Programme chargé pour le pape Léon XIV, qui a atterri, ce dimanche 30 novembre, au Liban, et y restera jusqu’au mardi 2 décembre. Dès son arrivée, il sera reçu au palais présidentiel. Le lendemain, il visitera le sanctuaire où est enterré Charbel Makhlouf, le saint patron du Liban, puis est prévue une rencontre avec les différents chefs religieux, puis les jeunes.
Mardi, deux temps forts attendront le souverain pontife : une visite à l’hôpital psychiatrique des sœurs de la Croix, puis la grande messe sur le port de Beyrouth. Léon XIV met ses pas dans ceux de ses prédécesseurs depuis Paul VI – premier pape à venir en visite en 1964, même s’il n’y fit qu’une escale – , à l’exception de François qui avait dû annuler sa visite programmée à cause de ses problèmes au genou. En toile de fond du séjour du pape Léon, un triste anniversaire, celui de la guerre civile, qui avait débuté avec l’attaque, dans un faubourg de Beyrouth, d’un bus palestinien le 13 avril 1975, par des phalanges chrétiennes.
À LIRE AUSSI Léon XIV, pèlerin de la paix en Turquie et au LibanNé à Beyrouth en 1962, d’origine arménienne, vicaire apostolique de l’Église latine, Mgr Cesar Yessayan fait partie de la commission de préparation pour ce séjour pontifical. Au Point, il confie les espoirs de son peuple.
Le Point : Qu’attendez-vous du pape Léon XIV ?
Mgr Cesar Yessayan : C’est une question que l’on pose à tous les Libanais, et chacun bien entendu a sa réponse. Certains sont dans le fantasme de la paix ou de l’espérance ; d’autres sont plus réalistes. Pour ma part, j’espère que Léon XIV prononcera des paroles fortes pour que l’on puisse se réorienter dans notre Église, mais aussi dans notre pays sur des valeurs humaines. Après cinquante ans de guerre civile, nous avons besoin de trouver de l’énergie pour enfin reconstruire le tissu social et le vécu économique et social du pays.
Cinquante ans d’oppression continue, cinquante ans de difficultés […] Où nous mène-t-on ?
En tant que responsable chrétien dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Nous vivons tous tant bien que mal dans une incertitude complète et une tension alimentée par les différents acteurs sur le terrain, qu’ils soient israéliens, du Hezbollah ou des différents partis politiques chrétiens. Une tension que n’apaisent pas les autorités politiques. L’agressivité dont usent ces partis appelant à une confrontation plus que verbale, on n’en veut plus ! Le peuple ne peut plus supporter ce climat de guerre extérieure ou intérieure avec qui que ce soit. Cinquante ans d’oppression continue, cinquante ans de difficultés… Ce n’est plus possible. Il faut trouver une issue. Sortir de l’incertitude, de l’impasse. Mais on ne voit pas de quelle manière dans les intentions ni des uns ni des autres. Où nous mène-t-on ? C’est cela qui blesse. Cette visite du pape est une bouffée d’air pour toute la population, et c’est important. Mais on ne sait pas ce qu’elle donnera. Tout le monde attend quelque chose. Cela ne dépend pas du pape lui-même.
De qui alors ?
De nous-mêmes ! Qu’allons-nous tous pouvoir faire avec ce qu’il va nous dire ? Les autres papes ont tracé des chemins mais nous n’avons pas su les exploiter. Il y a eu Jean-Paul II en 1997 avec son exhortation « Une espérance nouvelle pour le Liban ». Cela n’a pas donné grand-chose : nous n’avons pas su comprendre, ni utiliser ce message en tant que chrétien. En 2012, le pape Benoît XVI a tenu à signer au Liban son exhortation pour l’Orient, mais là aussi nous n’avons pas su l’utiliser.
À LIRE AUSSI Elise Ann Allen : « Léon XIV ne joue pas un rôle » Le pape François a signé en 2019 avec le grand imam Al-Tayyeb de l’université Al-Azhar, l’autorité sunnite, la déclaration d’Abu Dhabi pour « la fraternité humaine ». En 2020, il a publié son encyclique Fratelli tutti. En 2021, il a réuni tous les responsables des Églises chrétiennes au Vatican. Le Liban était au centre de tous ces textes et déclarations. Qu’en avons-nous fait ?
Quelles sont les causes de cette impasse ? La politique ?
Évidemment. La cause en revient d’abord à ces différents partis qui ont contribué à usurper le pouvoir. Mais pas seulement. Combien d’acteurs internationaux ont cherché à exploiter le Liban pour leurs propres intérêts ?
Quels messages le pape peut-il adresser au monde depuis cette terre imprégnée de spiritualités qu’est la vôtre ?
Nous pouvons envoyer le message de ce que nous sommes réellement. À savoir un pays de convivialité, de partage. Nous avons appris à vivre ensemble, nous, tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes, protestants, arméniens, mais aussi musulmans, dans toutes leurs composantes. Toutes les communautés religieuses ont trouvé un équilibre ici. Il y a dix-huit confessions qui sont reconnues par l’État libanais, nous vivons ensemble dans la liberté. Nous formons une mosaïque unique dans tout le Moyen-Orient.
« Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message ».Jean-Paul II
C’est la liberté que nous cultivons. Le passage de religion à l’autre est reconnu par l’État pour toute personne de plus de 18 ans, c’est unique. Léon XIV a annoncé venir pour parler ici de la paix, et pas seulement au Moyen-Orient. Pour nous, ce choix en soi est déjà formidable. Il est dans la droite ligne des paroles de Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique du 9 septembre 1989 : « Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message. »

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