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À Iznik, le pape Léon XIV face à l’effacement du christianisme en Turquie

À Iznik, le pape Léon XIV face à l’effacement du christianisme en Turquie


L‘Asie mineure, berceau du christianisme, accueille le pape Léon XIV, pour célébrer le 1 700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée (en l’an 325). Pourtant, cette ville, désormais baptisée Iznik et située en Turquie, sur la rive orientale de la mer de Marmara, est aujourd’hui plus connue pour ses céramiques à motifs que pour ses débats théologiques. À l’image d’une présence chrétienne qui s’est peu à peu dissoute dans la Turquie moderne et républicaine.

D’ailleurs, même le lieu où s’est tenu le 7e concile de Nicée en 787, a été effacé. L’église Sainte-Sophie d’Iznik, qui avait été transformée en musée en 1935 par l’ancien président turc Mustafa Kemal, comme sa « grande sœur », la basilique d’Istanbul, a été reconvertie en mosquée en 2011 par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Celle d’Istanbul suivra en 2020, ainsi que de nombreux autres édifices byzantins.

20 % de la population ottomane avant la Première Guerre mondiale

Contrairement à Benoît XVI, venu en 2006, Léon XIV ne visitera pas Sainte-Sophie, mais il se rendra juste en face, à la mosquée du sultan Ahmet, surnommée la mosquée bleue pour ses faïences bleues d’Iznik. Le chef d’État du Vatican a d’abord été reçu à Ankara ce jeudi, déposant une gerbe de fleurs au mausolée de Mustafa Kemal « Atatürk », le père de la laïcité turque, puis rendant visite au président Erdogan. Le chef de l’Église ira ensuite à la rencontre des communautés chrétiennes du pays. Ou de ce qu’il en reste.

La présence chrétienne en Anatolie s’est réduite comme peau de chagrin. De près de 20 % de la population ottomane à l’aube de la Première Guerre mondiale, elle est passée à moins de 0,5 % de la population actuelle. Sur le plan démographique, les estimations les plus optimistes recensent environ 100 000 chrétiens en Turquie, en comptant les immigrés récents.

Les Arméniens, qui étaient au nombre de 1,5 à 2 millions avant le génocide de 1915, sont à peine 50 000 aujourd’hui, autour du patriarcat arménien de Constantinople. Les Syriaques et les Assyriens, descendants des premières Églises orientales enracinées en Mésopotamie, ne sont plus que 20 000 à 25 000. Les monastères historiques de la région du « Tour Abdin » , « la montagne des serviteurs de Dieu », sont l’objet d’un harcèlement incessant de la part de l’État turc. Celui de Mor Gabriel, près de Mardin, dans le sud-est du pays, est victime d’expropriations dénoncées par la Cour européenne des droits de l’homme dans un arrêt de 2023.

La communauté grecque orthodoxe réduite à peau de chagrin

Mais la diminution la plus spectaculaire est celle qui frappe la communauté grecque orthodoxe. De près d’un million et demi au début du XXe siècle, sa population est tombée à à peine 2 000 âmes, au gré des crises politiques, des pogroms et des confiscations de fondations religieuses qui ont émaillé le siècle dernier. Le premier acte de cet exode fut le transfert forcé de populations en 1923, qui a poussé 1,2 million de Grecs d’Anatolie – les « Roums » – vers la Grèce. Ce fut ensuite les tensions ethniques de septembre 1955, à Istanbul, puis les soubresauts de la crise à Chypre, en 1964 puis en 1974.

La survie des communautés religieuses dépend en grande partie de celle de leurs Églises. Mais la Turquie laïque ne reconnaît pas « le patriarcat œcuménique orthodoxe de Constantinople, nouvelle Rome ». Pour Ankara, le chef du monde orthodoxe n’est que le dirigeant de l’Église locale. Bartholomée Ier, qui occupe cette fonction depuis 1991, est aujourd’hui âgé de 85 ans. Et la succession est un enjeu majeur. Pour occuper des postes hiérarchiques au sein du clergé, grec comme arménien, la Turquie exige que les prétendants aient la nationalité turque.

Le grand séminaire orthodoxe adossé au patriarcat, fondé en 1844 sur l’île de Halki, reste désespérément fermé depuis 1971, à la suite d’un coup d’État militaire. La question de la réouverture de l’école théologique est un serpent de mer depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan. Le président américain Donald Trump a demandé à ce dernier de le rouvrir, au cours d’une entrevue à la Maison-Blanche. Erdogan a promis d’y « prendre sa part ».