donc gâché cette opportunité. Aujourd’hui, Jair Bolsonaro est incarcéré dans une cellule individuelle équipée d’un climatiseur, d’une télévision et d’un mini-frigidaire. Il a tout le temps pour méditer son geste, celui d’un ex-président bricolant un bracelet électronique au milieu de la nuit avec un fer à souder.

Partager :