Le Premier ministre belge, épuisé mais triomphant, a terminé sa conférence de presse, ce vendredi, par une mise au point glaciale avec le média qui l’avait qualifié « d’atout le plus précieux de la Russie ».
Il est 4 heures du matin ce vendredi 19 décembre, à Bruxelles. La conférence de presse de Bart De Wever s’éternise. Le Premier ministre belge a passé une heure à expliquer, avec une patience de professeur, pourquoi le prêt de réparation basé sur les avoirs russes gelés était « le Titanic », pourquoi la clause de « responsabilité illimitée » n’avait pas de plafond, pourquoi l’oligarque russe Mikhaïl Friedman réclame 16 milliards pour 8 milliards d’actifs gelés au Luxembourg. Technique, précis, implacable.
Les journalistes sont au bout du rouleau. Bart De Wever a été patient. Une dernière main se lève. Le Premier ministre prévient : « C’est vraiment la dernière question. » La dernière est pour… Politico, le puissant média de la « bulle bruxelloise », celui que tous les diplomates lisent avec un mélange de crainte et de gourmandise.
La vengeance glacée
« Ah, Politico !, lance le Belge dans un demi-sourire ironique. Vous avez publié de très beaux articles avec de très beaux titres, affirmant que j’étais l’actif le plus précieux de la Russie. J’aime beaucoup celui-là. Je m’en souviendrai. »
Le ton est à la fois posé et menaçant. De Wever ne hausse pas la voix. Il n’en a pas besoin. « Mais allez-y, posez quand même votre question, parce que, comme je l’ai dit, un vrai politicien dépasse ses émotions, même si ces émotions sont de la pure colère, de la vengeance et peut-être même de la violence. Mais allez-y. »
Le journaliste pose sa question sur la prétendue « division » au Conseil européen. Bart De Wever écoute, sans ciller. Toutefois, ses sourcils se lèvent. « Mais à la fin de la journée, nous avons l’unanimité, répond-il. La décision a été prise à l’unanimité, avec trois exemptions. Et mêmes ceux-là ont soutenu la décision. Alors, où est la division ? […] Quel est votre problème ? Quel sera votre titre ? » Le journaliste est inaudible. « Ah, ça dépend de ce que je dis et je ne dirai rien du tout », réplique le Flamand. De Wever contre-attaque.
La datcha de Saint-Pétersbourg
« Quel est votre problème ? Trois exemptions, nous en avons déjà eu. Chaque fois que nous prolongeons les sanctions, il y a une exemption. » Il insiste, méthodique : « Nous avons trouvé une solution pour le financement de l’Ukraine et nous étions unanimes. »
Puis vient la réplique finale. Mordante, dévastatrice, parfaitement calibrée. « C’est bien, mais maintenant je dois aller à ma datcha à Saint-Pétersbourg, où mon voisin est Depardieu et de l’autre côté de la rue il y a Assad. Et je pense que je peux devenir maire de ce petit village. Ce sera peut-être votre titre. »
De Wever se moque ouvertement de Politico en retournant l’accusation du média par une absurdité cinglante. Lui, l’agent russe ? Celui qui vient justement de torpiller le plan allemand en expliquant pendant des heures les risques juridiques, financiers, géopolitiques d’une confiscation prématurée des avoirs russes ? Celui qui a prévenu que Moscou pourrait confisquer, en représailles, les actifs occidentaux en Russie et faire perdre l’Europe sur tous les tableaux ?
Dans un sondage publié le 15 décembre, 67 % des Belges soutenaient la position de leur Premier ministre face à l’utilisation risquée des avoirs russes. Paradoxe : Bart De Wever est le séparatiste flamand qui unifie le royaume de Belgique alors qu’il y a peu, il songeait encore à une fusion de son pays avec les Pays-Bas… En tout cas, Politico est averti : De Wever n’a pas la mémoire courte.

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