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Le triste numéro de Poutine

Le triste numéro de Poutine

Le président russe a tenu, ce vendredi 19 décembre, sa traditionnelle conférence de presse. Quatre heures et demie d’esbroufe, zéro avancée.

Chaque année, en décembre, le président russe offre à son peuple le même cadeau : une interminable conférence de presse. Pendant plus de quatre heures, le chef du Kremlin déroule un récit immuable. La Russie y apparaît en victime vertueuse, assiégée par un Occident impérialiste et hostile.

L’édition 2025 n’a pas dérogé à la règle. Vladimir Poutine a tenu près de quatre heures et demie, sans annonce retentissante. Il a simplement redit son opposition à tous les récents projets de compromis visant à mettre fin à la guerre en Ukraine.

Une mise en scène millimétrée

Selon les organisateurs de cet exercice annuel, décliné sous différents formats depuis 2001, près de trois millions de questions ont été envoyées par les Russes via téléphone, SMS et plateformes en ligne. Un système d’intelligence artificielle a été chargé de trier ces messages pour en dégager les grands thèmes. Les autres questions ont été posées par une sélection de journalistes triés sur le volet par le Kremlin. Dans cette mise en scène millimétrée, le hasard n’existe pas : le dialogue direct n’est qu’une illusion et le récit est maîtrisé de bout en bout. Sans surprise, il n’en est pas sorti grand-chose.

Devant les caméras, Vladimir Poutine a répété que la Russie était prête à une paix « négociée », mais seulement sur la base des conditions qu’il avait déjà énoncées en juin 2024, présentées comme les seules à même de s’attaquer aux « causes profondes » de la crise. En clair, Moscou ne veut toujours rien céder. Le chef du Kremlin affirme attendre de Washington des précisions sur la manière dont ses « propositions de paix » ont été reçues, assurant croire à la « sincérité » de Donald Trump dans sa volonté affichée de mettre fin au conflit.

Mais l’accord le plus avancé, élaboré par Kiev et plusieurs capitales européennes avant d’être soumis aux États-Unis, reste pour l’instant lettre morte. De nouvelles consultations devaient se tenir ce vendredi entre Ukrainiens, Américains et Européens au sujet de ce projet. Poutine, lui, a choisi d’ajouter une provocation : selon lui, c’est la partie ukrainienne qui refuse de discuter des questions territoriales. « Nous savons, d’après les déclarations de Zelensky, qu’il n’est pas prêt à parler de territoire », a-t-il lancé.

Menace de conflit de « grande ampleur »

Le président russe a aussi profité de son temps de parole pour cibler l’Union européenne au sujet des avoirs russes gelés depuis le début de l’invasion. Il a qualifié de « vol en plein jour » le projet, un temps envisagé à Bruxelles, d’utiliser ces actifs comme garantie pour un emprunt destiné à financer l’aide à l’Ukraine, même si les Vingt-Sept ont finalement opté pour un mécanisme jugé moins risqué.

Dans la foulée, il a égratigné Mark Rutte, le secrétaire général de l’Otan, tout en le présentant comme un « homme intelligent » lorsqu’il l’avait rencontré à l’époque où il était encore Premier ministre néerlandais. Il a également mis en garde contre toute tentative de blocus de Kaliningrad, l’enclave russe coincée entre la Pologne et la Lituanie, avertissant qu’une telle initiative pourrait déclencher un « conflit de grande ampleur ».

Dans le détail, les exigences de Moscou n’ont guère évolué. Le Kremlin réclame que l’Ukraine renonce définitivement à rejoindre l’Otan – un point sur lequel Volodymyr Zelensky semble prêt à transiger –, qu’elle retire ses forces de quatre régions revendiquées par la Russie, dont le Donbass, Kherson et Zaporijjia, et qu’elle accepte diverses limitations, notamment sur la taille de son armée et le statut de la langue russe. Kiev rejette catégoriquement la plupart de ces demandes, surtout celle qui consisterait à abandonner des territoires où l’armée russe est mise en échec. Près de quatre ans après le lancement de l’offensive à grande échelle, une large partie de l’oblast de Donetsk reste ainsi contrôlée par l’Ukraine.

Poutine, lui, a dressé un tableau plus flatteur pour Moscou. Selon lui, l’« initiative stratégique » aurait basculé du côté russe après le retrait forcé des forces ukrainiennes de la région de Koursk, et l’armée avancerait « sur toute la ligne de front », parfois lentement, parfois plus vite, mais toujours en faisant reculer l’ennemi.

Pourtant, l’armée ukrainienne affirme avoir repris le contrôle de la quasi-totalité de la ville de Koupiansk, dans le Nord-Est, en isolant les forces russes qui s’y trouvaient, contredisant ainsi les proclamations de conquêtes de Moscou. À l’est, autour de Pokrovsk, les troupes russes n’ont pas non plus réussi à déloger les défenseurs ukrainiens, contrairement aux prétentions de contrôle total brandies par le Kremlin.

C’est en confrontant le récit officiel russe aux faits du front qu’apparaît le plus clairement la vacuité du « numéro » poutinien. Joint par téléphone pour évaluer l’état de « l’avancée » des troupes du Kremlin dans le Donbass, l’envoyé spécial du Point dans la région, Boris Mabillard, résume la situation d’une phrase : « Front quasi stable, pas grand-chose à signaler. » Avant de raccrocher, un grondement retentit derrière lui : l’armée russe vient d’abattre un immeuble d’habitation à Kramatorsk.