Le sexagénaire, exilé aux États-Unis depuis près de 50 ans, multiplie les apparitions sur les réseaux sociaux pour affirmer son aversion pour le régime des mollahs et appeler le peuple iranien à le renverser.
Depuis le début des manifestations en Iran, le 28 décembre dernier, les vidéos de soutien à la population sont légions sur ses réseaux sociaux. Peut-être espère-t-il devenir celui qui les aura fait cesser pour de bon ? Voilà des années que le fils du dernier shah d’Iran, Reza Pahlavi, ne cache plus ses ambitions et son aversion pour le régime des mollahs. Depuis les États-Unis, où il s’est exilé après la chute de son père et l’instauration de la République islamique, l’homme de 64 ans ne cesse d’interpeller ceux qu’il appelle « ses courageux et honorables compatriotes ».
En 2009 déjà, en plein mouvement de contestation post-élection présidentielle sous couvert de fraude électorale, il avait appelé les Iraniens à « continuer la lutte dans la discipline » et exhorté « les forces de l’ordre à la désobéissance civile et à la neutralité ». Reza Pahlavi a également tenté de surfer sur l’essor du mouvement « Femme, vie, liberté », lancé dans le sillage de la mort de Mahsa Amini – du nom de cette jeune femme morte pour avoir mal ajusté son voile. Le « prince », comme il aime encore qu’on l’appelle, s’était alors rapproché de figures de l’opposition pour créer l’Alliance pour la démocratie et la liberté en Iran (ADFI). La coalition avait rédigé puis publié la « Charte Mahsa », feuille de route pour une transition vers une démocratie laïque en Iran, avant que les trop nombreuses divergences ne coupent court à ces élans.
La même année, ses partisans ont lancé une pétition en ligne réunissant, à ce jour, quelque 505 000 signatures. Son titre – « Le prince Reza Pahlavi est mon représentant » – est sans équivoque, pour celui qui s’imagine déjà comme le successeur de son père. Dans une interview accordée au Point il y a deux ans, le fils du chah affirmait qu’il animait un groupe de réflexion pour préparer une transition solide et pacifique en cas de chute du régime, prévoyant l’élection d’une assemblée constituante, un référendum constitutionnel et la mise en place d’un nouveau gouvernement. À la question de savoir s’il pourrait, le cas échéant, accéder au pouvoir en tant que monarque, Reza Pahlavi nous avait alors répondu : « Il reviendra au peuple iranien de décider. […] « Tout ce que je peux dire, c’est que la forme finale sera issue d’un processus démocratique. »
Son « plan » pour l’Iran
Mais l’an dernier, les événements se sont accélérés pour le sexagénaire. Au lendemain des frappes israéliennes en Iran, en juin, hors de question de garder le silence. « L’appareil répressif du régime s’effondre. Il ne manque plus qu’un soulèvement national pour mettre un terme définitif à ce cauchemar », a-t-il déclaré d’un ton solennel, dans son costume cravate sombre. Dans cette même vidéo publiée sur X, il assure avoir « un plan pour faire de ce pays la démocratie que le peuple iranien mérite », précisant qu’il avait un projet pour « les cent premiers jours après la chute »… Sans donner davantage de détails sur ledit projet.
My Fellow Countrymen,
The Islamic Republic has reached its end and is in the process of collapsing. Khamenei, like a frightened rat, has gone into hiding underground and has lost control of the situation. What has begun is irreversible. The future is bright, and together, we… https://t.co/XEyL5IM05t
— Reza Pahlavi (@PahlaviReza) June 17, 2025
Cette même rengaine, il n’a pas hésité à la marteler maintes fois sur les réseaux comme sur les antennes. À la BBC, le « prince » avait assuré que les frappes israéliennes avaient constitué une « opportunité » pour la population iranienne. « La chute du régime n’est plus une question de “si” mais de “quand” », s’était-il en outre enflammé, le 29 juillet, dans un entretien accordé au journaliste allemand Paul Ronzheimer, en décrivant un pouvoir « émasculé ». Plus récemment, fin septembre, Reza Pahlavi avait salué « une victoire pour tous ceux qui réclament depuis longtemps une pression maximale sur ce régime », à la suite du rétablissement des sanctions de l’Organisation des Nations unies. L’Iran était alors accusé d’avoir violé l’accord sur le nucléaire de 2015.
Populaire auprès d’une génération plus âgée de la diaspora iranienne, Reza Pahlavi ne parvient pas à se débarrasser d’une sérieuse épine dans le pied : celle d’être le fils de son père. Il n’a d’ailleurs jamais pris ouvertement ses distances avec le règne autoritaire du shah, même s’il répète ne pas chercher la restauration de la monarchie dans son pays natal. Cependant, aucune étude fiable ne permet d’évaluer précisément la popularité du personnage. Comme preuve de sa capacité à rassembler, son entourage agite les « likes » et les vues de ses posts sur X, Instagram et TikTok. Il est également très soutenu par ses trois filles, âgées de 21 à 33 ans et qui – entre deux photos de leur quotidien luxueux aux États-Unis – l’encouragent via leurs réseaux sociaux.
Des liens étroits avec Israël
Autre source de critiques de la part de la société : ses rapports plus ou moins étroits avec des pays jugés ennemis par l’Iran. À commencer par les États-Unis, où il réside depuis près d’un demi-siècle. Arrivé à 19 ans, il y a débuté une formation de pilote de l’air et a été diplômé de l’université de Californie du Sud. Il est ensuite rapidement devenu chef de la maison impériale quand son père est mort, en 1980, des suites d’un cancer du sang. Fort de ces décennies passées de l’autre côté de l’Atlantique, Reza Pahlavi est régulièrement moqué, dans son pays, pour son accent américain dès lors qu’il s’exprime en persan.
Mais c’est surtout son rapport à Israël qui suscite une certaine méfiance chez les Iraniens… Bien qu’il n’ait jamais cherché à les cacher. Rappelons qu’au printemps 2023, le « prince » et son épouse Yasmine avaient réalisé un voyage très médiatisé en Israël dans l’objectif de « rétablir les relations historiques » entre les deux pays. Il avait même publié une photo, sur son compte X, s’affichant aux côtés de Benyamin Netanyahou. En septembre dernier, il a envoyé des membres de son entourage à Jérusalem, où ceux-ci ont été accueillis par président en personne, Isaac Herzog.
De tels rapprochements ont suscité l’ire de certains médias iraniens proches du gouvernement. Dans le journal Iran, l’héritier Pahlavi a ainsi été décrit comme « l’opposant le plus maladroit de la République islamique ». Le politologue réformateur Ahmad Zeidabadi, dans une chronique publiée dans le journal indépendant Etemad, l’a quant à lui critiqué pour avoir accepté l’invitation d’un « gouvernement composé de partis ultraorthodoxes » et d’extrême droite. Il y voit une « déconnexion […] vis-à-vis des réalités de l’Iran, de la région et du monde ».
Autant de raisons laissant penser que l’héritier aura du mal à prendre la suite de son père. « L’opposition iranienne est divisée tant en Iran qu’au sein de la diaspora. Et Pahlavi n’est pas une figure charismatique ni consensuelle. Il fait trop d’erreurs », estime Andreas Krieg, spécialiste du Moyen-Orient au King’s College de Londres, dans les colonnes du Monde. Et ce dernier de trancher : « Reza Pahlavi n’a aucune chance de diriger l’Iran. »

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