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Frappes américaines dans les Caraïbes : le Pentagone ne sait pas précisément qui il tue, selon des sources

Frappes américaines dans les Caraïbes : le Pentagone ne sait pas précisément qui il tue, selon des sources


Depuis le mois de septembre, l’armée américaine a tué au moins 80 personnes dans les Caraïbes et le Pacifique est, lors de frappes visant des bateaux soupçonnés de transporter de la drogue. Cette campagne militaire radicale, menée sans l’approbation du Congrès, inquiète à plusieurs égards. Les experts juridiques, déjà, remettent en question la légalité de ces opérations meurtrières dans les eaux internationales, contre des membres présumés de cartels, sans aucune preuve, ni tentative d’arrestation au préalable.

Au cours de leurs années de lutte contre des groupes terroristes et insurgés, l’armée américaine et les services de renseignement ont appris que pour démanteler un réseau, il fallait d’abord en comprendre le fonctionnement, explique le New York Times (NYT). L’idée étant de remonter progressivement l’échelle hiérarchique d’une organisation pour en identifier le système de financement et neutraliser ses dirigeants. Un travail d’enquête qui commence par l’interrogatoire des criminels de bas niveau. C’est-à-dire, dans le cas présent, de ceux tués par l’armée américaine – si tenté qu’ils eurent été vraiment coupables.

« Traditionnellement, nos efforts de lutte contre le trafic de drogue ont toujours visé la tête du serpent », explique au NYT Jim Himes, représentant du Connecticut et principal démocrate de la commission du renseignement de la Chambre des représentants. « Là, c’est évidemment le contraire. Aujourd’hui, nous nous attaquons à la queue du serpent. Nous poursuivons des anciens pêcheurs pauvres qui ont accepté 300 dollars pour transporter une cargaison de cocaïne à Trinidad. »

Le risque de représailles

En outre, l’armée américaine détruit les preuves qui lui permettraient de démanteler ces cartels. Pas très efficace. Car si elle voulait vraiment arrêter l’acheminement de drogue vers les États-Unis, la procédure voudrait qu’elle commence par intercepter ces navires pour confirmer ses soupçons, arrêter ses passagers et les interroger.

Mais selon des sources proches des briefings classifiés de l’armée, citées par le journal new-yorkais, « le Pentagone ne sait pas précisément qui il tue » lors de ses opérations. En somme, il vise soit des personnes payées quelques centaines de dollars pour transporter de la drogue d’un point A à un point B, soit des pécheurs, des migrants ou des navigateurs, qui n’ont rien à voir avec le trafic de drogue… Who knows ?

Cette campagne militaire, que désapprouvent de nombreux dirigeants sud-américains, est d’autant plus inquiétante qu’elle pourrait, selon Jim Himes, déclencher des représailles. La CIA et l’armée américaine savent en effet que des membres de la famille d’une personne tuée peuvent se radicaliser et se retourner contre le pays à l’origine du décès. « Ce sont des types qui ont pris la mauvaise décision d’accepter 500 dollars pour conduire un bateau rapide jusqu’à Trinidad. Ce sont des escrocs de rue. Mais si les États-Unis envoient le message que la vie n’a pas d’importance, cela nous reviendra, cela nous reviendra absolument. »