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Est de la RDC en 2026 : cinq scénarios pour sortir de la guerre

Est de la RDC en 2026 : cinq scénarios pour sortir de la guerre

Alors que Goma, Bukavu et, plus récemment, Uvira sont tombées aux mains du M23, un rapport du Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York décrypte les rapports de force et explore cinq pistes possibles pour sortir de la crise.

Depuis la prise d’Uvira par le M23 en décembre 2025, la situation sécuritaire dans l’est de la RDC se détériore à nouveau, relançant les inquiétudes sur la souveraineté congolaise. La ville portuaire, stratégique pour la région, est tombée aux mains du mouvement rebelle, accentuant la pression sur Kinshasa et les Nations unies pour trouver une issue au conflit.

Un rapport du Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York élaboré en partenariat avec le Groupe d’étude sur le Congo propose une analyse des options pour sortir de l’impasse. Basé sur l’historique des conflits et les négociations de Doha et Washington, il détaille cinq scénarios, du retrait complet du soutien rwandais au M23 à une autonomie large de certaines provinces du Kivu et de l’Ituri.

L’une de ces alternatives prévoit le retrait du Rwanda, affaiblissant ainsi le M23, tout en ouvrant la voie à un processus de paix crédible.

Entre pression militaire et poids des échecs passés

Depuis fin 2021, le groupe rebelle M23 (Mouvement du 23 mars), soutenu par le Rwanda, a progressivement pris le contrôle de vastes pans des provinces du Nord et du Sud-Kivu. L’escalade a atteint un point critique au début de l’année 2025 avec la prise des deux plus grandes villes de l’est, Goma puis Bukavu. Cette avancée a démontré l’incapacité de la coalition gouvernementale – incluant l’armée congolaise (FARDC), des sociétés de sécurité privées, des milices locales Wazalendo, les FDLR et les troupes de la SADC et des Nations unies – à « stopper l’avancée des rebelles ». Une « pression militaire » qui a contraint, selon le rapport, le président Félix Tshisekedi à accepter des négociations directes qu’il refusait auparavant. Cependant, ces pourparlers, tant à Doha (entre la RDC et le M23) qu’à Washington (entre la RDC et le Rwanda), semblent dans l’impasse. Le rapport note que les discussions à Doha se sont « principalement portées sur des mesures préliminaires et procédurales ». Si des accords sur un cessez-le-feu (qui « n’a pas été entièrement mis en œuvre ») et un mécanisme d’échange de prisonniers ont été signés, les « principaux points de discorde » – partage du pouvoir, démobilisation, amnistie, retour des réfugiés – n’ont, (au moment de la publication de cet article), pas encore été discutés. Le succès de Doha dépend par ailleurs de l’accord de Washington, qui lui-même semble de plus en plus dépendre des progrès à Doha, créant un blocage mutuel.

L’analyse du CIC se fonde largement sur l’historique des conflits dans la région, examinant les trois tentatives précédentes pour régler les rébellions soutenues par le Rwanda : l’accord de 2002 (avec le Rassemblement Congolais pour la Démocratie), celui de 2009 (avec le Congrès National pour la Défense du Peuple) et les déclarations de 2013 (avec la première version du M23).

Pour le CIC, la leçon principale tirée de ces échecs est cruciale : les dirigeants du M23 et leurs soutiens rwandais sont probablement convaincus qu’il leur est « extrêmement difficile d’accéder au pouvoir politique par les urnes ». Cette impopularité explique pourquoi une simple proposition de se transformer en parti politique serait inacceptable pour eux.

De l’effondrement à l’autonomie : les cinq scénarios

Le cœur du rapport détaille en effet cinq issues ou options possibles pour le processus de Doha, allant du scénario le plus favorable à Kinshasa à celui le plus favorable aux rebelles. L’option 1 table sur l’effondrement du M23. Similaire à la résolution de 2013, ce scénario verrait le Rwanda retirer son soutien. L’accord prévoirait une intégration militaire minimale « au cas par cas » et une amnistie uniquement pour les « crimes d’insurrection ». Mais le rapport note que le M23 rejetterait cette proposition car elle signifierait sa « fin politique ».

L’option numéro deux tente d’ébaucher un processus de paix crédible. Ce scénario verrait le M23 affaibli, s’intégrant « au cas par cas » dans l’armée, sans postes de commandement garantis. En contrepartie, une « autorité spéciale de stabilisation » serait créée pour le Kivu et l’Ituri, gérant la reconstruction, le retour des réfugiés et la réconciliation. Le M23 pourrait aussi y obtenir des postes. L’avantage, selon le CIC, est que cela répondrait aux « griefs légitimes » de la population sans « récompenser le M23 pour avoir pris les armes ». L’inconvénient est que le M23 serait « effectivement démantelé » et rejetterait probablement l’accord sans une « pression extérieure importante ».

Troisième option proposée par le rapport : l’intégration politique et militaire. Une option de compromis où le M23 obtiendrait des postes de haut rang au sein des FARDC au niveau provincial et dans l’administration territoriale. L’inconvénient majeur, selon le CIC, est que cela « reviendrait à tomber dans le piège tant décrié qui consiste à récompenser les rebelles pour avoir pris les armes » et susciterait probablement une vive réaction de la société civile congolaise.

Le rapport du Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York ébauche deux autres options, moins crédibles, et surtout, qui feraient la part belle aux revendications du M23. D’abord, une autonomie temporaire (une proposition émise par le Qatar lui-même en août dernier). Elle créerait une « force intérimaire spéciale » pour contrôler les zones occupées pendant cinq ans. Cette force serait composée à 50 % de membres du M23. Le CIC estime cependant qu’il est « difficile d’imaginer que le gouvernement congolais » accepte ces termes. Finalement, le CIC évoque une possibilité de large autonomie. Ce scénario reflète les demandes maximalistes du M23 qui impliquerait une transition nationale de trois ans, la dissolution des FARDC pour créer une nouvelle armée, et une réforme constitutionnelle pour transformer la RDC en un État fédéral. Le rapport juge cette option « impossible à accepter » pour le gouvernement Tshisekedi sans risquer une « crise de légitimité nationale ».

Une « fenêtre d’opportunité » étroite pour la paix

Les auteurs du rapport estiment que les scénarios les plus réalistes, bien que difficiles, se situent au centre : les options 2 et 3. Ces deux options combinent une forme d’intégration avec la création d’une autorité spéciale de stabilisation ou d’une zone économique spéciale pour le Kivu et l’Ituri, chargée de superviser le DDR, le retour des réfugiés et la reconstruction.

Le CIC conclut cependant sur une note pessimiste, parfaitement alignée avec l’enlisement actuel des pourparlers. Le succès ne dépendra pas seulement de la signature d’un accord, mais de la volonté politique et, surtout, de la pression extérieure, car les deux parties ont des raisons de vouloir faire traîner les pourparlers et, en l’absence d’une pression politique et d’incitations économiques fortes, il est probable que « la violence s’intensifie à nouveau ».