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Qui est Lucas Philippe, le Français nommé à la tête d’Interpol ?

Qui est Lucas Philippe, le Français nommé à la tête d’Interpol ?


Volubile, il a le verbe d’un businessman, le débit rapide, une énergie débordante et la tête dans la campagne, quand nous le rencontrons il y a une semaine à Paris. Le contrôleur général Lucas Philippe, policier français élu aujourd’hui président d’Interpol pour quatre ans, était le candidat européen, en lice face à une Namibienne, un Éthiopien et un Turc.

Âgé de 53 ans, il était déjà dans la « maison », officiant en tant que délégué pour l’Europe au comité exécutif d’Interpol depuis novembre 2024. Son programme ? « Opérationnaliser, rendre les outils d’innovation accessibles, placer l’humain au centre, partager le savoir et ne laisser aucun pays au bord de la route, a déclaré le policier. Nous avons créé une association de bienfaiteurs. » Et d’ajouter : « On est bons dans l’exceptionnel, vous appuyez sur une touche et vous êtes capable de serrer 1 700 mecs en même temps, saisir 100 millions. Mais il faut réenchanter le quotidien, les affaires plus courantes. »

« Au milieu de l’organisation »

Au sein de la police, le fonctionnaire a commencé en investigation, notamment en rejoignant la section antiterroriste de la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne, avant d’enchaîner à la BRB (brigade de répression du banditisme) de Marseille puis de coordonner les groupes d’intervention régionaux et de rallier l’Office anti-stupéfiants (Ofast).

Après avoir endossé les fonctions d’attaché de sécurité intérieure en Libye, il sort du cadre de 2017 à 2020 pour devenir entrepreneur en lançant deux start-ups à Singapour dans les secteurs de la technologie et de la sécurité. De retour dans le giron policier en 2020, il reste sur les mêmes thématiques au sein du Département de la coopération internationale opérationnelle et devient conseiller sur ce sujet auprès du directeur général de la police nationale.

Quand il parle d’Interpol, Lucas Philippe est inarrêtable, des projets plein la tête et déroule ses ambitions pour cette institution qui a vu le jour en 1923 : « À Interpol, il faut remettre le curseur sur l’opérationnel, faire comprendre à chaque État membre qu’il a une valeur complémentaire, pas concurrente. La valeur, c’est l’échange de data, de données, relier les policiers du monde entier en un clic. Je ne serai pas un président au-dessus mais au milieu de l’organisation. »

Réhabiliter l’image écornée d’Interpol

Pour gagner à sa cause les pays membres, le contrôleur général a parcouru la planète, échangé lors de 185 bilatérales pour détailler son projet : « Nous avons vraiment la croyance que nous pouvons améliorer le monde. C’est d’ailleurs un peu le logo d’Interpol, rendre le monde plus sûr. Nous pensons que la sécurité nourrit la paix. Je ne cesse de répéter que l’international nourrit le national. Ça renforce la robustesse des frontières, ça accélère les enquêtes, ça connecte tous les policiers, au début sur de l’initiative, pour les investigations, pour extrader à la fin. Nous allons affirmer le rôle d’Interpol comme véritable hub mondial d’anticipation des menaces. […] Anticiper, c’est donner aux policiers les moyens d’avoir un temps d’avance. Interpol a les capacités, l’expertise et les outils pour devenir ce hub mondial de renseignement criminel. […] La sécurité intérieure dépend directement de l’efficacité de la coopération internationale. »

Comment réhabiliter l’image écornée de l’institution, au cœur de polémiques depuis quelques années ? Le général Ahmed Nasser al-Raisi, président émirati d’Interpol qui vient de quitter son poste à la suite de l’élection du jour, était visé par une information judiciaire ouverte par la justice française en 2022 pour complicité de torture.

En 2018, un autre ex-chef d’Interpol, Meng Hongwei (2016-2018) qui s’était quant à lui volatilisé du siège d’Interpol à Lyon avant que la Chine n’annonce sa localisation sur son territoire et le condamne à 13 ans et 6 mois de prison pour corruption. Face au risque réputationnel, Lucas Philippe ne se dérobe pas : « S’il y a une malédiction à Interpol, elle ne m’a pas fait peur. Il va falloir réincarner l’institution, ça passera par de la pédagogie et j’ai toute confiance dans l’institution, qui ne doit pas être tenue responsable d’agissements individuels. »