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Déploiement des missiles hypersoniques Orechnik en Biélorussie : ce que cela révèle de la stratégie russe

Déploiement des missiles hypersoniques Orechnik en Biélorussie : ce que cela révèle de la stratégie russe

Annoncée depuis plusieurs mois, sa mise en service ne change pas la donne militaire en Ukraine, mais s’inscrit dans la rhétorique de Moscou contre l’Europe.

Les signes de détente ou de paix devront attendre 2026. La Russie a officialisé, mardi 30 décembre, la présence et la mise en service d’un système mobile de lancement de missiles hypersoniques Orechnik (noisetier en russe) en Biélorussie.

Citant le ministère biélorusse de la Défense, l’agence de presse russe TASS rappelle que « ce système est capable d’atteindre des cibles jusqu’à 5 000 km de distance, d’emporter des charges utiles nucléaires et conventionnelles et de procéder à des tirs depuis n’importe quel point de son itinéraire de patrouille ».

Une vidéo publiée par le ministère de la Défense russe montre la cérémonie de la levée des couleurs de l’unité, appartenant aux forces des missiles stratégiques. Deux lanceurs mobiles, c’est-à-dire de gros camions sur lesquels un missile et son système de lancement sont installés, progressent ensuite à travers la forêt, escortés par des véhicules blindés. Ils sont ensuite couverts d’un filet de camouflage. Mobiles, ils peuvent donc se déplacer d’un site à un autre afin d’éviter d’être ciblés.

Proche de la frontière russe

Selon une enquête de chercheurs américains interrogés par Reuters, ces missiles pourraient être déployés sur l’ancienne base de Krichev, à environ 300 kilomètres de Minsk et à moins de 500 kilomètres de Moscou. Une source proche du renseignement américain, citée par Reuters, indique que ces conclusions correspondent largement aux évaluations des services américains.

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a déclaré qu’une douzaine d’« Orechnik » au maximum seraient déployés. Ce déploiement est une réponse aux « actions agressives des adversaires occidentaux ».

Un missile pas si nouveau

Le missile hypersonique Orechnik a été utilisé pour la première fois le 21 novembre 2024 en ciblant le complexe industriel de PA Pivdenmash/Yushmash, à Dnipro, dans le centre de l’Ukraine, avec une charge conventionnelle.

Présenté comme une arme nouvelle, l’Orechnik serait en réalité une modernisation du RS-24 Yars, un missile balistique intercontinental (ICBM). Mais avec une portée de 5 500 km et une vitesse dix fois supérieure à celle du son, l’Orechnik correspond plutôt à un IRBM, un missile balistique à portée intermédiaire.

« La grosse nouveauté, c’est qu’il peut aussi bien porter une charge conventionnelle que nucléaire », souligne Étienne Marcuz, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) sur les questions de dissuasion et de défense antimissile. Alors que la France fait une stricte distinction entre les armes conventionnelles et nucléaires, d’autres pays comme la Russie ont des systèmes à capacité duale.

Le déploiement de missiles Orechnik ne change pas la donne dans le conflit en Ukraine. C’est avant tout un message envoyé à l’Europe. En cas de conflit, il pourrait mener des campagnes de bombardement sur des sites industriels ou des lieux clés, comme les aéroports, pour paralyser les activités militaires. « La principale inconnue, c’est le nombre de missiles déjà en service et combien la Russie pourrait en produire », ajoute Étienne Marcuz.

De plus, l’Europe n’est pas totalement sans défense. L’Allemagne a passé un contrat de 3,3 milliards d’euros avec Israël pour se doter du système anti-missile Arrow 3, qui peut atteindre l’altitude de vol des missiles balistiques. Les premières unités d’Arrow 3 sont arrivées début décembre sur la base aérienne de Holzdorf, au sud de Berlin. La pleine capacité opérationnelle doit être atteinte en 2030.