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« Nous ne sommes pas à vendre » : le Groenland face à l’obsession tenace de Trump

« Nous ne sommes pas à vendre » : le Groenland face à l’obsession tenace de Trump

Le président américain a adressé ses vœux de Noël aux habitants de l’île, après avoir désigné son ami Jeff Landry envoyé spécial pour intégrer ce territoire stratégique à son pays.

« Je ne peux absolument pas accepter que Trump ait désigné un envoyé spécial au Groenland sans nous demander notre avis. C’est montrer un manque de respect total à notre égard. » Sarah ne décolère pas ce mardi matin devant la caméra de la télévision groenlandaise NRK, installée dans un centre commercial de Nuuk, la capitale de ce territoire autonome danois de l’Arctique, que le président américain convoite depuis son premier mandat en 2017.

L’indignation de Sarah reflète le sentiment de bon nombre d’Inuits, interrogés par NRK et le journal local Sermitsiaq, sur la dernière tentative de Donald Trump de prendre le contrôle de leur île au nom de la sécurité internationale.

Tout aussi remonté, Kim Jacobsen affirme : « Nous ne sommes pas une marchandise à vendre. Nous sommes aussi un pays, un peuple. Avec son histoire. Et on ne peut nous traiter ainsi », tout en répétant qu’il souhaite voir le Groenland « indépendant ».

« Le Groenland appartient aux Groenlandais »

Mais la méthode « Bulldozer » employée par Trump continue d’inquiéter les insulaires, qui ne savent plus jusqu’où ira le chef de la Maison-Blanche. Certes, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et son homologue groenlandais Jens-Frederik Nielsen ont crié une nouvelle fois haut et fort que « l’île [n’était] pas à vendre ».

« Nous l’avons déjà très clairement dit avant. Nous le disons de nouveau maintenant. Les frontières des pays et leur souveraineté sont enracinées dans le droit international », tonnent-ils dans un communiqué conjoint, défendant ces principes fondamentaux en s’élevant « contre toute annexion d’autres pays même justifiée par l’argument de sécurité internationale » avancé par les États-Unis.

« Le Groenland appartient aux Groenlandais et les USA ne peuvent pas en prendre le contrôle », insistent-ils encore. Sur Facebook, le dirigeant inuit Jens-Frederik Nielsen martèle les mêmes points de vue sur le respect « de l’intégrité territoriale du Groenland », tout en tendant la main à « la coopération avec les Américains ».

L’ambassadeur américain convoqué

Mais la relation de confiance avec les voisins américains de l’Arctique est bel et bien abîmée, comme le constate la ministre inuit Vivian Motzfeldt, qui a accueilli le 8 décembre à Nuuk le nouvel ambassadeur américain auprès du royaume du Danemark, Ken Howery, qui ne lui a pas soufflé mot sur le nouveau plan de Trump sur le Groenland.

« Le gouvernement groenlandais n’a pas été informé sur la désignation prochaine d’un envoyé spécial américain pour le Groenland lors de réunions avec l’ambassadeur US Kerneth Rowery. Ce n’est pas l’expression de cette confiance dont nous avons besoin », déplore ainsi Vivian Motzfeldt dans une déclaration.

À Copenhague, le ministre danois des Affaires étrangères Lars Loekke Rasmussen a fulminé contre le comportement du président américain, en convoquant lundi une nouvelle fois l’ambassadeur américain pour lui faire part du mécontentement du Danemark et du Groenland face aux nouvelles pressions de Washington, sans succès.

Réarmement massif du Danemark

Jusqu’où ira Trump dans son obsession effrénée d’acquérir à tout prix le Groenland – « une nécessité absolue », selon lui, pour la sécurité des États-Unis face aux menaces russes et chinoises dans l’Arctique ? « Nous avons besoin du Groenland pour assurer notre sécurité nationale », a-t-il déclaré lors d’une intervention à Palm Beach, en Floride, aux côtés du secrétaire à la Défense Pete Hegseth.

« Si vous regardez les côtes du Groenland, il y a des navires russes et chinois partout », abonde-t-il, estimant que les Groenlandais ne sont protégés militairement que par le Danemark, et ce même si la métropole danoise a entrepris ces dernières années un réarmement massif de son territoire d’outre-mer pour faire taire les critiques américaines.

À Nuuk, la population et ses dirigeants rejettent résolument de passer sous la bannière étoilée en regardant avec anxiété le sort réservé à la population autochtone voisine de l’Alaska dont ils ne voudraient nullement partager les misérables conditions de vie.