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[LP1] : Quand la « Liste Noire » révèle la faillite du dialogue

[LP1] : Quand la « Liste Noire » révèle la faillite du dialogue - Tunisie-Foot

La rencontre du 24 novembre dernier, censée être un sommet de réconciliation entre la Fédération Tunisienne de Football, le Ministère de la Jeunesse et des Sports, et les clubs de la Ligue 1, a paradoxalement accouché d’un acte de défiance d’une gravité sans précédent. Le point culminant de cette confrontation fut la présentation formelle, ou du moins la consolidation, d’une liste d’arbitres récusés, transformant l’exercice de dialogue en une tentative de chantage institutionnel.

La réunion avait pour but d’établir une feuille de route pour l’amélioration technique de l’arbitrage. Cependant, les clubs, manifestant un ras-le-bol cumulé sur plusieurs journées de championnat, ont choisi la voie de l’affrontement direct. Leurs griefs se sont cristallisés autour d’un document qui s’assimile à un mandat d’arrêt de fonction contre certains officiels.

Cette liste de proscription met en lumière la défiance généralisée envers la Direction Nationale de l’Arbitrage. Les arbitres sont ciblés de manière répétée et croisée par les différentes institutions sportives :

  • Le Club Africain (CA) a expressément demandé l’écartement de Mehrez Melki, Amir Ayadi, Khaled Gouider, Houssem Boularas et Achraf Harakati.
  • L’Espérance Sportive de Tunis (EST) a visé Aymen Nasri.
  • L’Étoile Sportive du Sahel (ESS) a récusé Sadok Salmi, Houssem Boularas et Amir Lousif.
  • Le Club Sportif Sfaxien (CSS) a inclus Naim Hosni, Sadok Salmi, Oussama Ben Ishak et Houssem Boularas sur sa liste.
  • L’Union Sportive Monastirienne (USMo) a clairement refusé Houssem Boularas et Sofiène Ouertani.
  • Le Club Athlétique Bizertin (CAB) a désigné Achraf Harakati et Mahmoud Qasiaa.
  • L’Union Sportive de Ben Guerdane (USBG) a contesté Houssem Boularas et Aymen Nasri.
  • La Jeunesse Sportive Kairouanaise (JSK) a ciblé Oussama Ben Ishak et Amir Ayadi.
  • Le Stade Tunisien (ST) a réclamé le retrait de Houssem Boularas, Sadok Salmi et Mehrez Melki.
  • L’Olympique de Béja (OB) a rejeté Houssem Boularas, Mehrez Melki, Khalil Jarii et Nidhal Ben Latif.

L’omniprésence de noms comme Houssem Boularas et Mehrez Melki sur ces listes témoigne d’une crise de crédibilité aiguë, mais pose surtout une question fondamentale : quelle autorité reste-t-il à la DNA pour désigner les officiels du championnat ?

De notre point de vue, à Tunisie-Foot, cette liste n’est pas le signal d’un nouveau départ, mais l’aboutissement toxique de la culture de la plainte que nous dénonçons. L’acte de récusation, sous la menace de la contestation future, est un mécanisme de déni de responsabilité.

L’ironie de la situation atteint son paroxysme avec l’information récente : l’arbitre Mehrez Melki, récusé par plusieurs clubs tunisiens pour manque de compétence, a été retenu par la Confédération Africaine de Football pour officier en tant qu’arbitre principal lors de la prestigieuse Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc.

Cette nomination est un désaveu cinglant de l’argumentaire des clubs. Elle met en lumière :

  • Une Double Lecture de la Compétence : Comment un officiel jugé incapable d’arbitrer un match de LP1 tunisienne peut-il être jugé apte à diriger les meilleures nations du continent ? Soit la CAF se trompe lourdement, soit l’évaluation technique des clubs tunisiens est biaisée par l’émotion et les intérêts partisans.
  • La Fuite en Avant : La récusation devient un outil d’intimidation plutôt qu’un instrument de justice. Elle permet aux clubs de dissimuler les failles structurelles et les échecs sportifs internes derrière la figure du bouc émissaire arbitral.

En ciblant nommément les arbitres, les clubs offrent à leurs supporters et à leurs dirigeants un récit commode : les contre-performances ne sont pas dues à un manque de qualité de l’effectif ou à une gestion déficiente, mais à une conspiration externe.

La véritable solution à la crise de l’arbitrage ne réside pas dans l’exclusion des arbitres, mais dans la professionnalisation et la transparence de leur gestion. La FTF, sous l’égide du Ministère, doit répondre au problème de fond en se basant sur des faits techniques, et non sur le verdict des clubs.

  • Réaffirmer l’Autorité et Protéger : La FTF doit refuser catégoriquement la liste des clubs et publier un communiqué de soutien à ses arbitres, notamment retenus par les instances internationales. Le droit de désignation doit rester l’apanage de la DNA, garantissant l’indépendance du processus.
  • Transparence des Sanctions Techniques : Si des erreurs sont commises, la DNA doit publier ses analyses et sanctionner l’arbitre en le mettant au repos, mais toujours sur des critères objectifs et techniques, et jamais sous la dictée des clubs.
  • Investissement Massif : La priorité doit être donnée à la professionnalisation : revalorisation salariale, protection juridique et formation continue des arbitres. Un arbitre serein et soutenu est un arbitre plus juste.

L’exigence de l’équité ne doit pas se transformer en droit de censure. Le football tunisien n’a pas besoin de listes de proscription, il a besoin d’une gouvernance courageuse qui remplace la culture de la plainte par une culture de l’excellence et de la responsabilité partagée.